CHAPITRE V
Cette augmentation peut paraître extraordinaire, disait-il dans une autre lettre (1), mais il faut remarquer que l’arpenteur général doit encourir de très grandes dépe ses dans l'accomplissement de son travail, et que même avec cette addition, ses honoraires ne sont pas plus élevés que ceux du registraire et du secrétaire, quoique la besogne qu’ont à faire ces deux fonctionnaires ne soit pas au-dessus de celle que l’on puisse exiger d’un simple commis.
Dans l’automne de 1795 (2) Portland revenait sur la question des dépenses ; il demandait, dans une lettre personnelle à Dorchester, si, en sus des £3 6 8 que les concessionnaires déboursaient déjà, ils ne pourraient pas payer une somme additionnelle : “ ce serait, disait-il, un excellent moyen d’avoir une meilleure classe de colons. Cette somme pourrait être conservée pour défrayer les dépenses publiques de la province, de la manière que le jugerait à propos le gouvernement de Sa Majesté ”.
Dorchester répondit que la table des honoraires avait été rendue publique, qu’i ne croyait pas qu’il fût convenable à la dignité et la loyauté du gouvernement d’imposer des charges en sus de celles fixées et annoncées par la proclamation (3). Il y avait eu des abus, dans le commencement; il avait travaillé à y remédier et ne pensait pas qu’il fût de bonne politique de surcharger les colons.
Le gouverneur pouvait dire sans exagération qu’il avait fait une besogne ardue et utile.
Le 28 août 1795, il annonçait au duc de Portland (4) que toutes les difficultés, qui s’étaient présentées jusque là dans les concessions de terres, étaient enfin réglées. Les diagrammes où était indiqué le lotissement des réserves de la couronne et du clergé, étaient approuvés, des dispositions avaient été prises pour corriger les erreurs d’arpentage, les concessionnaires étaient avertis qu’ils auraient à payer tous les frais pour l’obtention des lettres patentes.
Afin d’éviter que de nouvelles erreurs fussent commises dans les arpentages, par suite de l’incompétence de certains arpenteurs non qualifiés, Dorchester avait donné ordre au
(1) Dorchester à Portland, 20 février 1796. Arc. can. Q. 75-1, p. 70.
(2) Portland à Dorchester, 6 septembre 1795. Arc. can. Q. 72-73-2, p. 426.
(3) Dorchester à Portland, 20 février 1796. Q. 75-1, p. 106.
procureur général de préparer une autorisation d’arpentage conforme aux instructions royales. Mais, à ce moment, l'esprit d’opposition contre le gouverneur, qui existait chez quelques membres du Conseil exécutif, se manifesta ouvertement. L'un des plus remuants parmi eux, le juge en chef, William Osgoode (1) se permit de critique- la manière d’agir du gouverneur (2).
Lord Dorchester, déjà en chicane avec lord Simcoe, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, demanda son rappel. Il espérait, disait-il, que son successeur viendrait armé d’une activité suffisante pour rétablir le bon ordre; autrement, il croyait nécessaire de rappeler les deux juges en chef, Monk et Osgoode, ou le gouverneur. Leur rappel immédiat permettrait peut-être de découvrir la source de ce sous-courant politique qui naguère attaquait les fondements mêmes du gouvernement dans les provinces insurgées (3).
La source du malaise était surtout dans les honoraires et commissions que les fonctionnaires du gouvernement cherchaient à percevoir à tort et à travers. La perte d’argent n’est pas le seul mal à craindre, écrivait Dorchester (4), la faculté de distinguer entre ce qui est licite et ce qui ne l’est pas se pervertit avec le temps, et les serviteurs inférieurs de la couronne en arrivent à rechercher avidement tous les petits profits casuels et à les multiplier de toutes façons, ce qui fournit une belle occasion aux fauteurs de sédition.
Malgré qu’il sentît son départ prochain, Dorchester n’en continua pas moins de remplir assidûment les devoirs de sa charge.
(1) William Osgoode naquit en Angleterre en 1754. Admis au barreau en 1779, il fut (lors de la division de la province de Québec) choisi pour être le premier juge en chef de la nouvelle province du Haut-Canada. En même temps, il fut nommé membre des Conseils exécutif et législatif et fut subséquemment élu premier président du Conseil législatif En 1794, la position de juge en chef du Bas-Canada, rendue vacante par le décès de William Smith, lui fut confiée. Membre du Conseil exécutif du Bas Canada, il eut des disputes avec lord Dorchester, Prescott et Milnes qui se terminèrent par sa démission donnée au duc de Portland en 1800. Il retourna en Angleterre dans l’été de 1801, bien que sa démission ne fût datée que de mai de l’année suivante. 11 décéda le 17 février 1824. D. C. H. C. (1891-1818), note 1, p.34.
(2) 28 août 1795. Rapports du procureur-général. Arc. can. Q. 74-1, p. 77-106.
(3) Dorchester au duc de Portland, 8 août 1795. Arc. can. Q. 74-1, p. 66.
(4) Dorchester à Portland, 18 juillet 1795 Arc. can. Q. 72-73-2, p. 374.