‹ La colonisation du BrésilChapitre 4 sur 21 · Voir, aux pièces, la note B · texte numérisé non relu

Voir, aux pièces, la note B

Mais ce gouvernement ne s*est pas borné à faire éclater dans tout leur jour les torts des colons suisses. Si petits que fussent les torts des entrepreneurs, si légers que fussent les abus» il a voulu y porter un prompt et efficace remède. Le président de la province de Saint-Paul a reçu du ministre de l'empire communication des deux rapj^orts de M.Yaldetara, avec injonction de faire immédi(|tement cesser les irrégularités et les abus commis au

préjudice des colons, et que signale Tintègre magistrat. Ce n*est pas tout : le Belatorio distribué cette année aux chambres par H. le marquis d*01inda, ministre de Tempire et président du conseil^ anuonee deux excelr lentes mesures qui vont être prises/ avec le concours du Parlement, dans les provinces où le système de Parceria est en vigueur, notamment dans la province de Saint- Paul. On créera deux fonctionnaires nouveaux, l'un, le curateur des colons, aura pour mission de surveiller et de défendre leurs intérêts; l'autre, un juge spécial, nommé par le gouvernement qui a le droit de le révoquer, aura dans sa juridiction toutes les causes dérivant d^ contrats de service. Voici en quels termes l'honora- ,ble directeur général des terres publiques, le sénateur .Manoel Felizarde , apprécie dans son rapport particulier adressé au ministre le but de cette innovation : i< Le curateur des colons, faisant régulièrement des.

c< iaspeciioDS analogues à celle de M< Manoel de Jésus « Yaldetara, obtiendra des résultats semblables. En ga- « gnant la confiance des colons» il les instruira de leurs « deifoirs, leur fera comprendre leurs vrais intérêts, et « concourra ainsi à leur faire accomplir les obligations <i qu'ils ont co itractées.

a Mais, dans certains cas, la crainte ou Tignorance ne « permettront pas de suivre les conseils de la prudence « ou de la justice et force sera de recourir au juge.

«Si, dans ce cas, le tort est du côté de Tentrepreneur, « le curateur protégera le colon de son assistance ; dans « le cas contraire, il lui refusera ses conseils et sa direc- *ft tioD .

«t Avec ces mesures, il est certain que des faits sem- « blables à ceux qui se sont passés récemment, seront « éclaircis, et que la responsabilité en retombera sur les « véritables auteurs, et ainsi désormais il sera impossible « aux malveillants de les exploiter, si ce n*est dans le « but avéré de calomnier Tempire, de le blesser dans ses n intérêts et en même temps de frapper cruellement bon et nombre de leurs compatriotes, qui, s'ils nétaient pas « abusés par des publications passionnées, changeraient, « en peu de temps, une vie de misère dans leur patrie « pour rabondancc sur notre sol, contribuant en outre à «entraver le développement de Tindustrie dans leur

« pays comme dans le nôtre, en paralysant les relations « commerciales que rétablissement àe colons sur un sol « nouveau fait naître et accroître. »

A la suite de ces observations pleines de sens, M. Ma*noël Felizarde indique quelques moyens qui lui paraissent propres à faciliter la colonisation, tels que rétablissement d'un léger impôt sur les terres en friche, une diminution des droits d'ancrage en faveur des navires qui transportent les colons, un règlement pour ce transport *, le droit pour l'État) dans certains cas, de vendre des terres à terme, de les affermer pour l'élève du bétail^ et enfin, ce qui est d'une capitale importance» une loi qui régularise les mariages entre les personnes proftes*sant une autre religion que celle de l'Etat.

Pour l'éclaircissement de ce dernier point, je dois dire que le Brésil, qui, par ses mœurs, est un pays d'entière tolérance, est encore par ses lois , quant au ma*riage, sous la règle du Concile de Trente. On n'y songeait guère et les nombreux protestants qui y habitent ne s'en préoccupaient nullement; mais un beau jour de Tannée dernière, il est arrivé qu'une femme protestante est venue trouver l'évêque de Rio-Janeiro, en lui annonçant qu'elle est résolue à se convertir à la foi catholique. L'évêque acquiesce tout naturellement à sa demande et

