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DIVISIONS ADMINISTRATIVES ET FONCTIONNEMENT GÉNÉRAL

Au point de vue administratif, l'Afrique orientale allemande avait été divisé en 1890 en une province Nord, jusqu'au Rufidji, et une province Sud, au sud de ce fleuve. La province Nord comprenait six stations ou districts. Cette première division fut modifiée dès 1891, et à cette époque les territoires de la côte furent répartis en quatre districts : Tanga, Bagamoyo, Dar-es-Salam et Mgani. Après un certain nombre de remaniements et par la création de nouveaux districts ou stations militaires il y avait, au 1er janvier I 903, douze districts et seize stations militaires.

Les districts sont :

Tanga. Kilwa.

Pangani. Lindi.

Saadani. Mikindani.

Bagamoyo. Langenbourg.

Dar-es-Salam. Morogoro.

Rufidji. Wilhelmsthal.

Ils relèvent de l'administration civile; ils constituaient le « territoire civil » de la colonie.

Les stations militaires, administrées parles chefs des postes militaires, et constituant par leur ensemble une sorte de « territoire militaire » , sont :

Moschi. Schirati.

Gross-Aruscha. Bukoba.

Kisaki. Iringa.

Kalimatindé. Oudjiji.

Mpapua. Songuéa,

Kondoa Irangui. Magengué.

Tabora. Bismarckburg.

Muanza. Ussambura.

Le chef du gouvernement de la colonie a le titre de gouverneur. Il est assisté par deux fonctionnaires ayant le titre de conseillers de gouvernement {Rcgierungsrœle). Au siège du gouvernement, qui est Dar-cs-Salam, sont les bureaux du gouverneur, sous la direction d'un chef de bureau assisté de secrétaires.

A la tète des districts sont des chefs de district. Toutefois, il n'y a pas toujours, dans tous les districts, un fonctionnaire exerçant spécialement les fonctions de chef de district, ou uniquement ces fonctions. Tantôt elles sont dévolues à des officiers commandant les troupes d'une région ou à un fonctionnaire d'un grand service, tantôt le chef de district les exerce, avec, accessoirement, celle de receveur d'impôts, même — le cas s'en est produit — intérimairement à un médecin. C'est dire que l'administration est organisée avec le personnel le plus restreint qu'il se puisse. Actuellement, le nombre de fonctionnaires se borne au strict nécessaire, et ne peut être réduit.

Les attributions et le pouvoir du gouverneur et des chefs de district sont naturellement ceux de tous les fonctionnaires coloniaux de ces grades, dans toutes les colonies. La compétence consulaire de ces organes de l'administration étant réglée par des dispositions invariables pour toutes les colonies, ce n'est pas dans ce domaine que s'exerce surtout l'initiative du gouverneur et son pouvoir réglementaire. C'est avant tout en matière de police administrative générale, et aussi en quelques matières spéciales, telles que la police des mines, des forêts, etc. 11 serait trop long d'énumérer, et d'ailleurs inutile, toutes les dispositions prises par les gouverneurs de la colonie dans ces différentes matières ; la citation de

quelques-unes des plus importantes de ces dispositions suffira à donner un aperçu général de la police administrative établie par ces gouverneurs.

En matière de sûreté générale, un arrêté du gouverneur, du 9 juillet 1892, a réglé les conditions de l'introduction des armes à feu et des munitions dans la colonie. L'importation et le commerce de ces objets ne peuvent avoir lieu que de la part du gouvernement; chaque fusil importé est marqué d'un signe spécial et est inscrit sur un registre spécial tenu par la police.

Un arrêté du 1er février 1894 interdit l'importation des armes à feu et munitions en vue du commerce; tout fusil introduit pour l'usage personnel du possesseur ne peut être conservé qu'en vertu d'un port d'arme non transmissible, dont le prix est de 15 roupies (une roupie vaut 1 mark 38 ou 1 ,39). En outre, pour les fusils à magasin, le possesseur doit, en plus du coût du port d'arme, déposer une somme de cent roupies, qui lui est rendue à son départ de la colonie, contre la présentation de la quittance, du port d'arme et du fusil. Il est défendu aux indigènes de détenir des fusils à magasin.

Un arrêté du 13 février 1892 oblige les Européens à prévenir la police de leur arrivée et de leur départ de la colonie, ainsi que de leurs changements de domicile.

En matière de police sanitaire, une circulaire du gouverneur du 29 janvier 1893 concerne la réglementation des quarantaines dans la colonie. D'autres circulaires, de 1896 et de 1898, réglementent le contrôle sanitaire des navires arrivant dans les ports de la colonie.

