‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 45 sur 197 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Bédard dit (1) “ que les élections furent conduites d’une manière irrégulière et arbitraire par des officiers rapporteurs dociles instruments du Conseil exécutif, de qui ils tenaient leurs commissions. On voulait surtout augmenter la représentation anglaise, en imposant des candidats de cette origine aux circonscriptions électorales peuplées par des Canadiens, mais le patriotisme et le bon sens du peuple firent justice de ces candidats officiels (2)

Prescott écrivant au duc de Portland (3) déplorait le résultat des élections. La grande majorité de l’Assemblée, disait-il, est composée de Canadiens, dont plusieurs, vu leur position sociale et leur éducation, sont peu dignes de siéger.

St-Maurice . Thos. Coffin et Nicholas Montour.

Ilampshire.. . . Joseph Plante et François Huot.

Comté de Québec . John Black et Louis Paquet.

Haute- Ville de Québec. . . . William Grant et J. -A Panet.

Basse Ville de Québec. . . John Young et A. -J. Baby.

Northumberland . Dr J. Fisher et Pierre Bédard, avocat.

Orléans . Jérôme Martineau.

Gaspé . Edward O’Hara.

(1) T. P. Bédard: Histoire de cinquante ans {1791-18 il) Québec, 1869, p.3. Bédard raconte, en détail, ce qui se passa dans le comté de Buckinghamshire:

l’officier-rapporteur refusa d’accepter les candidats proposés par les électeurs, et imposa lui-même les noms de quatre candidats parmi lesquels on devait en choisir deux, auxquels en donnerait son vote. C’est ainsi que dans un comté ne renfermant seulement que des électeurs de langue française, deux candidats de langue anglaise, MM John Craigie et G. W. Allsopp, furent déclarés élus.

(2) Une petite note insérée dans la Gazette de Québec (23 juin 1796) nous donne une idée assez curieuse des mœurs électorales de l’époque. Elle se lit ainsi :

Mr. l’Imprimeur,

Immédiatement après l’élection je dis que j’avois été et étais encore fort opposé à ce qu’aux élections il fut donné du rum et des cocardes ; mais que la Constitution devait prcdujre de meilleurs effets, je priois qu'il me fût permis de faire un don à une personne inconnue, qui ne pourroit être suspectée que de bonne intention ; et que je donnois cent piastres à la fille d’entre toutes celles résidentes dans la Haute Ville de Québec, qui la première y fera publier dans l’une des Églises le premier banc de son mariage, et qui sera mariée. Ensuite William Grant, Ecuyer, élu dit aussi dans les mêmes termes qu’il donnoit cent autres piastres à la fille qui seia la seconde publiée et mariée.

L’impression de ce dernier paragraphe seulement guidera les vrais intéressés, et les obligera beaucoup, ainsi que celui qui est sincèrement.

Monsieur,

Votre très humble et obéissant serviteur,

Québec, 21 juin 1796.

(3) Arc. car.. 3 sept. 1796, Q. 77, p. 210.

J. -A. Panet.

Il ajoutait qu’il fallait faire en sorte que les membres anglais fussent en majorité au Conseil (1).

Des troubles éclatèrent bientôt clans diverses parties de la province, à propos de la loi relative aux chemins et aux ponts, passée dans la session de 1796 (7 mai, 36 Geo. III, ch. 9).

Cette loi était en somme une excellente mesure et allait avoir de bons résultats. Mais des esprits turbulents et en quête de séditions représentèrent au peuple que l’acte en question renfermait des dispositions odieuses, qu’on allait rétablir les anciennes corvées, etc., etc. Il n’en fallait pas plus pour soulever les esprits. Des rassemblements tumultueux eurent lieu dans plusieurs endroits. Dans les faubourgs de Montréal et dans les paroisses environnantes, on résista ouvertement aux officiers chargés de faire observer la loi (2). Un nommé Latour, de Montréal, se barricada si bien dans sa maison que les officiers chargés de l’arrêter ne purent y réussir (3).

Prescott lança une proclamation contre les menées séditieuses, par laquelle “ il enjoignait à tous les capitaines de milice, officiers de paix et autres bons sujets de Sa Majesté, de faire toute diligence pour découvrir toutes et chaque personnes qui pourront tenir des discours séditieux ou autres paroles tendant à la trahison, répandre de fausses nouvelles, publier ou distribuer des papiers, écrits ou imprimés diffamatoires qui tendent à exciter le mécontement dans les esprits, ou diminuer l’affection des dits sujets de Sa Majesté, ou troubler en aucune manière la paix et le bonheur

(1) Les membres du Conseil législatif étaient :

J. -G. Chaussegros de Lery Hugh Finlay Thomas Dunn Charles de la Naudiére George Pownall R. -A. de Boucherville Henry Galdwell.

Paul-Roch de Saint-Ours François Baby Joseph de Longueuil William Osgoode L’évêque anglican de Québec James IVIonk

Prescott recommandait comme futurs membres du Conseil législatif :Jenkin Williams et Herman Witzius Ryland.

(2) Les juges de paix de Montréal à Prescott, 13 octobre 1796. Arc. can. Q. 78 p. 7-10.

(3) Prescott à Portland, 24 octoore 1796. Arc. can. Q. 78, p. 7.

Page 1