CHAPITRE VI
dont on jouit sous le Gouvernement de Sa Majesté dans cette colonie (l)” .
Mgr Hubert, de son côté, adressa à tous les curés du diocèse une circulaire, où ils les priait de rappeler à leurs paroissiens, soit dans des instructions publiques, soit dans les conversations particulières, “combien ils étaient obligés de se maintenir dans la fidélité qu’ils avaient jurée au roi de la Grande-Bretagne, dans l’obéissance ponctuelle aux lois et dans l’éloignement de tout esprit qui pourrait leur inspirer ces idées de rébellion et d’indépendance qui ont fait depuis quelques années de si tristes ravages, et dont il est fort à désirer que cette partie du globe soit préservée pour toujours (2)”.
Les esprits ne se calmèrent pas tout de suite. Il y eut des échaufïourées entre les agents de la paix et les séditieux, dans quelques paroisses. A Saint-Joseph de la Pointe-Lévis, des meneurs s’emparèrent des sous-voyers. Ces derniers, solidement garrottés, furent emmenés sous escorte dans un endroit convenu au centre de la paroisse, et là, on les obligea à renoncer à leur charge et à remettre les instructions qu’ils avaient reçues (3).
Des arrestations furent faites et les coupables condamnés, les uns, à six semaines d’emprisonnement, les autres, à trois mois et même à six mois (4).
Prescott attribuait ces troubles à la présence d’émissaires français répandus dans les campagnes et les villes (5).
On se rappelle le rôle joué par Genest, l’ambassadeur de la république française auprès du gouvernement américain. Il fut remplacé, en 1795, par Jean-Antoine-Joseph Fouchet, un jacobin de la pire espèce. Celui-ci continua d’intriguer comme son prédécesseur ; en 1796, le Directoire le rappela et nomma à sa place un autre aventurier, Pierre-Auguste Adet. Ce dernier était convaincu qu’il fallait enlever le
(1) Procès-\erbal des délibérations du Conseil, Arc. can. Q. 78, p. 104-107. Voir aussi Gazelle de Québec , 30 octobre 1796.
(2) Mand. des êv. de Québec. \. II p. 501-502.
(3) II. delà S. de Lauzott, J.-Fdmcnd Roy, v. 111, p. 276.
(4) Rapport du procureur général Sewell, 12 mai 1797. Arc. can. Q. 79-1 p. 30-38.
(5) Prescott à Portland, 24 octobre 1796. Arc. can. Q. 78, p. 7.
Canada au Anglais. Il commença par faire distribuer, dans le district de Montréal, une brochure portant les armes de la république française et signée par lui-même. Il y racontait que la France, ayant conquis l’Espagne, l’Autriche et l’Italie, allait maintenant subjuguer la Grande-Bretagne, en commençant par ses colonies, notamment le Canada, afin de délivrer ses habitants de l’esclavage.
Dans une lettre adressée à Prescott, Robert Liston, représentant de la Grande-Bretagne aux États-Unis, confirmait les dires de Adet (l). On méditait une attaque sur le Canada. Le plan d’invasion se préparait dans le Vermont. Ira Allen (2) était l’instigateur du mouvement. Il venait d’acheter à Paris une grande quantité d’armes, apparemment destinées à équiper les miliciens qui envahiraient le Canada. Le navire portant ses armes, V Olive Branch, fut capturé au large des côtes d’Irlande, au comméncemênt de janvier 1797 (3). Ira Allen, qui était à bord, déclara que la cargaison avait été achetée par l’ordre et pour le compte du gouvernement du Vermont. On ne poussa pas plus loin l’affaire. Le 24 janvier 1797, à l’ouverture de la première session du nouveau parlement, Prescott mettait les membres
en garde contre les attentats traîtres cpii ont pour objet de troubler notre tranquillité interne. Vous n’ignorez pas, disait-il, qu’en addition à la manière ordinaire de la guerre ouverte, les émissaires de France se sont dispersés partout et en suggérant des vues trompeuses aux peuples, ils ont fait leurs efforts pour déranger la tranquillité de tous les gouvernements établis.
Il ajoutait, en terminant, que des attentats de cette nature avaient été faits dernièrement dans la province, et demandait aux membres de l’Assemblée de vouloir bien prolonger
(,1) Liston à Prescott, 28 novembre 1796. Arc. can. Q. 78, p. 208.
(2) Ira Allen avait quatre frères qui ont joué, avec lui, un rôle assez important dans l’hisLoire de la Nouvelle Angleterre à cette époque. M. Suite (M. S. R. C. 1909, Sect. 1, p. 20) dit qu’ils étaient tous hommes politiques, habiles militaires, orateurs, écrivains, organisateurs déterminés à faire naître une république indépendante, et surtout à l'exploiter d’accord avec leurs amis. Ira était le plus remarquable de tous. Les émissaires français l'avaient gagné à leur cause dès 1793. De fréquents voyages qu’il avait faits à Québec et à Montréal l’avaient parfaitement renseigné sur l’état du pays, et préparé à devenir un agent précieux de propagande révolutionnaire.
(3) Le procureur général à Ryland, 19 décembre 1797. Arc. can. Q. 78, p. 159.