‹ La colonisation du Brésil (volume 2)Chapitre 7 sur 53 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Le Ministre de V empire au Ministre des affaires

étrangères.

Illustre et excellent Monsieur,

Le gouvernement fédéral de la Suisse a adressé à Votre Excellence une Note datée du 2 décembre 1857, laquelle, se basant sur diverses informations, et principalement sur la Note du 8 juin 1857, adressée par le consul, M. H. David, au prédécesseur de Votre Excellence, et traitant de Fémigration suisse en général, et spécialement des colons de rétablissement Sénateur Vergueiro^ porte ce qui suit :

1® Les contrats passés entre les entrepreneurs brésiliens et les colons, même exécutés littéralement, sont très-avantageux aux premiers \

^ Les colons ne peuvent obtenir aucune protection des autorités judiciaires, vu qu'ils n'entendent pas la langue du pays et qu'ils ne peuvent défendre leurs droits devant les tribunaux brésiliens^

3® Les colons n'obtiennent aucun résultat utile de leur

travail, puisque, après trois ou quatre ans, ils se trouvent plus endettés qu'à leur arrivée dans la colonie;

4^ Le langage tenu au Sénat dans la séance du 22 juillet de Tan dernier par l'organe du gouvernement a donné Tespérance à la Suisse qu'il serait porté remède aux maux des colons. Comme ces mesurer ont été toujours retardées, elle craint que les clameurs des intéressés n'aient couvert la voix de ceux qui souffrent, et des soupçons s'élèvent contre ceux qui ont le devoir de Tes protéger ]

5o En terminant, le même gouvernement fédéral demande que les colons engagés par MM. Vèrgûeiro el C*^ soient délivrés de l'esclavage ,et transportés sur des terres appartenant & l'État *, il déclare en outre que quelques cantons ont jugé devoir prendre des mesures pour entravelr rémigration, jusqu'à un nouvel ordre de choses, et qu'il est probable que ces mesures seront généralisées.

Le consul général de Suisse, dans sa note du 8 juin i857, énonce les plaintes suivantes :

6« La maison Vergueiro et C* déduit une commission de 10,000 réis pour chaque colon par elle transporté, charge qui n'est pas stipulée dans les conditions des con* trats ;

*!"* La môme maison perçoit une prime de 6 0/0 sur les sommes avancées aux colons, sans charge aucune, par les municipalités suisses : d'autres propriétaires (fazendeiros) élèvent cette prime non due à 12 0/0;

9^ D*énormes abuë sont pfratiqués, tels qlie prix exagérés, oppressions, poids et mesures irréguliers, comptes erronés, toujours aii détriment des pauvres colons, infraction de tel ou tel article du contrat, et amendes infligées par le seul bon plai^r des propriétaires*

9*" Les colons du docteur José Elias Pacheco Jordâo otit porté plainte au président de la prorince contre Ten* trepreneur, et le premier fonctionnaire de la province a renvoyé Texamen de leur plainte au juge de paix qiii est ce même docteur Jordâo ;

10° Les dettes du chef de famille passent à la veuve et aux enfants, qui se trouvent ainsi tellement endettés qu'ils ne pourront jamais s'affranchir et se trouveront éternellement attachés à la colonie.

Votre Excellence réclamant par sa dépêche du 23 mars dernier les éclaircissements nécessaires pour répondre convenablement à la première note, je dois lui dire ce qui suit :

1<> Le gouvernement fédéral est dans Terreur s'il pense? que par ce fait que les contrats passés entre les fazendei" rai et les colons seraient avantageux aux premiers, ils doivent par cela même être nuisibles aux seconds.

L'expérience a démontré qu'au moyen des contrats de partage (parceriq.) beaucoup de colons, en trois ou quatre « ans, out payé toutes les dettes résultant de leur transport dans l'empire et des denrées qui dans les premiers temps. ,

leur ont été fournies. Ce phénomène est signalé dans beaucoup de propriétés (fazendas) et même dans celle d' Ibicaba contre laquelle surtout se dirigent les plaintes du gouvernement fédéral. Ce fait peut être vérifié par tous ceux qui de bonne foi cherchent la vérité. Et d'ailleurs M. David lui-même, dans sa note citée du 8 juin 1857, c'est4-dire six mois après les troubles de la colonie d'Ibicaba et les minutieuses études du docteur Hausser, dit que les contrats fidèlement observés peuvent amener le bien-être des colons.

