‹ La colonisation et les colonies allemandes;Chapitre 160 sur 184 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

surpris d'autant plus le gouvernement allemand que c'était la possession où, Jes traités avec les chefs indigènes ayant été les plus nombreux, les indigènes avaient la meilleure situation et où, relativement, leurs coutumes étaient les plus respectées. Et l'on ne peut s'empêcher de voir dans l'état de choses actuel une conséquence peut-être directe des théories d'il y a vingt ans, qui faisaient de la colonisation allemande non une expansion par la conquête, mais l'établissement pacifique d'un protectorat régulier. Dans cet esprit, et pour mieux faire que les nations voisines, on multipliait et l'on fortifiait les traités avec les chefs indigènes; on voulait leur donner une valeur juridique internationale, sans penser que ces mêmes traités étant, pour les indigènes, un moyen de se soustraire en partie aux lois et à l'autorité allemandes, leur seraient peut-être un jour un abri pour se préparer à la révolte, grâce à l'indépendance relative qui leur était conservée.

Le malheur, c'est que si la situation est particulièrement grave dans le Sud-Ouest africain, la tranquillité est très loin de régner dans l'Afrique orientale allemande, au Cameroun, au Togo (1). Quant à Kiao-Tchéou, depuis la défaite des Russes en Extrême-Orient, il est désormais à la merci d'un coup de main japonais.

La vérité, c'est que dans les derniers temps, l'horizon colonial allemand s'est assombri avec une rapidité et dans des proportions extraordinaires.

L'impression produite en Allemagne par ces déceptions successives et accumulées ne saurait être mieux rendue que par ce qu'écrivait récemment le correspondant particulier du Temps à Berlin :

a Les soucis coloniaux ne sont pas épargnés à l'Allemagne en ce moment. La révolte qui vient d'éclater dans l'Afrique orientale l'inquiète gravement, et l'on rappelle mélancoliquement

(i) Cet ouvrage, ne renfermant que des renseignements vérifiés dans la mesure du possible et d'une origine généralement officielle, n'a pas été mis au courant du détail des insurrections en cours; les informations actuelles n'offrent point encore de suffisantes garanties pour mériter de prendre un caractère définitif.

que la campagne dans l'Afrique occidentale dure depuis vingt mois sans que les troupes allemandes, malgré toutes leurs victoires, aient pu avoir raison des rebelles qui, battus, disparaissent pour se reformer bientôt après. On se demande si au sud de Dar-es-Salam on va retrouver les mêmes déboires et les mêmes dépenses en vies humaines et en argent.

« Un certain découragement s'empare de l'opinion, qui trouve que l'Allemagne n'a eu jusqu'à présent que de la malchance avec ses colonies, et ce ne sont plus seulement les adversaires de la politique coloniale qui rappellent que le comte Gaprivi disait : « Le moins d'Afrique possible» , et que Bismarck lui-même n'éprouvait aucun enthousiasme pour les possessions d'outre-mer.

« On discute même l'éventualité de se débarrasser de ces territoires ruineux, qui coûtent déjà, dit-on, plus qu'ils ne valent et sont échus à l'Allemagne comme des laissés-pour-compte des autres nations.

« Ces pessimistes trouvent peu d'appui jusqu'à présent dans l'opinion, mais il semble que la résistance vienne plus de la crainte de compromettre le prestige allemand en cédant devant des noirs révoltés, que du désir réel de garder ces lointaines et infructueuses possessions. Les milieux coloniaux et les nombreux intérêts qui se sont créés en Afrique s'opposeraient d'ailleurs vigoureusement à une retraite de l'Allemagne de son domaine africain, auquel assurément le gouvernement ne renoncerait pas, voulant donner au moins à ses colonies une importante valeur d'échange, et espérant toujours y attirer une partie de sa croissante population.

« Les mêmes voix qui prêchent la renonciation en Afrique, tout en reconnaissant que le moment et les circonstances rendent une retraite difficile, s'écrient : « Mais Kiao-Tchéou, « aucune raison ne s'oppose à ce que nous nous en débarrasa sions honorablement. » Ils invoquent toutes sortes de raisons de circonstance et d'opportunité pour rendre à la Chine ce territoire acquis à l'exemple de la Russie. Et leurs arguments trouvent "'de Téchô. ' v -

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