‹ La colonisation [microforme]Chapitre 19 sur 48 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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constatant les défrichements qui s’y sont faits et l’aisance qui y règne, Il y a quelque trente ans, alors que cette paroisse était naissante, on prenait pitié des colons qui s'y dirigeaient, la poche sur le dos et la hache au côté. c'était l'avoir de plusieurs d’entre eux. Aujourd'hui ils sont presque tous des cultivateurs indépendants, quelques-uns sont riches et leurs enfants sont établis à côté d'eux, avec chacun un lot de cent acres, quelquefois avec plusieurs de ces lots.

Ils jouissent de tous les bienfaits de l'organisation municipale qui offre aux citoyens une somme considérable de liberté,

I] faut que je parle d’une espièglerie de mon temps. Je n'y ai pas pris part, mais je suis tout de même coupable d'en avoir ri. (C’est pourtant une affaire effrayante. Et qui fait voir comme on est étourdi à un certain âge!

Il y avait alors, au petit village de St-Sauveur un farceur de marchand qui aimait à jouer des tours, mais des tours à faire tordre le cou...! Pendant les fêtes de... disons 1864, nous étions en promenade à cet endroit lorsqu'il nous prit fantaisie d'aller avec ce diable de marchand, pour ne pas dire plus, chercher au grand village un voyage de paille, Quel plaisir de revenir sur ce meulon et de descendre la grande côte qui sépare les deux endroits! Le marchand, à qui appartenait la traîne à bâtons, s'était bien galammment constitué le cocher et poliment avait donné les places d'honneur à ses invités. Il n'avait pas plutôt pris la côte que l’imbécile, puisqu'il faut parler net, mit le feu au voyage de paille, et lança son cheval au gelop. L'histoire de faire tuer ses amis, tout simplement. Car, comme bien l'on pense, il fallut déguerpir, et sans les délais réservés par le code au plus gredin des locataires. Heureusement qu’une épaisse couche de neige permit aux excursionnistes de sauter à bas sans danger. Mais vous voyez d'ici l’équi-

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page qu’emportait la bête, je devrais dire les deux. Heureusoment, il faut le dire par charité, que ce ne fut qu’un feu de paille et que le vent l'éteignit avant son entière consommation. Et de rire à gorge déployée. Le farceur n’en fut pas quitte, car si je me rappelle bien, on lui fit payer quelque chose !!!

Mais continuons notre route, Il est midi passé, et il faut aller camper à Ste-Agathe,

SOMMAIRE: EN ROUTE POUR ST£-ADÈLE.—L'INDUSTRIEL MATTE.— LE CHEMIN DE FER. — STE-ADÈLE, — (CHANSON. — L'HONORABLE JUGE MORIN. — LES NOTABILITÉS DE STE-ADÈLE. — LEUR INFLUENCE SUR LE PEUPLE. — LES CANADIENS LISENT PEU, MAIS OBSERVENT, — LETTRE DU DR GRIGNON. — L'ÉTAT GÉOLOGIQUE DU CANTON MORIN. — UNE FARCE A PROPOS DE MÉTAUX. — LES CRÉTINS. — REMÈDE,

De St-Sauveur à Ste-Adèle, la route est pittoresque. On parle beaucoup de la Suisse, dont les montagnes, les vallées, les glaciers enchantent les voyageurs et font rêver les amoureux. C'est grandiose, certes, et j'avoue que c'est le seul pays, avec Venise, que les illusions ne m'avaient pas fait entrevoir autrement que je l'ai vu à vingt-deux ans. Mais si nos montagnes du Nord étaient, comme celles de l’Helvétie, ornées de grands hôtels placés dans de beaux sites, près des lacs, où les voyageurs trouveraient avec le logis pour leurs familles, des appareils de pêche, des embarcations, des bains, des montures pour faire des ascensions sur les pics qui dominent la plaine, des guides pour visiter les grottes, dont quelques-unes sont féeriques, enfin ce qui, pendant un séjour à la campagne, répond aux exigences des citadins en santé et surtout des malades, je ne doute pas qu’une foule de personnes ne s’y rendissent en villégiature, Et ce séjour, je le dis sans médire, serait souvent préférable à celui des bords de la mer où bien des personnes faibles vont grelotter une partie de l'été, tandis qu’un air calme et serein conviendrait bien mieux à leurs faibles poumons ou à leurs bronches irritées. Ce que c’est que la confiance ! IL y a de bonnes âmes qui vont à la mer parce que leur médecin leur a dit que c’est salubre. Passe pour une première fois, elles en reviennent plus mal, mais elles y retournent. tant qu'elles ne sont pas exténuées, Vous

voyez des personnes dyspeptiques qui persistent à manger d'un met auquel leur estomac est rebelle, parce que leur médecin, qui a vu ça dans un livre, leur a dit qu'il leur convenait, Qu’on me permette donc une grosse malice : le chien et le chat sont plus intelligents ; ils ne mangent plus de ce qui leur a fait mal une fois Le bœuf qui se fait piquer par les moustiques s'approche de la fumée qui les éloigne ; le cheval fuit l'ombre pour rechercher l'endroit exposé au soleil, afin de se débarrasser des mouches qui le tracassent,

Quoi qu’il en soit, il y a dans nos montagnes des séjours calmes où l’âme fatiguée peut respirer tranquillement loin des émanations fétides, où les poumons délicats peuvent se réconforter, où les constitutions débiles peuvent se tonifier, dans des bains d’air pur. Et, je n’en doute pas, la science fera découvrir des sources d'eaux minérales qui s'offrent depuis longtemps à l'attention des valétudinaires. Et pourquoi le fer qui suinte des montagnes, et le souffre qui flotte sur les mares n’auraient-ils pas été recueillis en dissolution par le Suprême Chimiste dans des réservoirs creusés au sein de son vaste laboratoire ? Toutefois, tenezvous-le pour dit, lecteurs et surtout lectrices que la nature ou l’art a rendus rachitiques, scrofuleux, goutteux, rhumatisants, etc. vous trouverez dans les Laurentides, comme dans les Alpes, et mieux qu’à Orchard Beach ou à Cacouna, l'air pur, l’eau limpide, les délassements de la campagne, pourvu bien entendu, que vous n'y passiez pas partie de vos nuits à danser, jouer, boire ou manger. (Contre ce

” dernier régime, je vous en donne mon billet, aucun séjour

ne tiendra. si ce n’est le séjour des morts où encore vous ne resterez qu’à condition de vous tenir tranquilles, enfin.