Cette opinion en faveur des contrats est encore plus clairement formulée dans une lettre que le même M. H. David a adressée en Suisse et dont la copie communiquée par lui se trouve à TÂdministration générale des terres publiques.

On y lit le passage suivant :

« Le soussigné ne niera pas quMl a toujours considéré le système de Parceria comme une grande et importante idée, et il regretterait de voir s'évanouir les espérances qu'il y a fondées...

«... Que de pauvres n'avons-nous pas en Suisse, mourant de froid et de faim ! Que de lourds impôts, que de taxes sont supportées par nos municipalités, charges qui cependant ne remédient pas plus à la misère , qu'une goutte d'eau froide ne rafraîchit une pierre incandescente.

^( Le système de Parceria (celui des contrats auxquels

se réfère le gouvernement fédéral) serait propre, 8*il est bien entendu, à protéger ces hommes contre la faim et le froid, dans ce riche Brésil, et il pourra offrir, sinon la fortune et Findépendance, au moins une existence agréa» ble et même heureuse.

a Pour les émigrants qui possèdent plus de ressources, une résidence temporaire dans une de ces colonies qui servent de modèle serait une bonne école pour apprendre à connaître le pays, ses usages, son agriculture, avant de fonder un établissement par leurs propres mains et à leurs frais. Tels sont les motifs qui ont fait de moi le partisan de rémigration pour Saint-Paul, et Tétat prospère d'Ibicaba, la satisfaclion que témoigne la majeure partie des colons qui s'y trouvent, ont justifié mes espérances dans rheureux résultat de telles entreprises. »

La même pensée se trouve dans une autre lettre que le consul écrivait à la date du 29 avril 1856 à M. le sénateur ManoëlFelizardo, directeur général des terres publiques, qui lui avait demandé son opinion sur le système de Parceria : « Je m'empresse , dit-il , de condescendre à vos désirs, en vous disant que je considère le système de Parceria comme la réalisation pratique d'une idée grande et généreuse, qui a pour but d'attirer dans ce beau pays les bras nécessaires pour tirer partie des richesses immenses que renferme son sol fertile, en même temps qu'U sauve de la misère, du froid, de la faim, bon nombre de pauvres

gens qui souffrent de la situation actuelle de l'Europe, d Et quelles sont les conditions qu'exige H. David pour que m syàlème produise ses salutaires effets? Elles ne sont autres que celles de toutes les entreprises, e'est*à* dire la probité et le ferme dessein d'accomplir un devoir. C'est lui-même qui le dit dans cette même lettre du 29 avril : « Mais pour que ce système de Parceria^ si grand, si noble dans sa conception ne dégénère pas, il est noces* saire que les personnes qui seront à la télé de ces )colOr nies, soient d'un esprit élevé et d'un cœur généreux, ii Voilà, selon 1& pensée de M. David, tout ce qui estnéces^ $aire pour recueillir lep bons résultats de ce système qu'il glorifie d'aiUeiirs en termes si énergiques.

Ainsi Te^^périence et Tautorilé de M. David, qui ne saur fait être suspect quand il parle en faveur des entrepre*neurs brésiliens, démontrent que les contrats ne sont pas seulement avantageux aux propriétaires, mais qu'ils sont avantageux aux colons et sur une plus grande échelle, puisque par ce moyen ils passent d'une vie misérable de faim et de froid à une vie agréable et heureuse. Ces contrats satisfont donc à la condition morale d avantages réciproques pour les deux parties, et ils méritent à ce titre plutôt l'éloge que la critique qui en a été faite.

2® Je reconnais avec le gouvernement fédéral les difficultés qu'ont les colons suisses pour recourir à la justices du pays, faute de savoir la langue, et de n'avoir ni direc^ tion ni protection immédiate.

