‹ La colonisation de la province de QuébecChapitre 76 sur 197 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

contenaient ; mais certaines fausses représentations, faites précédemment par les membres du Conseil, le portaient à espérer que Sa Grâce aurait pour le moins des doutes touchant la vérité des faits que ces requêtes exposaient ; il avait confiance qu’on soumettrait sa conduite et celle des membres du Conseil à un examen impartial. Ces derniers avaient perdu toute estime dans l’esprit du public, tandis que le gouverneur était universellement respecté et que le contentement était général dans toute la province.

Prescott disait vrai, quant à ce dernier point, si l’on s’en rapporte aux adresses de sympathie qui lui furent présentées lois de son départ, adi esses portant la signature d’un nombre considérable de citoyens de toute classe, Anglais et Canadiens français (1).

Robert Shore Milnes, qui venait remplacer Prescott, avec le titre de lieutenant-gouverneur, débarqua, à Québec, le 13 juin 1799, après une traversée qui avait duré sept semaines. Le navire qui le portait, le Topaz faillit faire naufrage, sur la côte de Terre-Neuve. Ryland, qui l’accompagnait, allait reprendre sa position de greffier du Conseil, et continuer plus que jamais sa politique d’intrigues et sa campagne de fanatisme contre les Canadiens français.

Dans une lettre privée, ce dernier racontait à King, assistant-secrétaire au département de l’Intérieur, que l’on faisait circuler parmi le peuple la rumeur que Prescott reviendrait au printemps, et que, pour donner du poids à cette nouvelle, on cherchait à obtenir cies signatures pour une adresse qui serait présentée au gouverneur avant son départ, “ mais, ajoutait Ryland, comme les ministres de Sa Majesté ont déjà appris, par la déclaration du général lui-même, que le “ peuple ”, était de son côté, ils ne seront pas ét onnés de savoir que ses “amis” désirent son retour (2)”.

Quelques jours après son arrivée, Milnes écrivait au duc de Portland(3)que sa première rencontie avec Prescott n’avait eu rien de déplaisant, qu’il avait, cependant, trouvé l’état des esprits très monté. L’hiver avait été en proportion aussi

(1) Liste des adresses. Are. can. Q. 83, p. 158-187.

(2) Ryland à King. 17 juillet 1799. Arc. can. Q. 83, p. 383.

(3) 17 juin 1799. Arc. can. Q. 82, p. 284.

CONFLIT AVEC LE GOUVERNEUR

rigoureux qu’en Europe, le printemps était en retard et on craignait beaucoup pour la moisson déjà ensemencée.

Le 26 juin, Prescott demanda une entrevue à Milnes, afin d’avoir son avis sur la réponse à faire au Conseil avant son départ, par i apport aux concessions de terre. Prescott lui envoyait en même temps toute une série de pièces qu’il le priait de bien vouloir étudier (1).

Milnes retourna le dossier sans l’ouvrir. Plus tard, il expliquait à Portland (2) qu’il n’eût pas hésité à se rendre à la demande de Prescott si, en le faisant, il eût pu servir les intérêts de Sa Majesté, mais, il lui eût été impossible de porter jugement sur le fond des choses, puisque, disait-il, je n’aurais vu que le côté présenté par le gouverneur ne pouvant entendre aussi le Conseil exécutif, quand bien même il se fût assemblé, le lieutenant-gouverneur n’ayant pas droit d’assister aux séances du bureau, lorsque le gouverneur réside dans la province.

Prescott, en apprenant la décision de Milnes, envoya au duc de Portland une copie de la lettre qu’il avait adiessée au lieutenant-gouverneur, et une copie de la réponse qu’il avait reçue, en disant qu’il avait jugé à propos, dans les circonstances actuelles, de ne pas déposer devant le bureau des terres sa correspondance avec les ministres de Sa Majesté, parce qu’il était convaincu que ce serait un précédent qui pourrait avoir dans la suite des conséquences dangereuses (3).

Le 27 juillet, il s’embarquait sur le Topaz, pour retourner en Angleterre, où il arriva le 15 septembre suivant. Il écrivit immédiatement à Portland, lui demandant une enquête sévère sur sa conduite et sur celle de ses adversaires (4). Le 2 août 1801, il envoyait à lord Pelham une copie de cette lettre. Il renouvelait sa demande d’une enquête et se déclarait prêt à reprendre son poste de gouverneur (5).

(1) Prescott. à Milnes, 26 juin 1799. Arc. can. Q. 82, p. 384.

(2) Milnes à Portland, 10 juillet 1799, (no 1). Arc. can. Q. 83, p. 2.

(3) Prescott à Portland (No 114), 18 juillet 1977. Arc. can. Q. 83, p. 82.

(4) Deal, 15 septembre 1799. Arc. can. Q. 83, p. 156.

(5) Hawkhurst, 2 août 1801. Arc. can. Q. 87-1, p. 167.

Page 1