Pas nécessaire, jeunes garçons et jeunes filles, en allant là, de déposer à la porte vos sentiments, vos amours, Non, non. Car dans ces grandes forêts aux chevelures si abon-

dantes, dans ces montagnes aux formes si gracieuses, sur ces lacs profonds à la sérénité si candide, le cœur s'ouvre mieux, on rêve mieux à celle qui est belle comme la natur:, à celui qui est fier et loyal comme ces bois de la colline couronnée de chênes et d’érables. Oui, il y a là de quoi répondre aux aspirations d’âmes ardentes qui cherchent le beau et veulent se ressouvenir, Aussi entonnions-nous quelquefois, mes compagnons et moi, lorsque nous étions au sommet de ces collines altières, ce vieux soupir Normand bien connu de nos pères :

4 J'ai vu les champs de l'Italie Et Venise et ses gondoliers.

J'ai vu les champs de l’Helvétie

Et ses chalets et ses glaciers.

En saluant chaque patrie,

Je me disais : aucun séjour

N'est si beau que ma Normandie, C’est le pays qui m'a donné le iour.”

En voyant ces silencieux rochers abrupts que l'on aperçoit sur la route de Ste-Adèle et qui semblent attendre qu’on les fasse parler, je me suis demandé pourquoi on ne s’en servirait pas pour élever des monuments impérissables à la gloire de nos hommes éminents, de ceux qui ont travaillé au bonheur de leurs compatriotes et surtout de ces zélés apôtres de la colonisation ?

J'ai vu de ces pics qui se tiennent là debout, défiant les orages, et qui dans leur imposante majesté raconteraient merveilleusement les œuvres de nos bienfaiteurs, Ils nous rappelleraient ces grands orateurs Hurons ou Iroquois qui se levaient fièrement au milieu de leur tribu pour chanter les faits d’a:mes des héros disparus. J'ai vu sur le flanc de ces grands fantômes cuirassés de granit, des blocs fièrement exposés et pouvant contenir en grosses lettres les noms bénis de nos Canadiens qui se sont sacrifiés pour l’avancement de la colonisation : les Morin, les Labelle, les Brassard, les Provost, les Moreau, et tant d’autres dont les noms

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resteront ensevelis si la reconnaissance publique ne les relève de l'oubli,

Cette route de St-Sauveur à Ste-Adèle, qui est à 18 milles de St-Jérôme, est très accidentée, Elle longe presque continuellement la rivière du Nord, qui reçoit quelques petits tributaires qu'on traverse sur de bons ponts municipaux. Plusieurs de ces cours d'eau font mouvoir des scieries. Nous avons admiré la force d’une turbine adaptée à plusieurs de ces moulins et qu’emploie un industriel de St-Jérôme — Monsieur Honoré Matte — pour utiliser les filets d'eau les plus insignifiants, Au moyen de cette turbine, tout cours d'eau devient une puissance.

Ce monsieur Matte, il faut que j'en parle: ce u'est ni plus ni moins qu'un génie. Et quand je dis génte, qu’on le sache, j'entends appliquer à ce mot toute sa signification. Il est né en juin 1840, dans cette partie de St-Janvier qui était alors St-Jérôme. Il a fait ses études à l’école des commissaires. À 14 ans, il entrait en apprentissage dans la carosserie, qu'il abandonnait à 27 ans, pour se livrer à la mécanique qu'il affectionnait d’une manière particulière, Les moulins à farine qu'a fait renouveler M. Godfroi Laviolette à St-Jérôme furent le théâtre de ses premiers travaux, Il mettait en pratique pendant le jour ce qu'il apprenait en théorie pendant la nuit. Aussi M. Laviolette, qui s'y connaissait, se plut-il à l’employer dans les constructions nombreuses qu'il fit à St-Jérôme et qui ont puissamment contribué au développement de l’industrie dans cette localité. “Je réussissais bien dans la pratique, m'écrivait lui-même M. Matte, à tel poiit que je commencais à me croire un homme de l'art. Je pouvais calculer la quantité d’eau qui s’écoulait dans une rivière dans un temps donné; mais figurez-vous mon désappointement, quand après une année d’un rude travail des bras L de l'esprit, je

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compris que j'étais un grand ignorant, tant j'apercevais de loin et de près des choses que j'ignorais, Croiriez-vous que je regrette presque ces belles illusions que je n'aurai probablement plus ?”

Quoi qu'il en soit, M. Matte, qui a toujours eu pour défaut d’être trop modeste, est devenu indispensable au Nord, Il ne se construit plus une usine de quelque importance sans qu'il soit appelé à en faire les plans, à conduire les travaux, (C'est lui qui a fait exécuter les plans de la manufacture de papier Rolland, dont la construction fait l'admiration des hommes de l’art, particulièrement de celui qui en a fait le dessin, lequel écrivait en 1885 :

“ I certify that M. Matte superintended and performed the work of the Rolland Paper Mills at St-Jérôme, P, Q,., after plans and specifications executed by myself, to my entire satisfaction, and I most cheerfully recommend him as a very competent man and a first class millwright.

“E, D. Jones.”

Ce M. Jones, qui demeure à Pittsfield, Mass., est considéré comme ayant fait le tracé des deux plus beaux mécanismes de l'Amérique du Nord: un aux Etats-Unis et celui de l'usine à papier Rolland. M. Rolland avait tellement

confiance dans le génie de M. Matte qu’il lui a confié plus tard

les plans et l'exécution d’un nouveau jeu de machines à

être adaptées à sa grande usine.

Parmi les travaux nombreux que cet humble artisan a faits, tout le monde admire le moulin Bisson à St-Jovite et le moulin du Nominingue. (Ce sont deux petits che:sd'œuvre de mécanique.