Quant à la connaissance de la langue, les interprètes ne nianquent jamais et les juges qnt le 4ésir et même Tobligation de leur en procurer, et rien n'est plus facile que d'en trouver même parmi les colons. Si c'est là un embarras pour le colon, pn remarquera que c'est le cas pour tout étranger. Si c'est là un motif pour empêcher rémigration, elle devrait être égalerpent défendue pour tous les pays de langue différente. Quant à la protection que les colons, doivent rencontrer dans l'autorité, il fau(; noter que les juges de paix, qui d'après la loi sont ceux qui doivent juger les questions entre les propriétaires et les colons étant électifs, peuvent représenter quelquefois de mauvaises passions de localité et se laisser dominer par les influences de gens intéressés dans la demande, et dans ce cas la confiance des colons dans do tels juges devrait être fort médiocre et même nulle. Mais ce serait une grande erreur de croire que les lois de l'empire ne fournissent pas de remède pour les cas où la juridiction se trouve dans les mains des propres parties ou de leurs créatures. Dans cette hypothèse, la juridiction passe à d'autres juges, lesquels sont déterminés par les mênies lois, selon les cas qui se présentent. Il faudrait supposer beaucoup d'imprévoyance à notre législation, pour admettre qu'elle livre les parties aux mains de leurs adversaires, sans leur donner des recours.

Si le juge de paix, poqr rester dans l'hypothèse actuelle, présente une de ces îppapacîtés, il est remplacé

par un autre; c'est un point tellement certain que nul parmi nous ne Fignore. Cependant pour fortifier encore Faction de la justice en faveur des colons, le gouverne* ment est disposé à prendre toutes les mesures nécessaires pourque le jugement des causes provenantdes contratsde service soient du ressort de juges qui inspirent encore plus de confiance et qui rendent leur décision avec le plus de rapidité possible : cette innovation se prépare, bien que, ainsi qu'on vient de l'établir, la loi ait déjà pourvu au jugement des causes, dans le cas oh les juges sont suspects aux parties.

3f* Si la majorité des colons d'ibicaba* augmente ses dettes et se trouve ainsi obligée de rester dans la colonie, une portion nombreuse d'entre eux a déjà recueilli les fruits des contrats , et je vous remets un tableau qui en donne Vétat. Ce serait donc une injustice manifeste que d'accuser le système de Parceria ou sa mauvaise exécution de la part des entrepreneurs, de la situation précaire de certains colons.

L'augmentation des dettes de la majorité, fait d'ailleurs très-regrettable, est expliquée par le même M. David, dans la lettre précitée, par des causes très-différentes de celles qu'il suppose aujourd'hui, et qui dépendent seulement des colons et des cantons suisses. Que Votre Excellence me permette de citer ici les propres paroles du consul helvétique : <( Il vient ici bien des gens qui ne sont bons à rien ; des hommes ou à habitudes dépravées,

OU hûonétes et suffisamment éclairés, mais qui ne sont pas familiarisés avec le travail des champs, et qui sont en général étrangers à tout travail corporel, dur et agreste.

« Avec des tètes pleines des idées tirées des romans de Gooper et de Robinson Crusoé, malheureux quand ils n'ont pas du vin, de la bière, du pain, de la viande fraîche, ne se contentant pas de Talimentation ordinaire de ce pays (des haricots noirs, de la farine de manioc, de la viande sèche et de l'eau), naturellement de tels hommes ne sont guère propres à vivre au milieu des forêts vierges et ils perdent facilement leurs espérances.

a Les municipalités suisses, sans pitié aucune, expédient par delà la mer des individus vieux, infirmes, dé^ biles, ou des familles tombées dans la misère et chargées d'enfants dans le plus bas âge. Mais, sur ce point, je ne perdrai plus une parole : le simple exposé des faits suffit. »

Ainsi, d'après M. David lui-même, une grande partie des Suisses qui émigrcnt sont des hommes de mœurs dépravées ou encore honnêtes et éclairés, mais sans habi* tade du travail agricole et accoutumés à une vie assez commode; des vieillards et des familles tombées dans la misère et surchargées d'enRmts mineurs. C'est une conséquence forcée qu'une pareille population ne peut prospérer, quelle que soit la conduite de Ventrepreneur.

En même temps que par les causes qu'indiqué lir consul, ces colons ne produisent rien, ils ont besoin d'alw

ments et à& vêlements; de là, forcément augmentation des dettes.

E)t ce fait, loin d'être un argument contre le propriétaire de 1^ colonie Vergueiro^ honore son caractère, car il sustente des individus qui ne lui donnent aucun profit, et avec une bien mince probabilité d'être indemnisé, avec la presque certitude de ne Tèire pas. Et tellp est la confiance de cet entrepreneur dans la loy(|uté de sa conduite, dans la justice et la générosité de ses procédés vis-à-vis des colons que, désireux de faire examiner rétat de sa colonie par un agent du gouvernement, fédératif, il a concouru à la dépense de son voyage au Brésil, comme Ta déclaré en séance publique du sénat M. le sénateur Vergueiro.

