‹ La colonisation et les colonies allemandes;Chapitre 159 sur 184 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'œuvre coloniale entreprise, il y a vingt ans, par l'Allemagne, a été poursuivie avec persévérance et ténacité.

Dans Tordre juridique, on constate une adaptation progressive aux réalités des idées du début sur les Schuizgebiete. Les principes théoriques ont cédé peu à peu devant les faits et les territoires protégés sont devenus des colonies pures et simples.

En général, on peut dire que les résultats obtenus ne semblent pas en rapport avec les efforts déployés.

Jusqu'à présent, il n'est pas une seule colonie allemande qui se soit suffi à elle-même, et c'est un sacrifice de plusieurs millions que doit s'imposer annuellement l'Empire pour combler l'écart considérable qui reste entre les recettes et les dépenses. Et si, au point de vue commercial, l'acquisition des colonies a ouvert des débouchés à l'industrie allemande, il faut remarquer que ces débouchés sont peu considérables, ont peu de besoins de produits manufacturés, et sont situés dans des pays tropicaux faiblement peuplés ; l'appoint apporté par les colonies au chiffre d'affaires annuel du commerce allemand ne représente donc qu'une partie très minime de ce total, et il ne répond guère, en ce moment, aux sacrifices imposés à la nation pour l'obtenir.

Il est vrai que l'on fait de grands efforts pour qu'au moins l'exportation des colonies soit profitable à la métropole, et permette à cette dernière de ne pas être tributaire des autres nations pour certains produits. Le Conseil économique colonial emploie la plus grande partie de son activité à introduire dans

les possessions allemandes la culture du coton; il a formé, dans chaque colonie, des expéditions chargées d'établir des plantations d'essai. De même, il encourage la culture du café, des épices, du caoutchouc. Mais jusqu'à présent, on n'a guère obtenu plus de résultats que ceux qu'on peut attendre d'une période d'essai.

Si l'on considère les procédés de colonisation employés par le gouvernement, on ne peut s'empêcher de penser que, de ce côté également, les déceptions n'ont pas été ménagées au peuple allemand et ont dû lui être d'autant plus douloureuses qu'on s'était adressé à son amour-propre national pour éveiller chez lui l'esprit colonial.

La méthode des compagnies de colonisation, que l'Allemagne s'était appropriée au point de s'offrir d'elle-même comme exemple aux autres nations, a donné des résultats plus que médiocres. Deux compagnies, auxquelles on avait donné la situation redoutable de compagnies souveraines, ont dû renoncer, de gré ou de force, à leur rôle politique et administratif; Tune d'elles, celle de la Nouvelle-Guinée, ne peut même pas venir à bout de sa tâche économique. Au Cameroun, une compagnie concessionnaire privilégiée, celle du Nord-Ouest Cameroun, s'est vu donner sa concession dans des conditions scandaleuses, au mépris presque des droits de l'État, ce qui a soulevé les protestations à peu près unanimes de l'opinion. En résumé, de toutes les compagnies liées à l'Etat, une seule prospère, celle de Jaluit, et encore faut-il bien penser que son champ d'activité est limité à un petit archipel du Pacifique, cette restriction expliquant peut-être son succès. C'est la condamnation, non pas sans doute des compagnies de colonisation, mais assurément de la méthode allemande qui leur avait donné une place exagérée dans la vie coloniale.

Une autre déception pour le peuple allemand a été certainement la situation lamentable qui s'est créée dans le Sud- Ouest Africain. Cette colonie, qu'on destinait au peuplement, est âctuellenient désolée par lâ révoîte des Heréros, qui a

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