Qu'eût été cet homme s’il eût fait un cours d’étude, qui ï lui eût permis d’équilibrer ses facultés et de donner à son esprit tout le développement dont il était susceptible ? Sans doute la gymnastique qu’il lui a fallu faire pour parvenir

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seul à un tel degré de perfection, a puissamment contribué à son succès, mais les études classiques sont aussi une gymnastique qui lui aurait permis de consulter les anciens, d'apprendre des notions de physique, de mathématiques, tandis qu’il lui a fallu pour ainsi dire les deviner,

J'ai parlé de cet homme modeste que tout le monde admire plus encore pour son humilité que pour son savoir. Mais je pourrais mentionner bien d’autres Canadiens qui, sans études, sans moyens, étonnent par la hardiesse de leur conception, et par l’habileté de leur exécution, et qui prouvent que notre population a des talents naturels extraordinaires, Les manufactures des Etats-Unis sonten grand nombre conduites par des Canadiens qui deviennent des contre-maîtres indispensables. En (Canada, on a, dans toutes les branches d'industrie, des compatriotes sans éducation qui exécutent des ouvrages étonnants. Il n’y a qu'à voir agir nos Canadiens, à les entendre parler, pour s’apercevoir qu'ils sont d’une nature supérieure, Il leur manque du capital, et disons-le, de l’encouragement de leurs compatriotes, qui s'imaginent souvent qu’un ouvrage n’est bien fait que quand il l’est par un étranger. Pourtant la plupart du temps, c’est un Canadien qui l’exécute en sous ordre,

Reprenons notre route vers Ste-Adèle, La rivière du Nord court à cet endroit à travers monts et vallées et offre à chaque instant des changements subits. Tantôt elle se cache sous d’épais feuillages qui retombent des gros sapins de la rive, tantôt elle se révèle souriante aux caresses du soleil ; quelquefois elle gronde en fouettant les rochers qu: emprisonnent sa taille, quelquefois elle lèche en murmuran: les granits qui l’encadrent. À ce point de son cours, c’est une jeune fille à son adolescence qui sourit à l’avenir et qui murmure quand des obstacles gênent ses allures. Un feuillage à son corsage dérobe en partie sa taille onduleuse.

Elle fait la moue et sourit tour à tour; elle charme plus par ses grâces naïves que par ses attraits empruntés. Son air reflète les objets qui l'entourent et la pureté de son teint laisse voir la limpidité de son âme. Elle s’avance timidement sur le sol accidenté de la vie sans se douter même du rôle qn'elle doit jouer et de la mission qu’elle doit accomplir,

Mais ces années dernières, un cavalier à la ceinture d'acier est venu se dérouler au sein de ce paradis terrestre, “Il franchit, comme disait Milton, mainte avenue du plus magnifique couvert, cèdre, pin ou palmier, tantôt ondoyant et hardi, tant£5 caché, tantôt vu panni les arbustes entrelacés et les fleurs formant bordure des deux côtés, ouvrage de la main d'Eve....…....”

Oui, le chemin de fer, puisqu'il faut le nommer, est venu serpenter dans ces retraites ci-devant si paisibles et les échos répètent maintenant plusieurs fois le jour son sifflet strident, Il est arrivé avec toutes les promesses du progrès, et cette campagne autrefois si simple, si timide, si naïve a changé d'aspect. Au lieu de cueillir en un champ voisin ses plus beaux ornements, elle s’orne de cottages, de chalets plus ou moins voyants, et attire les regards de bien des prétendants qui viennent en détacher des lambeaux, Les uns en prendront une colline, les autres une vallée et s’y installeront, Plaise au Ciel que ce progrès ne lui fasse pas oublier son origine, et ses manières simples.

Enfin nous arrivons à Ste-Adèle, C'est le soir, temps où les laboureurs reviennent des champs. On entend le bruit que font les pièces du collier et du harnais à chaque pas du cheval, que monte un paysan et l'un de ses enfants. Il chante d’une voix tremblottante et nasillarde un air du bon vieux temps où les ss et les tt ne font pas défaut, Je voudrais pouvoir noter l'air de quelques-unes de ces romances, pour les offrir au public et les rendre impérissables, il y en a qui sont un bijou du genre. (Ceux qui

ont entendu les paysans italiens roucouler leurs chansons amoureuses aux fenêtres de leurs dulcinées, sont forcés d'y reconnaître un trait de ressemblance avec les nôtres.

Je ne puis pourtant pas résister au désir d'en copier une dont je vous chanterai l'air quand je vous rencontrerai, et que j'ai entendu fredonner par un gars qui s'appelait Louis probablement,

C'est Aselie capes

Ti reste par en bau

Oh! cé ann’ ben bell fille Vous la connaissez-t-il ?

Par un dimanche au soir

P'ti Ouis s'en va la ouoir

Et en ouvrant la porte

Y d'mande comment a s'porte,

Bonsoir, mon Asilie,

C'est 7 vrai qui ii [Pois Avec le p'tit Cha

Et qu'tu laisses à. ’ci Ouis ?

Non, non, mon cher ti Ouis, C’est toutes des mentries, Si jamais j'sus mariée

Ça s’ra ben avec toué.

Tirons le rideau...

Autrefois le chemin qui conduisait au village de Ste- Adèle offrait une montée d’un mille de long, depuis la ferme Morin jusqu’au sommet, où est bâtie l'église, (C'était à échiner hommes et bêtes. Aussi les honnêtes gens qui y grimpaient avec une charge commençaient-ils au bas à s'approvisionner d’une bonne dose de patience, qui se dépensait quelquefois avant d'atteindre le demi échelon de ce calvaire.

On a maintenant pour se rendre au village deux routes dont l’une contourne la montagne à gauche, et l’autre suit la rivière, en passant par la ferme qu'avait établie M. A. N. Morin, plus tard la propriété de M. Lachaine, fils du regretté Dr Lachaine, l’un de nos hommes de mérite qui,

par goût et par calcul en grande partie, mais aussi pour servir les intérêts de la colonisation dans une grande mesure, se sont établis loin des grands centres, au milieu des colons, Ils contribuèrent puissamment à encourager . les pionniers par leur présence, leur instruction et leurs sacrifices, Cette route a été parachevée en 1883 du onzième : rang de Morin, depuis le moulin Marier jusqu'au pont Fâche, Les travaux ont consisté en travaux de mine et enlèvement des cailloux.

Cette ferme Lachaine d'environ sept cents arpents de terre, qu'orne une jolie maison de campagne et qui contient d'excellents moulins à farine et des scieries, est aujourd’hui la propriété de M. Onésime Lamoureux.

Ce coin du canton Morin offre bien des souvenirs à tous les Canadiens de cœur. (Çà été le centre des opérations colonisatrices du Canadien le plus dévoué et le plus sincèrement ami de ses compatriotes.