Toutefois malgré Tautorité de M. H. David, qui attribue à la faute des colons suisses eux-mêmes le peu d^ résultat qu'ils ont obtenu, j'ai déjà expédié des ordres au président de la province de Saint-Paul pour faire vérifier minutieusement les rapports qui existent entre les colons et les entrepreneurs et protéger ceux-là, quand ils sont victimes, par tous les moyens en son pouvoir.

4° Dî^ns la session du Sénat de Tannée dernière, je ne me souviens pas qu'aucun des ministres se soit prononcé sur les affaires dlbicaba; il n'y a eu qu'une discussion entre quelques sénateurs qui ne font pas partie du gouvernement; et qui ne peuvent être considérés comme lui servant d'organe dans les Chambres législatives : g^s se-

pâleurs exprimaient leurs opinions, et non cjelle de Vad* ministration de FEmpire.

Que les discours de ces sénateurs aient donné à la Suisse la confiance qu'il serait porté remède aux maux des colons, c'est flatteur pour eux; mais ce qui doit inspirer des espérances mieux fondées, c'est la conduite que le gouvernement a tenue avec les colons d'Ubatuba, comme Ta reconnu M» Formery. C'est encore ce qq'il a fait tout récemment avec quelques colons dlbieaba, en accordant aux unsnn transport de. faveur, et en payant les dettes des autres et en les mettant ainsi en mesure de chercher ailleurs un établissement, ce qa'ils ont fait.

Le retard qui eut lieu pour prendre les mesures qui devaient faire cesser les maux réels des colons n'était pas de nature à faire naître les craintes qu'exprime M. Formery, que les clameurs des intéressés couvrent les plaintes de ceux qui souiïrent, et qu'il soit permis d'élever des doutes contre ceux qui ont le devoir de les protéger.

Les enquêtes auxquelles on devait nécessairement procéder devaient être faites à de grandes distances et avec tout le soin possible : il était donc nécessaire d'y consacrer un certain temps et de mettre quelque retard dans la décision impériale; cependant cette décision est intervenue, comme on le voit, par l'annexe ci-joint , et ses dispositions sont telles qu'elles ne peuvent manquer de satisfaire le gouvernement fédcraK

. 5® Quatre ou cinq mois avant les troubles de la coLo-

nie Vergueiroi qui s*expliquent par les menées de ces hommes à mœurs dépravées dont parle M. H. David, celui-ci écrivait en Suisse ce qui suit : « La conduite de M. Yergueiro, dans sa colonie d*Ibicaba, a été toujours honorable et juste, et jamais une plainte ne s'est élevée de la part des colons qui sont établis sur ce point. >»

Il convient de noter qu'à cette époque M. David résidait déjà au Brésil depuis plusieurs années et qu'il élait suffisamment renseigné sur l'état des Suisses dans l'empire : il n'avait aucun motif pour favoriser les entrepreneurs brésiliens , surtout au détriment de ses compatriotes.

Si l'état de la colonie était prospère, si la majorité des colons se montrait satisfaite, si la conduite des entrepre^ neurs était jusque-là honorable et juste, comme l'affirme M. David en juillet et août 1856, comment se fait-il qu'à peine quatre ou cinq mois après, les colons arrivent à être considérés par ce même M. David comme esclaves, et le gouvernement fédéral demande qu'ils soient délivrés de la servitude !

Ces mêmes sentiments favorables à la colonie Vcrgueiro, M. David les exprimait dans sa lettre déjà citée du 29 avril 1856 : et Je vous dirai, en outre, que toutes les informations que j'ai pu recueillir jusqu'à ce jour de source digne de foi me donnent la conviction intime que MM. Vergueiro remplissent loyalement leurs promesses et que les colons admis dans les établissements de ces

messieurs jouissent d*un bien-èlre réel, si onle compare à la condition du pauvre en Europe. » Il est vrai que plus bas, dans la même lettre, après avoir répété ses éloges de rétablissement colonial Yergueiro, il ajoute que tous les propriétaires, auxquels la maison Yergueiro a transmis quelques-uns de ses colons, n'ont pas été aussi scrupuleux dans Fûccomplissement de leurs devoirs , et il isignale spécialement la colonie dTbaluba. Hais son opinion sur la conduite des entrepreneurs de la colonie Yergueiro demeure entière.