En Tiiatière de police du commerce et de l'industrie, un arrêté du 8 septembre 1890 concerne les falsifications du caoutchouc.

Un arrêté du 3 septembre 1891 ne permet l'ouverture des débits de boissons alcooliques qu'avec autorisation administrative.

Un arrêté du 17 février 1894 dispose que cette autorisation sera accordée par l'autorité locale (chef de district ou de

station) et fera l'objet d'une permission écrite délivrée au prix de 100 roupies.

Une circulaire du 12 juillet 1899 concerne l'interdiction des monopoles commerciaux.

Des circulaires de 1895 et 1807 concernent à nouveau la falsification du caoutchouc.

En matière de police de la navigation, le gouverneur a promulgué, à deux reprises, en 189 4 et en 1897, un règlement pour le port de Dar-es-Salam. De même un arrêté de 1891 concerne les frais de port pour les embarcations indigènes (dhaus) ; un avis de 1891 indique que des pilotes sont à la disposition des navires qui auraient besoin de leurs services.

Quant aux chemins de fer, un règlement concernant la police de la ligne d'Ussambara émanant du gouverneur a été mis en vigueur le 12 novembre 1895.

On peut encore citer les différentes dispositions prises quant à la circulation des monnaies. La compagnie de l'Afrique orientale allemande frappe des pièces de cuivre et d'argent, et possède une banque d'émission de banknotes (traité entre le gouvernement impérial et la compagnie du 20 novembre 1890). Un ordre du gouvernement impérial du 13 mars 189 4 ordonne que les monnaies frappées et mises en circulation dans la colonie par la compagnie de l'Afrique orientale devront être acceptées en paiement à toutes les caisses publiques ; notamment les pièces de deux roupies devront être prises à ce taux. Par arrêtés des 1 7 janvier et 25 avril 1 903, le gouverneur interdit l'entrée dans la colonie de pièces de cuivre (pesas) autres que celles de la compagnie; de même, le 20 février 1903, il interdit l'entrée des roupies de l'Afrique orientale anglaise (Mombassa) . Un arrêté du 17 novembre 1896 introduit un cours ferme de la roupie et de la pesa.

En matière de chasse et de pêche, un arrêté de 1894 dispose que la chasse dans la colonie est interdite sans autorisation du gouvernement. Une circulaire de 1896 est relative à la conservation du gibier, ainsi qu'un arrêté de 1898. Un arrêté de 1893 réglemente la pêche des perles.

Quant à la police forestière, un arrêté du gouverneur du 2(> avril 1891 ordonne la perception d'un droit pour l'abatage de bois de construction sur les domaines du gouvernement impérial, droit proportionnel à la quantité abattue. Par ce même arrêté, le gouverneur se réserve le droit d'interdire l'abatage dans certaines contrées. Une circulaire du 7 juin 1893 prescrit que remise du droit sera accordée aux indigents des districts côtiers qui abattraient du bois pour réparer ou reconstruire leurs huttes, notamment si ces travaux étaient rendus nécessaires pour l'alignement des voies de communication.

Un règlement du gouverneur établit la police des forêts des contrées de plantations dans leMogoro, l'Ussambara, l'Usegna, le Paré et le Kilimandjaro.

Quant aux mines, le chancelier de l'Empire a transmis jusqu'à nouvel ordre, par disposition du 10 janvier 1899, la direction de ce service au gouverneur. A différentes reprises, avant et après cette mesure du chancelier, le gouverneur a réglé les conditions des travaux de prospection entrepris par les particuliers et a formellement interdit ces travaux dans certaines contrées. Il ne faut pas oublier que la compagnie de l'Afrique orientale allemande s'est vu concéder, par les traités de 1891, des droits nombreux et importants pour l'exploitation des richesses minières.

Dans l'année 1 902-1903 (1er juillet au 30 juin) le gouverneur a publié 1 1 arrêtés, circulaires, règlements ou avis. Leurs intitulés sont les suivants :

Arrêté du 7 juin 1902, concernant l'abrogation partielle de l'arrêté du 1er juin 1897 sur l'interdiction d'exporter des ânes hors de la colonie de l'Afrique orientale.

Arrêté du 14 juillet 1902, modifiant le règlement douanier en vigueur dans l'Afrique orientale.

Arrêté du 17 juillet 1902, concernant le débit et la vente de boissons alcooliques aux gens de couleur.

Règlement de police foncière et minière du 12 sep tembre 1902.

Arrêté du 15 septembre 1002, concernant les peines judiciaires applicables aux indigènes.