C’est en effet M. Morin qui est le fondateur de la paroisse de Ste-Adèle, du nom de sa digne épuuse Delle Adèle Raymond. Mais son œuvre se fit sentir bien loin dans le Nord, car son grand cœur ne pouvait distinguer aucune paroisse, aucun canton, et il fut une providence pour tous ceux qui venaient lui demander secours et conseils. Il aimait à venir se réfugier dans ces montagnes, et: il faisait ses délices de quitter pour cette sauvage retraite les grandes villes où ses occupations de ministre, de juge ou de codificateur le retenaient longtemps. (C'était son bonheur de venir s'asseoir au milieu des colons de Ste-Adèle, qui, tout pauvres qu'ils étaient, l’approchaient avec confiance. Qu'il est touchant d'entendre raconter ses traits de générosité, aussi humble que gracieuse. Son honnêteté ‘excessive lui: faisait récompenser avec largesse le moindre service rendu. La misère des premiers colons lui faisait verser à pleines mains, même de son nécessaire.

Monsieur Morin, l'honorable A. N. Morin, fut un graud homme d'état, mais aussi un saint dont nous voudrions vuir la vie écrite en détail pour servir de modèle à nos hommes publics Nous nue pouvons ici que soulever un coin du voile qui recouvre la figure de cet homme de bien, de ce charitable citoyen, mais les parfums qui se dégagent des œuvres qui ornent son existence de dévouement, nous font savourer ce qu'offrirait sa vie écrite dans un livre accessible à tous, comme elle l’est dans le cœur de ceux qui l'ont connu,

Un modeste monument a été érigé dans l’église de Ste- Adèle, à la mémoire de son fondateur, mais ce n'est pas assez pour satisfaire la reconnaissance publique, D'ailleurs, nous avons intérêt à ce que nos enfants sachent cc que peut faire l'amour du pays dans un cœur chrétien ct catholique.

C'est dans cette maison qu'il avait fait bâtir, où il rece vait les colons, et qui fut le théâtre de ses bienfaits les plus abondants, qu’il s'éteignit un soir, après une journée de grande charité, en grâce avec son Dieu dans le sein duquel il s'endormit paisiblement,

Ses cendres ne sont pas restées à Ste-Adèle, Son épouse, femme d'élite et de piété, ne pouvant supporter cette perte qu’à l'ombre des cloîtres, voulut qu'elles fussent transportées dans un des caveaux de l’église, à St-Hyacinthe, où ullemême s’est réfugiée avec le souvenir de celui qu'elle a apprécié, et pour lequel elle a cru devoir passer tout le reste de sa vie dans la douleur et les bonnes œuvres. Touchant spectacle de l'amour purifié par la religion et qui continue au delà de la tombe, Madame Morin est décédée depuis lors dans une maison voisine du mouastère du Précieux Sang, qui Jui avait été léguée par sa tante maternelle, feue Madame veuve Joseph Dorion, née Marie-Anne Cartier.

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Pour moi, d’autres pensées encore m’assiégenient en passant près de cette maison de la ferme Morin, assise sur un monticule baigné par les rapides qui font mouvoir les moulins. (C'est là que madame Lefebvre de Villemure, dans un âge encore tendre, est morte en donnant le jour à

un enfant, Son mari était alors agent de M. Morin ; l'avenir

était souriant pour ce jeune couple au seuil de l'existence, Qui aurait dit, lorsque j'allais passer partie de mes vacances dans cette maison champêtre, embellie par mon imagination de quinze ans, que la mort était embusquée près de ce séjour si tranquiïie, attendant ne heure déjà marquée. Je passai là en tournant la tête pour voir longtemps à travers mes larmes ce toit où cette sœur chérie a échangé sa vie pour celle de son enfant, et je priai sur la route assombrie qui conduit au village. On ne peut donc iaire un pas sans se heurter aux ossements des morts!!...... À peine éloigné de cette ferme où sont morts l’hon. M. Morin, Madame de Villemure, M. le Dr Lachaine et sa sainte femme, en détournant le sentier qui contourne la montagne, j'aperçois une jolie résidence que baigne une coquette petite rivière se jetant à travers la roue motrice d’une scierie dans la rivière du Nord. C'est la rivière aux Mulets avec les dépendances qu'avait fait construire le lieutenant colonel A. B. Lavallée, notaire et agent des terres de la couronne. Encore un qui s’était plu à embellir d’une manière vraiment féerique cette résidence terrestre. Tout se prête à faire dé ce lieu un oasis des plus poétiques, et les montagnes qui l'entourent, et les caprices de la rivière qui fourmille de poissons, et la fertilité du sol et les plantations devenues charmantes. Cependant M. Lavallée, autre citoyen dévoué, après avoñr quitté St-Jérôme pour venir dans les montagnes seconder. les efforts de M. Morin, et se sacrifier pour la grande cause de la colonisation, a, lui aussi, pris le chemin du cimetière, Il lui a été donné d'apprécier la reconnaissance des amis de ce monde auxquels il avait pendant vingt

ans donné la plus généreuse des hospitalités, Après avoir déplacé l'agence qu’on lui enleva, ses amis politiques le leurrèrent de promesses pendant dix ans ; sa propriété, une des plus belles du Nord, appartient aujourd'hui à M. Jean- Baptiste Bohémier, marié à l’une des filles de M. le docteur Lachaine.

C’est bien le temps de dire avec le poète de Mâcon :

‘ Revenez, revenez, O mes douces pensées, Laissez le vent gémir et le flot murmurer, Je veux rêver et non pleurer.”

Le village Ste-Adèlé, est adossé à une montagne élevée sur le sommet de laquelle s’est creusé un lac dont les bords en pente longue et douce l’encadrent régulièrement, C’est sur ce penchant que l’église est bâtie, et le village, dont les maisons placées en amphithéâtre bordent de larges et belles rues toujours sèches, s'étend jusqu'aux rives du Lac Rond,

L'église, qui a remplacé une chapelle temporaire, est l’une des plus jolies du Nord et par son site et par son architecture, La flèche de son clocher qui domine les montagnes environnantes est svelte et bien proportionnée,

Le premier curé résident a été le Rév. M. Dequoy. Le curé actuel est le Rév. M. J. Oct. Roussin.

La paroisse de Ste-Adèle a été érigée canoniquement par décret du 18 juillet 1854.