Que M. David ignorât tel ou tel fait particulier nuisible aux colons, c'est facile à comprendre, car de tels faits pouvaient être pratiqués et cependant il pouvait arriver que leurs mauvais effets étant contre-balancés par d'autres avantages, aucune plainte ne fût arrivée à la connaissance du consul ; mais que l'état des colons suisses d'Ibicaba ait été aussi désastreux que le représente M. David, et que non-seulement il n'en sût rien, mais encore que, pendant si longtemps^ il ait été persuadé du contraire, c'est ce qu'on a beaucoup de peine à s'expliquer, en raison surtout de l'ardente sollicitude qu il manifeste pour la prospérité des colons.

Et comme en février et mars 4887 le docteur Heus* scr, après avoir procédé à dé minutieuses enquêtes dans les colonies Ibicaba et Ângelica, toutes deux appartenant au sénateur Yergueiro, a déclaré, dans des lettres adressées à diverses personnes appartenant à l'administration

de ces GoldnieSi que là maison Verguefifô nfdi toujolifs procédé avec honneur et loyauté, s^occupant plus db bien-être des colons que des intéj*éts de Tentreprise, ainsi qu'on le voit dans la pièce ci-jointe, il me parait évident que H. David a été Torgane de la vérité dans les lettres qu'il a écrites en Suisse en juillet et août 1856, dont co-pie existe à Tadministration générale des terres publiques^ et que, par des raisons qu^il serait inutile de rechercher^ il s'est fait complètement illusion quand il a écrit la Note du 8 juin 1857. D'un ou deux faits particuliers, il a tiré une conclusion générale, et, de celle manière, il a fait concevoir au gouvernement de sa nation des idées erronées qui sont préjudiciables à l'empire et funestes à un immense liombre de Suisses , qui, selon la propre expression de M. David, rencontreraient dans ce riche Brésil un abri contre le froid el la faim qui les assiègent dans leur patrie*

Les enquêtes auxquelles le gouvernement impérial a fait procéder dans les colonies de la maison Yergueiro et les témoignages de M. David et du docteur Heusser, qui ne peuvent êlre suspecls dans cette partie au gouvernement fédéral, ne donnent aucun motif pour présumer, que les colons d'ibicaba aient été réduits en esclavage, et, partant, se manifeste d'elle-même l'exagération du langage qui demande leur affranchissement*

Il est vrai qu'en décembre 1856 ces colons s'insurge*^ rent, répandirent le trouble et commirent des crimes que

punit notre législalioo €omiM celle de toa^ leÉ pàp dvilisés, soufir ]prélexté dlnfraction aux eoâtrats et de imu-^ vaise conduite des etitrepreneurs ; msûs, après tàrifloation des faits, oii recotiiiut que des individus malintenlid&ilés, mettant à proBi la baiàe que quelques colons avaient pour le travail, comme le même consul le confesse, les ont séduits par de fausses promesses d'extinction des dettes, qui seraient payées par le gouvernement, de donations de terres et d'avancei^ pécuniaires. Ce fut l'ambition d'obtenir des avantages auxquels ils n'avaient aucun droit qui provoqua les désordres de 1856 et qui poussa des bommes égarés à commettre des actes répréhensibles, dans l'espoir de briser des accords et conventions qu'ils avaient spontanément souscrits et à l'aide desquels ils avaient obtenu en prêt de l'entrepreneur des sommes assez fortes, voulant ainsi solder leurs comptes avec des injures et des attentats.

Cette explication du regrettable fait de 1856 est aujourd'bui reconnue pour vraie, même par certains colons qui ont pris la plus grande part à la sédition, d'après la déclaration qu'ils ont faite à un Brésilien respectable , M . Theopliilo Béneditto Ottoni, qui les a engagés pour sa colonie de Mucury ^ et, pour que le gouvernement fédéral né puisse avoir aucim doute sur le caractère de ce Brésilien, il convient de citer les propres paroles de M. David à son égard, lesquelles se trouvent dans la lettre qu'il a écrite en Suisse dans le milieu de 18^.