\ . Ce règlement a été fait, voir note C,

rabjuralion a lieu. Peu de jours après, la même femme va de nouveau trouver le prélat et lui demande si, aujourd'hui qu'elle est catholique, son mariage avec un protestant est encore valable. Se référant aux dispositions du Concile de Trente, Tévèque déclare qu'il n'y a pas eu mariage, mais concubinage, et la femme, dégagée de ses liens antérieurs, convole avec un catholique. Telle est cette scandaleuse affaire Eertch, qui a fait tant de bruit au Brésil, et qui a eu, même en Europe, un déplorable retentissement. Toutes les feuilles de Rio ont stigmatisé une décision qui brise les liens du mariage entre protestants : toutes ont réclamé, comme le fait l'honorable M. Manoël Felizarde, une loi qui en posant les règles du contrat civil, maintienne l'indissolubilité du mariage entre les personnes qui n'appartiennent pas à la religion catholique. Ce vœu public, si intelligent et si moral, est en voie de se réaliser. Le dernier courrier du Brésil nous apprend que le ministre de la justice, M. Yasconcellos, a présenté à la chambre des députés un projet de loi ayant pour but de régler la forme et les effets du mariage civil '. Cette réforme si essentielle à l'avenir du Brésil ne devra pas rencontrer de sérieux obstacles; le clergé brésilien n'est nullement fanatique; il s'est conformé, dans l'affaire Kertch, à la

^ . Voir TExposé des motifs et le texte de ce projet, noie D.

rëgle canonique , mais il accueillera volontiers toute modification à cette règle» qui, sans blesser la foi, placera Tempire sud-américain dans les conditions de civilisation et de tolérance qui régissent les nations catholiques de TEurope. C'est pour lui une question de patriotisme, car avec les prescriptions du Concile de Trente et le précédent Kertch^ il n*y aurait pas de colonisation possible.

De l'étude attentive de tous les documents publiés sur la colonisation du Brésil, que je n*ai pu résumer ici que d'une façon très-incomplète , il résulte pour moi la conviction que le gouvernement impérial s'est placé dans une bonne voie, qu'il a fait avec loyauté, intelligence et

esprit de suite, tout ce qu'il pouvait et devait faire.

Son but est de donner satisfaction à l'intérêt capital du pays, qui veut qu'une population nombreuse et nouvelle soit appelée à féconder ces riches contrées, aujourd'hui surtout que Tabolition réelle et complète du trafic des noirs a supprimé le recrutement des bras esclaves.

Pour atteindre ce but, il n'a pas pris la voie directe, qui n'est pas toujours la plus courte et la plus sûre, et qui, en cette matière, n'aboutirait qu'à la ruine ou à des résultats factices. 11 n'a pas fait de la colonisation par lui-même.

Il surveille , il aide , il assiste pécuniairement les en-

(reprises qui se forment pour promouyoir Véimgratioo ; cette assistance mêoie n*est que tepporaire , ^Ue devra cesser dès que le courant filetant établi , les centres coloniaux se recruteront spontanément.

Le concours que le gouvernement du Brésil prête aux compagnies de colonisation, concours que, dans leur indépendance administrative et financière, plusieurs provinces de Tempire prêtent aussi de leur côté, n'a qu'une règle et une mesure, c'est de rendre les chances moins inégales entre les conditions de Vémigration au Brésil et celles de Vénûgration aux États-Unis.

Mais à côté de cette intelligente assistance , accordée par VËtat aux entrepreneiirs d'émigration, il y a un devoir plus haut et plus sacré, que prescrivent à la. fois l'humanité et la politique , et que le gouvernement du Brésil s'attache à remplir avec une religieuse sollicitude. Il s'est arrogé la bienveillante tutelle des colons, et cette surveillance paternelle de leurs intérêts les prend au jour où iU signent leur contrat , les suit dans leur traversée tran$.ctt}antique, le$ assiste au lieu de déharquementi les accompagne jusqu'au centre colonial où ilii doivent ré* sider et ne les abandonne pas un instant dans leur^ rap*** pprti^ et dans leurs démêles avec les propriétaires*

Cette tutelle, de jour en jour plus efficace, vient d*étre fortifiée par de nouvelles mesures, et rien ne nianque

désormais à la sauvegarde des intérêts des colons. Même pour le passé, et parmi tous ces griefs qui ont été répandus, le gouvernement du Brésil est demeuré irréprochable. Dans ce pays, si vaste et si libre, il a pu ignorer certaines fautes, être désarmé contre certains abus, mais il a toujours usé de son pouvoir dans Fintérêt de la justice, et s'il penche d'un côté, c'est du côté des faibles.

Les griefs que réfutent les documents annexés à cet exposé n'atteignent pas le gouvernement impérial : injustes au fond, ils témoignent surtout de la mauvaise foi et de la passion qui lesont inspirés. Si cependant, sur quelques points secondaires, ils signalent des faits irréguliers et réprébensibles, il serait absurde d'en rendre le gouvernement responsable. Dans toutes les œuvres humaines il y a des abus el des défaillances : le devoir des gouvernements est de rectifier les erreurs et de réprimer les abus : ce devoir, le gouvernement du Brésil le remplit avec une intelligente loyauté et une persévérance infatigable.

Charles RëYBAUD.

Note A,

DOCUMENTS OFFICIELS

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