Elle comprend 1° les 9e, 10 et 1le rang: du canton d’'Abercrombie; 2° toute cette partie de la côte St-Gabriel dans la continuation de 11 seigneurie des Mille-Isles, à l'ouest ds 14 rivière à Simon, qui n’est pas comprise dans la circonscription connue comme paroisse de St-Sauveur, la dite partie comprenant 9 lots; 3° la partie comprenant les

le, 2e, 3e, 4e, 5e et 6e rangs du “anton Morin, qui se trouve dans le comté de Terrebon:.s, et les 10e et 11e rangs du dit canton de Morin, depuis le No 1 jusqu’au No 25, tous deux inclusivement; 4° les 10 premiers lots des 11 rangs du

canton de Wexford, dans le comté de Montcalm; cette partie du canton de Wexford ne fait partie du comté de Terrebonne que pour les fins municipales seulement, (24 V., c. 29, 8. 26. Sanctionné le 18 mai 1861.)

Le surplus de la partie du canton de Morin qui se trouve dans le comté de Terrebonne et le canton de Beresford, continue d’être annexé à la municipalité de la paroisse de Ste-Adèle, (Id, s. 26, sub., sec. 3.)

Moins cette partie comprise dans Ste-Agathe.

La population de cette paroisse en 1881 était de 1653 habitants tous catholiques. Comment se fait-il que le recensement de 1891 n’en constate que 1493 ?

A cette époque il y avait 29,940 acres de terres occupées ; 11,952 acres de terres améliorées ; 8,400 acres de culture ; 3,481 acres en pâturage et 71 acres en jardinage,

En 1891, le recensement ne constate que 27,267 acres occupées ; 14,755 améliorées ; 9,902 en culture ; 4,772 en pâturage ; 12,512 en forêt et 31 en jardinage ou vergers.

En 1894 le Guide du Colon établit que dans le canton Abercrombie qui forme partie de Ste-Adèle, il y avait 2120 acres arpentés et en vente,

En voyant l'aspect de cette paroisse, les résidences des habitants, la propreté de leurs fermes, non seulement nous sommes persuadés qu'ils vivent à l'aise, mais qu'ils ont reçu l'impulsion de personnes qui leur ont donné du goût, et l'intelligence de la culture,

Il n’y a rien comme l’exemple pour exercer une influence sur les habitants. Nos paysans ne lisent pas ou lisent peu. Aujourd'hui pourtant tous fils ou filles de cultivateurs savent lire, mais ils n'aiment pas la lecture assez pour l'entendre ou la faire après des journées de fatigue ; et puis par une fausse économie ils ne veulent pas s'abonner à un journal d'agriculture. Pourtant aujourd’hui des revues sont à la portée de leurs oourses, A part les journaux

spécialement consacrés à l’agriculture, la plupart des publications quotidiennes ont une édition appropriée à leurs ressources. Pour un prix très modique ils pourraient acquérir des connaissances dont uuc seule leur rapporterait plus que le prix de leur abonnement, Mais ils ne veulent pas ou du moins la presque totalité d’entr'eux ne veut pas se soumettre à ce sacrifice.

Il y a d’ailleurs un préjugé parmi nos gens qui flatte singulièrement le manque d'énergie sous ce rapport, c'est que les livres n’apprennent rien à l’agriculteur et qu'il n'a besoin que de pratique. Ils pensent, où ils feignent de croire, qu’il y a bien plus d'avantage à tâtonner des années durant, ou à interroger son voisin pour apprendre à bien faire une chose, que de consulter un livre qui est le fruit des expériences d’un grand nombre d'hommes de savoir, La précaution qu'ont la plupart des savants d’écrire pour ne pas être compris, il est vrai, a considérablement contribué à décourager de braves laboureurs qui n’ont pas les données suffisantes pour comprendre le langage scientifique. Mais il y a des journaux et des livres qui sont à la portée de tous, et les hommes de profession devraient se faire un devoir de les indiquer à leur co-paroissiens,

Et puis il y a encore mieux à faire. (C’est de prêcher d'exemple. Nos habitants croient à ce qu’ils voient. I] n’y a pas que nos Canadiens qui imitent saint Thomas exigeant pour croire, de toucher aux plaies de son Maître. Il est raconté quelque part que Franklin, s'étant évertué inutilement à faire comprendre à ses compatriotes (des Américains pourtant) que le plâtre avait un effet merveilleux aur les prairies artificielles, eut la fantaisie d'écrire au printemps sur une prairie en déclin et donnant sur le chemin passant : “ Ceci est plâtré.” Quand le foin commenca à eroître on distinguait parfaitement du chemin, et par la couleur plus foncée et par l'abondance de l'herhe, cette

sentence qui était par elle-même une preuve de l’excellence du procédé,

Eh bien, nos habitants, soit par manque de temps, soit par fatigue, soit par répulsion ne lisent pas. Il faut faire comme Franklin : pratiquer au milieu d’eux, leur faire voir les résultats de telle ou telle culture, de tel ou tel procédé de tel ou tel engrais. Et encore est-il qu'il faut leur pointer ces choses du doigt, car autrement ils ne les verront pas ou sembleront ne pas les voir. Voyez plutôt: tout le monde remarque bien dans une prairie, ou dans un champ de grains, des touffes plus fortes, plus foncées, plus élevées les unes que les autres; et en examinant il est facile de constater qu'elles empruntent leur vigueur au voisinage d’une bouse, d’un peu de cendre, d’une carcasse, d’un os, de l’eau de savonnage, d’une corne, d’un sabot de cheval, etc. Et pourtant vous voyez à la porte des écuries se détériorer le fumier découvert, dont les gaz sont pompés par le soleil et dont le jus coule dans les fossés. Vous voyez fréquemment ou plutôt généralement se perdre les ossements, les déchets de cuisine, les eaux de vaisselle et de lavage, et les cendres de toute espèce. Il faut non seulement le dire à Los agriculteurs, mais leur faire cumprendre que la terre engraissée produit deux, trois et quatre fois plus, et qu’une tomberée de fumier ou de cendre qui coûte vingt-cinq centins, doit rapporter cinquante, soixante-quinze centins ou une piastre,

La paroisse de Ste-Adèle a eu cet avantage de posséder des espèces de fermes modèles, L'hon. M. Morin s’appliquait particulièrement à faire cultiver ses terres d'une manière intelligente. Feu M. le Dr Lachaine et:sot fils, qui lui a succédé, ont tenu leurs fermes avec un soin qui en a fait de véritables écoles, Il y avait autrefois dans cette paroisse M. Adolphe Marier, qui s’appliquait à mettre en pratique dea données solides en agriculture, M. Lavallée

tenaiv à utiler de grandes connaissances en agriculture, en horticulture et en arboriculture. Il n’en faut pas plus pour donner à une paroisse de l'élan, et c'est ce qui a été faié. car dans leur manière de cultiver et dans la tenue de leurs fermes, on voit que les habitants de Ste-Adèle ont mis à profit ces leçons. C’est toujours l’histoire d’un bon exemple donné, d’une bonne parole jetée. Tôt ou tard la bonne semence germe, donne du fruit et glorifie ceux qui l'ont ainsi propagée.

