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SOMMAIRE : OU CONDUIRE LES COL(NSf— SURTOUT DANS LA VALLÉE DE L'OUTAOUAIS. — ON S'EMPARE DE LA PROVINCE D'ONTARIO. — APRÉCIATION DE M. L'ABBÉ PROULX SUR CETTE VALLÉE DE L'OUTAOUAIS. — PAROLES DE M. RAMEAU. — EN QUOI CONSISTE CETTE VALLÉE ?
Où conduirons-nous les colons ? Je n'hésite pas à dire que tout notre domaine national, à quelques exceptions près, est d’une grande fertilité, et offre d'immenses avantages, non seulement par la fécondité de son sol, mais encore par ses bois exceptionnellement riches, par ses lacs et ses rivières, et même par ses versants, qui sont diversement exposés, et qui s'offrent à différents genres de culture.
Les cantons du Nord, que je connais plus particulièrement, renferment des trésors qui n'attendent que la main de l'industrie pour enrichir notre peuple. Sillonnées qu’elles sont maintenant par les grandes routes et par les voies ferrées, uos belles campagnes se révèlent plus que jamais aux regards des touristes, des capitalistes et de ceux qui veulent tailler à leurs enfants un héritage à l'abri des fluctuations du commerce ou de l’industrie manufacturière.
Mais il me semble que comme avantage national les cantons avoisinant les étrangers devraient d’abord attirer notre attention, pour la raison que les groupes aïnsi massés forment un cordon à travers lequel ne pénètrent que ceux qui apprécient l’excellence du terrain.
D'ailleurs ce sont des postes d'observation qui nous permettent de jeter un coup d'œil sur ces vastes tertitoires autour duquel nos découvreurs avaient jeté des in et où se trouvent aujourd’hui de nos éclaireurs,
Depuis l'été de 1886 jusqu'au ler janvier 1894 ‘sis de 27,000 colons canadiens-français se sont établis dans la province d'Ontario, et là où avant hier le fanatisme régnait en
maître, aujourd’hui le catholicisme a son mot à dire daus les élections et a voix au chapitre dans les conseils de la nation.
La vallée de l'Outaouais me semble sous le rapport de la colonisation et bien d’autres encore, offrir un intérêt particulier, pu'squ’elle longe la ligne de démarcation entre la Province d'Ontario et celle de Québec, qui a pour devise : * Je me souviens. ”
En 1881, M. l'abbé Proulx, arrivant d’un voyage dans la , vallée d'Ottawa, en compagnie de Mgr Duhamel, écrivait ce qui suit sur le Nord-Ouest provincial, et ces paroles sont si pleines d'actualité que je suis heureux de les reproduire et d’y attirer l'attention de mes lecteurs :
‘“’Avent de quitter les rives de l'Ottawa, dit-il, je me demande : seront-elles un jour peuplées par une population qui tirera sa vie des produits du sol? les champs de blé remplaceront-ils la forêt ? les bateaux à vapeur sillonnerontils ces beaux lacs, au lieu des canots d’écorce ? Le sifilet de la locomotive se fera-t-il entendre à travers ces plaines et ces montagnes? Des villes naîtront-elles là où on ne voit aujourd'hui que des rassemblements passagers de wigwams ? Et pourquoi pas ?
“ Le sol est excellent, Sans doute il y a des endroits rocheux, d’autres sablonneux, d’autres marécageux. N ommezmoi au monde le pays de Cocagne où la charrue peut mordre dans chaque pouce de terre ? Au dire de ceux qui habitent ce pays depuis longtemps, les terrains propres à l’agriculture ne manquent pas; ils comprendraient les deux tiers du territoire. La Bretagne, qui fait vivre six millions d’habitants, serait heureuse qu’on en pôt dire autant de ses tinq départements. Pour nous :endre au lac Barrière, sur un espace de vingt jieues de chemin, nous avons traversé six portages, L'un était de rochers granitiques, un autre de sable stérile, les quatre autres de terre jaune et de terre grise, très friable, riche, sans roche aucune ; et l'on sait que les grèves le long des rapides sont généralement pierreuses, Cette proportion entre les terrains rebelles à la culture et ceux qui y sont propres, par toute la contrée, nous a paru être celle que nous offraient les portages, deux à six, un à
trois. Le foin à feuille large et noire a la moilisure mine; l’avoine est haute de trois pieds; l’année dernière, M. Edwardson, de six minots de patates en a recueilli cent cinquante ; en supposant qu'une telle récolte soit une exception, il faut avouer que bon nombre de nos cultivateurs se contenteraient à moins. Navets, carottes, choux, tout est aussi avancé que dans nos paroisses, Depuis le vingt mai que nous sommes entrés dans ce pays nous n'avons pas constaté une seule geléc, comme il en arrive quelquefois tard au printemps; et en fait de chaleur, le soleil de par ici n’en cède pas au soleil de par chez nous. Je ne crois pas que ce climat soit beaucoup en arrière de celui de Montréal. Pour conclure, je suis d’avis que la colonisation s'avancera, peti: à petit, de ce côté, et que dans cent ans (et qu'est-ce qu'un siècle dans la vie d’un peuple?) la race canadienne aura étendu ses rameaux jusque dans cette partie éloignée de ces domaines.
“ Le Nord, voilà le champ ouvert à l’activité et au développement des Canadiens-Français. Eux seuls aimeront à y vivre. Les populations étrangères, que l'immigration transatlantique vomit tous les ans par milliers sur nos bords, préféreront toujours se diriger vers les prairies de l'Ouest, où les premiers travaux de défrichement sont moins pénibles. La vigueur de nos colons ne recule pas devant les arbres de la forêt, le climat leur est salutaire, et leur tempérament est fait à la rigueur de nos hivers. Sachons profiter du mouvement colonisateur qui agite le pays; que le gouvernement ouvre de bonnes voies de communication, même qu’il ne craigne pas de pousser des lignes de chemins de fer dans les régions de l’intérieur, et avant longtemps, le surplus de notre population aura remonté le cours de toutes les rivières, échelonnant des établissements continus sur les rives du Saint-Maurice, de la Rouge, de la Lièvre et de la Gatineau. Bientôt des colons courageux, après avoir pénétré la chaîne des Laurentides, parviendront aux larges plaines qui s'étendent le long de la hauteur des terres et fonderont une succession non interrompue de paroisses, depuis la vallée du lac Saint-Jean jusqu'aux rivages lointains du lac Témiscamingue,
“ Dans ce temps-là, comme le disait, il y a près de quarante ans, un conférencier prophétique, la patrie canadienne,