Réglementation établie en vertu de la loi sur les substances explosibles du 22 novembre 1902.

Dispositions d'applications, prises le 7 février 1903, concernant la section II b (prospection) du décret impérial du 9 octobre 1898, sur les mines de l'Afrique orientale.

Arrêté du 30 janvier 1903, sur les marchés du district de Kilwa.

Arrêté du 30 janvier 1903, sur les marchés du district de Lindi.

Circulaire du 21 février 1903, sur l'exportation de l'ivoire.

Avis en date du 21 mars 1903, sur la concession du passage gratuit sur les vapeurs du gouvernement aux fonctionnaires de la poste, aux prêtres de la confession évangélique (religion réformée) et aux membres des sociétés de missions.

Dans cette même année 1902-1903, l'administration intérieure a fonctionné régulièrement et d'une façon satisfaisante. Quelques actes de brigandage ont été rapidement réprimés.

Le gouverneur a fait appel à des représentants du commerce et de l'agriculture (plantations) pour prendre part, au siège du gouvernement, à des conférences et à des délibérations sur les intérêts de la colonie. Des propositions nombreuses et intéressantes ont clé faites à l'administration, qui les a prises en considération dans beaucoup de cas, notamment pour la nouvelle réglementation des tarifs sur la ligne de l'Ussambara.

Les commerçants et les agriculteurs ont été également représentés dans les conseils de district créés, en vertu de l'arrêté du chancelier de l'Empire,' en date du 29 mars 1901, dans les districts d'administration civile. Ces conseils sont susceptibles de rendre de grands services dans l'administration locale.

Les unions de communes (Kommunalverbânde) se sont affirmées et leur situation est en voie de progrès, tant au point de vue de leurs travaux qu'au point de vue de leurs

finances. L'aide matérielle du gouvernement ne leur a été nécessaire que dans une faible mesure, et peut être considérée comme inutile clans l'avenir, à moins de malheurs d'une gravité exceptionnelle. Ces unions ont toutes constitué des fonds de réserve pour faire face aux dépenses imprévues, telles que celles qui seraient occasionnées par des famines inattendues causées par la sécheresse ou les sauterelles.

Un bureau de placement gratuit existe dans la commune de Bagamoyo. L'union communale de Dar-es-Salam possède une caisse d'épargne, dont les bénéfices sont attribués au fonds de réserve de l'union. Les dépôts s'élevaient, au 31 mars 1903, à 179.242 roupies 10 pesas. Le nombre des déposants était de 190, dont 47 individus de couleur. Les frais d'administration s'élevaient à 1.296 roupies 14 pesas. Le bénéfice attribué au fonds de réserve a été de 1.272 roupies 22 pesas.

Les unions communales ont voué tous leurs efforts à la construction rationnelle de chemins et à l'introduction de la culture du coton chez les indigènes.

L'administration s'efforce le plus possible de réprimer l'esclavage et de diminuer le nombre des esclaves. Le commerce des esclaves est encore pratiqué en secret dans les contrées de l'intérieur éloignées des stations militaires. On cherche, par un contrôle sévère, à empêcher les marchands d'amener subrepticement des esclaves de l'intérieur vers les districts entiers. On applique dans cet esprit l'arrêté du chancelier de l'Empire, du 29 novembre 1901 , sur l'esclavage domestique. En 1902-1903, ont été établies 2. 420 lettres de libération contre 2.037 l'année précédente; 723 esclaves sont rachetés, 675 ont été libérés parleurs maîtres et 965 par voie administrative; 57 sont devenus libres par la mort de leurs maîtres ou autrement. Bien que la somme nécessaire à se racheter soit relativement faible et facile à gagner, et bien que tous les nègres la connaissent, le nombre des esclaves qui se rachètent euxmêmes n'augmente que faiblement, ce qui prouverait que leur joug ne leur pèse pas trop lourdement. L'administration espère

faire disparaître complètement l'esclavage, en déclarant libres tous les nouveau-nés venus au monde après une certaine date. Cette mesure interviendra lorsque la situation économique de la colonie et surtout l'amélioration de ses voies de communication lui donneront un moyen de remplacer le travail servile.

Avant de terminer cet aperçu général des travaux de l'administration, il faut encore mentionner que la collaboration des indigènes à l'activité administrative a réalisé un progrès, en ce sens que les individus élevés dans les écoles du gouvernement se sont présentés en grand nombre, ce qui a permis de remplacer, sans augmentation de frais, une partie des fonctionnaires indigènes qui ne savaient ni lire ni écrire.

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