Un de ceux qui ont contribué à fonder Ste-Adèle est un homme d’un grand mérite. Encore un mort!!! Je veux parler de feu M. Auguste LaBrie, fils du Dr LaBrie, de St-Eustache, auteur d’un petit traité sur le droit constitutionnel.

M. A. LaBrie avait autrefois tenu un magasin à St- Jérôme, Un grand esprit d'entreprise l'avait poussé dans un commerce que les événements n’ont pas favorisé, Il s'est alors courageusement lancé dans le Nord et là, avec une activité brûlante, il a établi à Ste-Adèle un comptoir et une perlasserie. Il a lutté contre la mauvaise fortune, il a de nouveau succombé, mais en laissant derrière lui l'exemple d'un citoyen dévoué, d’un grand ami de son pays et d’un sincère chrétien. Il & légué à ses enfants l'héritage d’un nom estimé et d’un courage admirable dans les revers. Et ce n’est pas peu.

Cette race d'hommes se perd malheureusement, Les caractères fortement trempés sont rares. Le bien-être dont nous jouissons nous amollit, il n’y a pas à lenier. Surtout dans les villes, où l’on ne voit plus clair avec une chandelle et même avec une lampe, où l’on fait bourrer son banc à l'église, on se décourage devant le moindre obstacle et l’on fléchit devant les grandes entreprises qui présentent des difficultés. Que sont les courages: d'aujourd'hui comparés avec ceux de nos pères ! Que de choses n'avons nous pas

abandonnées faute d'énergie pour les conserver! Depuis la politesse jusqu'aux pratiques religieuses, tout ce qui demande des sacrifices s'est envolé pour faire place à l'égoïsme et au scepticisme, On en est certes bien puni pourtant : les constitutions sont affaiblies, les santés délabrées, et la moindre maladie nous culbute. Notre égoïsme, qui étouffe l'esprit de sacrifice et de charité, nous prépare cette ère arrivée dans notre mère-patrie et que décrivait ainsi un écrivain énergique :

“ Voilà qu'après avoir essayé de tarir la source de ces dévouements sublimes qui s’envolaient comme des aigles ou des colombes à travers la barbarie, et portaient sous d’autres soleils les gloires du Christ, mariées aux gloires de de la France, ils cherchent, dans les lointains des océans quelques vastes dépotoirs pour enterrer les vices et les flétrissures de la France divorcée avec le Christ.” Oui, on arrivera là, car quiconque ne sait souffrir ne peut

marcher avec le Crucifié et sans lui nulle œuvre n’est solide, Sans celui qui a dit: “ Aimez-vous les uns les autres,” il n’y a plus de lien social sérieux, plus de société possible.

Les cantons Morin et Abercromby, qui se trouvaient cidevant dans l’agence de M. A. B. Lavallée, sontaujourd’hui dans celle de M. C. J. Marchand ,dont la résidence est à Ste-Agathe des Monts.

En 1880 le canton Morin contenait 8,281 acres de terres arpentés et en vente.

En 1894 il y en avait 4,298.

J'ai dit que Ste-Adèle avait l'avantage de posséder des hommes dévoués à la colonisation et éclairés dans l’art de la culture. Je signalerai particulièrement le Dr W. Grignon, qui depuis des années s'occupe pratiquement de la culture et qui l’a fait d’une mañière raisonnée, Au dernier concours il a obtenu une médaille d'argent, Ses connaissances

envi

Q back S lieu ford est Ad

ont attiré l’attention du gouvernement qui l’a chargé de faire des conférences agricoles. Je suis heureux de publier la dernière lettre qu’il me fit le plaisir de m'écrire et qui fera connaître à mes lecteurs l’état actuel de Ste-Adèle :,

A Son Honneur le Recorder, B. À. T. de Montigny Ex-Zouave Pontifical, Chevalier de Pie IX

Mon cher Monsieur,

Je vous félicite chaleureusement de l'heureuse idée que vous avez eue de faire l’histoire du “ Nord ”, ce royaume du grand apôtre de la colonisation, le curé Labelle, que nous pleurons tous encore, Quoique la paroisse de Ste. Adèle n'ait pas été fondée par ce dernier, il ne l’affectionnai: pas moins pour tout cela et il se plaisait à laisser tomber des paroles d’admiration pour son fondateur feu l’hon. A. N. Morin, encore un grand patriote, dont le souvenir est resté vivace parmi la population du Nord du comté de Terrebonne, mais surtout dans la paroisse de Ste-Adèle, appelée ainsi en l'honneur de son épouse si distinguée, qui portait le nom d’Adèle Raymond. Une plaque commémorative dédiée à l’hon. Morin a été fixée dans l’église paroissiale pour rappeler aux citoyens de Ste-Adèle les belles vertus de ce grand Canadien. C'est à Ste-Adèle, dans sa modeste villa, que M. Murin a rendu le dernier soupir.

Plusieurs Canadiens, amenés ici de la Gaspésie et des environs de Québec par l’hon. M. Morin, vivent encore,

Qui l’eût cru, qe Québec aiderait un jour à coloniser le back-country de Montréal. Etrange destinée !

Ste-Adèle à six lieues de St-Jérôme par conséquent à 16 lieues de Montréal, est formée des cantons Morin, Wexford, et Abereromby, cantons très accidentés et dont un est passablement rocheux. Enfin, disons-le de suite, Ste- Adèle est la partie la plus montagneuse du Nord, mais la

plus riche en pouvoirs d'eau de la Province, j'oserais dire, Et ces pouvoirs d’eau ne coûteraient rien ou à peu près, à ceux qui désireraient en devenir les propriétaires, pourvu qu’ils s’engageassent à les exploiter.

Et les manufactures, si elles ont besoin de bois, comme matière première, pourraient être alimentées indéfiniment, car quatre rivières flottables peuvent nous apporter du bois de plusieurs paroisses situées autour de Ste-Adèle, D'ailleurs il y a encore beaucoup de belles terres à bois à exploiter dans Ste-Adèle même.

