INTRODUCTION
Le travail que nous présentons au public n'est pas une œuvre littéraire, ni un ouvrage savant et de longue haleine. Ce n'est qu'une esquisse bien imparfaite des luttes soutenues par nos ancêtres, des souffrances qu'ils ont endurées, des travaux qu'ils ont accomplis pour ouvrir à la colonisation cette belle province que nous habitons. Il y avait parmi nos aïeux bien peu de nobles, de savants, de brillants chevaliers ; presque tous étaient des roturiers, mais ces roturiers étaient certainement des braves. Ce qu'il fallait de courage pour quitter le pays natal, ses parents, ses amis et entreprendre sur les frêles esquifs de l'époque la longue traversée de l'océan, pour ouvrir la première clairière à travers la forêt, et se défendre contre l'Iroquois toujours en quête de nouvelles victimes, nous avons peine à nous le figurer, à trois cents ans de distance. Assurément ceux qui tentèrent l'aventure étaient des braves.
Chose certaine aussi, tous les historiens qui ont écrit sur nos origines l'ont constaté, c'est que les premiers colons venus de France, ceux de Champlam, de Giffard, de Maisonneuve, et même ceux de Talon constituèrent, moralement parlant, une élite; ils étaient des gens foncièrement honnêtes, très religieux, pleins de zèle et de dévouement. Ils ont été les véritables fondateurs de la nation canadienne-française. En effet, après le départ de Talon, l'immigration européenne fut considérablement restreinte; très peu de familles nouvelles vinrent de France, après 1673.
Ce sont donc les familles recrutées par Champlain, par Giffard, par Maisonneuve et celles envoyées par le roi sous l'intendance de Talon, qui, par leur prodigieuse multiphcation, ont peuplé peu à peu la Nouvelle- France; elles ont assaimé rapidement sur les deux rives du Saint-Laurent. Les colons de Giffard, les Percherons, après s'être solidement établis dans la banlieue de Québec et sur la cote de Beaupré, ont peuplé la rive sud de Québec à la Grande- Anse (Sainte- Anne-de-la-Pocatière). Ils ont même fourni les premiers éléments de la population des Trois- Rivières. Les colons de Maisonneuve, les Angevins et les Poitevins, ont peuplé à eux seuls l'île de Montréal et les seigneuries avoisinantes. Les soldats du régiment de Carignan-Salières qui se marièrent presque tous avec des filles issues des vieilles familles, s'établirent en grand nombre dans les seigneuries de Verchères, de Varennes et surtout sur les rives du Richelieu.
Fait remarquable, les terres occupées par les premières familles sont demeurées, pour la plupart, en la possession de leurs descendants.
Lorsqu'en 1908, on eut l'admirable pensée de récompenser celles des familles qui, après deux siècles, détenaient le lot de terre défriché par leurs ancêtres, ce n'est pas sans une joyeuse surprise que l'on vit deux cent soixante- treize chefs de famille, se présenter pour recevoir la médaille commémorative.
C'était la véritable noblesse du vieux Québec qui, en ce soir mémorable du 23 septembre 1908, se pressait dans la grande salle de l'Université Laval, la noblesse de la Charrue, comme l'appela si heureusement Sa Grandeur Mgr Paul-Eugène Roy, archevêque auxiliaire de Québec.
Oh! comme il serait intéressant de refaire année par année, l'histoire de ces familles, de raconter quelques-uns des menus faits de leur existence, de les voir bâtir péniblement nos belles paroisses canadiennes. Ce serait là la vraie histoire de la colonisation française en Amérique.
Depuis quelques années, l'on s'occupe beaucoup d'histoire locale, c'est une heureuse initiative que l'on ne saurait trop encourager, car l'histoire de nos villages c'est l'histoire du pays en petits morceaux (1).
Que de fortes leçons d'endurance, de patriotisme se dégagent de ces monographies, si simples soient-elles !
Nous sommes à une époque décisive de notre existence; des orientations nouvelles se dessinent, nous avons besoin des enseignements du passé pour ne pas dégénérer de nos ancêtres et demeurer les dignes fils des vaillants pionniers qui, au prix de si grands sacrifices, ont conquis à l'Eglise et au verbe français le territoire que nous occupons.