« A la lèle de la compagnie de Mucury se trouvent des hommes comme MM. Theôphilo Benedilto Ottoni et Joao Batista da Fonsica^ dont j'ai eu de nombreuses occasions d'apprécier le caraclëre et Tactivité, et que, dans ma profonde conviction, je dois reconnaître comnoie honorables a tous titres. »

S*il n'est pas nécessaire d'affranchir celui qui vit et est traité comme un homme libre, bien que soumis à des con-* ditions spontanément acceptées et tenues pour morales et légitimes par tout le monde civilisé, on ne peut non plus autoriser la retraite des colons suisses des colonies Ibicaba et Angelica et leur établissement sur des terres de TËtat, à l'exemple de ce qui s'est fait pour les Suisses de la colonie d'Ubatuba.

Dans cette dernière il y a eu un concours particulier de circonstances qui ont conseillé la mesure prise par le gouvernement. Les colons n'ont pas menacé la tranquillité publique comme ont fait ceux d'Ibicaba, où d'ailleurs les entrepreneurs, ^elon M. David et le docteur Heuss'er, s'occupaient plus du bien-être des colons que de leurs propres intérêts; ils n'ont adressé aucune plainte au gouvernement ni à leur consul, comfne les écrits de ce* lui-ci l'attestent, et il les tenait au contraire pour isatisfaits. Séduits par des personnes malintentionnées, ils se livrent à des excès et exigent qu'on ait pour eux les mêmes procédés qu'on avait eus pour ceux d'Ubatuba, après qu'ils avaient employé la menace et la terreur I

Si le gouvernement avait consenti à leur donner des Icrres gratuitement et à leur faire les concessions qu'ils exigeaient, l'exemple eût été funeste au dernier point. Un soulèvement général aurait éclaté dans toutes les colonies constituées avec des contrats de service. Quelle que fût la forme de ces contrats , toutes les relations stipulées entre les colons et les propriétaires eussent été rompues violemment, et une dépense incalculable et non justifiée eût pesé sur le trésor public. CeCit été de plus un encouragement à la mauvaise foi, à la paresse, à toutes les prétentions les plus insensées.

Le gouvernement a fourni assez de preuves de sa ferme résolution.de donner aux colons toutes les garanties pos« sibles. Il a employé et il continuera à employer tous les moyens en son pouvoir pour que les contrats soient exécutés en toute loyauté et honneur. Les préjudices que les colons ont soufferts par quelque acte injuste • des entrepreneurs ont été Tobjet de sa sollicitude ; la même surveillance se continuera autant que possible, et probablement aucun fait de ce genre ne se renouvellera sans une immédiate et efficace répression et réparation.

Quant aux faits constatés dans la Note du 8 juin du consul suisse, M. H. David, leur analyse m'entraînerait loin.

11 suffit de signaler la contradiction où il tombe avec lui-même dans un court espace de temps, comme on Ta

fait voir ailleurs.

L'oppression dont on a fait ai grand bruit n'existe pas. Les faits particuliers et préjudidables aux colons ne justifient pas des assertions vagues ayec lesquelles on prétend discréditer les établissements coloniaux de Tempire, quand une partie de ces faits a déjà reçu une réparation convenable. Le rapport de Tintègre et écbdré magistrat qui, par ordre du gouvernement, a été prendre oonnaiai> sance de Vétat des colonies dans la province de StAùi* Paul, lequel a été publié dans le Jomal do Comrnefùtù du ââ mars, expose avec clarté la conduite, soit des proprié* taires, soit des colons. La, rien ne voile la vérité ni en faveur des uns ni en faveur des autres; la plus complète impartialité préside i Fexposé des &its. Si les colons sont souvent accusés, les propriétaires le sont également quand ils le méritent.

Les faits étant expliqués comme ils l'ont été , il est inutile d'insister sur ebacun d'eux, et l'acousation qu'on veut baser sur eux s'évanouit. Le gouvwnement ne eberche pas i cacher la vérité.

En mettant au grand jour les choses telles qu'elles sonti ce qu'il veut développer, c'est l'émigration au Brésil.

Pour le oolon honnête et laborieux, les avantages qu'il rencontre ici sont immenses. Il n'est pas nécessaire qu'ils soient exagérés pour faire illusion à la bonne foi des imprévoyants.

Voilà ce que j'ai l'honneur de communiquer i Votre

Eaccclieiice pour qu'elle en fasse Tusage qu'elle jouera eonvenable.

Dieu garde Votre Excellence.

Sigûé : Marquis ctOlefida,

A M. le Ticoffite de Maranguape.

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