Une compagnie francaise, sous la direction de M. A ”s Kaindler, ingénieur, est en voie de verser un capital de a $80,000 pour établir une manufacture de pulpe. M. Kaindler s’extasie devant nos pouvoirs d’eau,

Que vous dirais-je maintenant de nos.25 beaux lacs remplis de belles truites saumonées, et de nos riches forêts où le gibier abonde,

C’est ici que le sportman jouit réellement, bre

La population de Ste-Adèle est de 1800 âmes, canadien- A nes-françaises catholiques. On y compte 5 magasins, 2 | 181 bons hôtels, 4 forgerons, 1 notaire, 2 médecins, 1 huissier, | 3 menuisiers, 1 fromagerie, 1 beurrerie, 7 écoles, des modis- for tes, 5 moulins à scier, 2 moulins à farine, 1 moulin à bar- en

‘ deaux, 1 moulin à cardes, des moulins... à coudre, s’écrie no ma petite fille, et des moulins... à coloniser, ajoute une gr belle grosse campagnarde en clignant de l'œil, ce qui est très VO vrai, si l’on essaie de compter toutes les petites têtes blondes ap que l’on voit dans les fenêtres à la place de pots de fleurs, mi et si l’on songe que les enfants de Ste-Adèle sont à ouvrir ul une paroisse nouvelle à la Lièvre, un vrai pays de Cocagne, Gr paraît-il. ni

Le premier baptême enregistré à Ste-Adèle, est celui de ns

Marie Adèle Miron, fille de Pierre Miron et de Marie Poirier, le 5 nov. 1852.

\ien- 18, 2 ssier, odis-

barécrie

une ; très ndes euTrs, avrir igne,

i de Poi-

Le premier mariage a été célébré le 17 janvier 1853, entre J. B. Audet dit Lapointe et Adéline Huot. Voici la liste des curés :

Révd E. Thérien du 2 nov. 1852 au 25 mars 1855 J. G. Watier “25 mars 1855 “ 30 sept. 1855 L. M. Fournier ‘“ 30 sept. 1855 “ 29 sept, 1859 Eug. Desmarais 29 sept. 1559 “ 29 sept, 1862 Jules Lauzon 29 sept. 1862 “ 29 sept. 1866 L. À. Dequoy 29 sept. 1866 “ 29 sept. 1878 F. X. Sauriol 29 sept. 1878 “ 1 déc. 1888 P. Giroux 1 déc. 1888 “ 29 sept. 1893 J. O. Roussin 29 sept. 1893 ad œternum

si Dieu le veut,

Je conse'llerais béaucoup à nos jeunes gens de tremper leur courage et leur énergie dans l’histoire de la fondation de notre paroisse. Ne laissons pas enlever par la mort ces

braves champions de la colonisation, ces martyrs qui ont arrosé le sol de leurs sueurs et de leurs larmes, sans leur rendre hommage,

Respectons ces vieillards qui nous ont ouvert ce pays à

force de travail et de privations. Combien parmi nous y

en a-t-il d'assez courageux pour entreprendre ce qu'ont fait nos pères, s’enfoncer dans la forêt, à plusieurs lieues des grands centres, sans chemins, sans communications, sans voisins, porter de la cendre de bois à Shawbridge pour apporter en retour quelques livres de farine de blé-d’inde manger de la soupe aux herbes des bois, vivre loin des médecins et du prêtre, presque toujours en face de la misère, Grand Dieu! que de courage, il a fallu à ces braves pionniers de la colonisation ! Mais il nous en reste encore de ces braves si l’on jette un coup d'œil sur le progrès de la colonisation dans la vallée de l’Ottawa.

Grâce au cercle agricole où des conférences sur l’agricul-

ture sont données de temps à autres, l’art agricole a fait beaucoup de progrès ici. Les jeunes gens ont conservé et même augmenté ce goût pour l’art de cultiver, et au lieu d'aller ruiner leur santé dans les usines des grandes villes ou des Etats-Unis, ils prennent gaiement le chemin de la forêt pour s’y tailler un patrimoine,

Grâce aussi au cercle agricole la population est plus unie que jamais et on a éliminé des affaires publiques telles que municipales et scolaires, la politique que l’on considère comme une plaie, quand elle guide le citoyen dans le choix de ses officiers publics.

Sans trop vouloir faire l'éloge de Ste-Adèle, je ne puis terminer sans dire que tous ceux qui ont eu l'avantage d'apprécier les habitants de Ste-Adèle, pas un seul ne nous a laissés sans témoigner le grand désir de revenir,

Agréez, M. le Recorder, Mes saluts les plus empressées et une franche poignée de mains,

Août 1894. DR W. GRIGNON.

Nous avons vu ce que disent les savants de l’état géologique du canton Morin, qui forme partie de Ste-Adèle, Aux yeux du vulgaire plusieurs des rochers qui contiennent des veines de différentes couleurs semblent contenir des minéraux précieux. La rouille coule dans plusieurs fossés et rougit le lit des petits ruisseaux, des feuillets de mica se voient en grand nombre et des métaux qui ressemblent à de l'argent luisent au soleil. Un jour viendra où ceux qui y auront passé regretteront de n'avoir pu découvrir les richesses que ces croûtes bouleversées contiennent,

A propos de métaux laissez-moi vous raconter une histoire vraie et qui vous délassera du sérieux de mon récit. Il y a quelque vingt ans, un habitant vint au village St- Jérôme annoncer quil trouvait vur sa terre des grains jau-

nes qui ressemblaient à de l'or. Il avait l'air si naïf que les futés de l'endroit crurent avoir affaire à un dindon qu'il convenait de plumer, De fait il faisait l'âne pour avoir de l’avoine, C'était de voir comme chacun le tiraillait pour se faire raconter à l'écart les merveilles qui se passaient sur cette propriété enchanteresse, (Chacun lui faisait des propositions, mais tout bas. Malgré qu'il eût l'air de ne pas apprécier ces grains d’or à leur juste valeur il était assez rusé pr" faire semblant d'acquérir cette connaissance par l'envie que manifestaient les capitalistes d'acheter sa terre. Pour enlever la pièce il fallut former une société, Dans ce temps on ne connaissait pas les syndicats. Il fallait voir les participants chuchoter dans les coins, courir à la ville, faire analyser les grains d'or, et revenir à bride abattue se concerter pour acquérir cette Californie en germe. On ne dormait plus en certains quartiers, si l’on fermait l'œil c'était pour voir en rêve les millions convoités. On se défiait des amis et on se défiait l’un de l’autre. L'un des sociétaires était un ancien mineur de la Californie qui assurait aux autres que c'était de l'or tout pur; l’autre avait été en cachette trouver un chimiste qui lui avait donné de grandes espérances et qui n'avait qu’un doute, c'était que l'or fût trop pur pour être à l’état naturel. Vous pouvez voir d'ici quels projets ces messieurs faisaient, IIS achetèrent donc ce pactole pour un prix qui laissait encore croire à la naïveté du vendeur, et ils se mirent en frais de ramasser la fortune qui passait si souriante en leur tendant les bras. Quand un beau matin, on découvrit que ce coquin de vendeur avait fait répandre des grains d’or dans le sable d’un petit ruisseau par l’un de ses frères arrivant de Californie. Heureusement pour ce bandit, car c’en était un, il eut affaire à des hommes d'esprit, qui rirent bien de l'aventure et qui le iaissèrent tranquille en retenant les paiements qu'ils s'étaient engagés à Jui faire, car ce n'était

ni plus ni moins qu’une obtention frauduleuse de valeur qui aurait pu envoyer mon prétendu âne dans les pâturages du pénitencier pour plusieurs années, Il faut avouer qu'un grand nombre s’y seraient laissés prendre, et s'il n’y en eut pas plus à St-Jérôme, c'est qu'il n’y en avait pas plus qui avaient alors des capitaux en disponibilité, Oh! déboires de la fortune ! C’est bien le temps d'appliquer la fable : “ Le Savetier et le Financier : ”

Du moment qu'il gagna re qui cause nos peines, Le sommeil quitta son logis ; us Il eut pour hotes les soucis, L Les soupçons, les alarmes vaines, Tout le jour il avait l'œil au guet ; et la nuit, Si quelque chat faisait du bruit, Le chat prenait l'argent.......... es de .

Ce n’est pas la seule fois que St-Jérôme ait été en émoi à propos de mines, La mine Larouche a failli, il y a bien des années, conduire son propriétaire d'alors dans une maison de santé, et il avait raison d'entretenir de grandes espérances, car les minéraux qui sortaient de cette mine avaient une apparence telle que plusieurs années après on y à fait des travaux considérables discontinués faute de ressources, Des géologues sérieux ont donné de ces gisements un rapport favorable comme présentant un caractère de mine d'argent et d'or. De fait ce minerai avait un air de famille bien prononcé avec les précieux métaux.

Ces années dernières encore une mine de fer donna la fièvre à plusieurs hommes entreprenants qui commencèrent des travaux tout près du village, Tout le monde parlait de la mine de fer St-Jérôme. Et certes, il ÿ avait de quoi, car une mine de fer serait encore plus avantageuse qu’une mine d'argent par l'usage énorme que l’on fait de ce métal. Bref, c’est encore à exploiter. En attendant les gens feraient bien de se livrer à l’agriculture ; c'est une source qui ne fait tourner la tête à personne, mais qui donne du

pain à celui qui s'y livre avec bien moins d'inconvénients, dont un des vlus sérieux est de créer des fortunes subites, d'amener une agglomération de population soumise aux fluctuations du marché, Mais revenons à Ste-Adèle,

En traversant les rangs de cette paroisse où remarque dans quelques localités de véritables crétins, tels que j'en ai vus dans la vallée de Chamouny, en Suisse. Un des caractères distinctifs de cette infirmité est le goître ou la grosse gorge, comme on dit vulgairement, Quelle est la cause de cette infortune ? Des médecins supposent (la supposition est la plus fréquente des méthodes) que ce désordre est dû à la mauvaise qualité de l’eau, Quoi qu'il en soit, je vois dans les ‘“ Petites Lectures ” publiées par la société de saint Vincent de Paul, à Paris, un petit article qui peut rendre service à la science et je le reproduis, (Cela n’empêchera vas nos médecins de continuer à se servir de l'ellébore blanc, de la lambourde, du varec vésiculeux ou du zostère :—

“Tout le monde connaît la pénible infirmité, nommée goître, il a été constaté par plusieurs expériences qu'elle disparaît par le changement du climat,

“ Une famille habitant le Chili et affectée de cette infirmité qui y fait de grands ravages, quitta ce pays sur l'avis des médecins, et s’embarqua pour la France; la traversée dura 110 jours. Chemin faisant, les malades ne tardèrent pas à s’apercevoir que leurs tumeurs s’amoindrissaient ; elles avaient diminué de plus de moitié à l’arrivée du navire à Cherbourg. Quelques mois passés sur le continent suffrent pour la complète guérison, et depuis le mal n’a pas reparu.

“ Le gottre et le crétinisme règnent, on le sait, d’une manière terrible dans le Valais ; en 1852, des habitants de cette contrée de la Suisse émigrèrent en Algérie pour y demander des terres à cultiver. Parmi eux il y avait un nombre si considérable de goîtreux, que l’autorité crut devoir leur assigner un cercle particulier pour leur habitation, Un an après leur établissement, le volume des tumeurs

avait diminué; en 1856 il n'y avait plus un seul malade. Voilà des faits aussi curieux que certains et qui peuvent fournir à la médecine un traitement facile pour une maladie redoutable qui traîne avec elle le rachitisme, le crétinisme, tout le hideux cortège des dégénérescences ; on pense même qu’il ne serait pas nécessaire d'aller chercher , SO bien loin la guérison, et qu'il suffirait souvent de changer de localité,”

SOMMAIRE : — EN ROUTE POUR STE AGATHE. — LA ‘ MONTAGNE DU SAUVAGE.” — SES PREMIKRS HABITANTS. — SYSTÈME DE Mli- LICE. — REBOISEMENT. — FABRICATION DU SUCRE D'ERABLE. — POTEAUX INDICATEURS. — M. MARIER. — STE AGATHE. — LE DR LAROOQUE. — LES NOTABLES. — L'HOTEL GODON. — MON ONCLE ANTOINE ET MA TANTE LILIQUE. — LE LAC DES SABLES. — ABER- CROMBY. — LE COUVENT. — EDUCATION DES FILLES.— UN PRO- GRAMME A MÉDITER.— LE LAC MANITOU. — L'ÉLEVAGE DU POIS- SON. — M. BOHEMIER. — LA FERME DU MANITOU. — CONCOURS

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