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restreinte au midi et au sud-ouest, s'étendra vers le nord, embrassant des espaces plus vastes que ceux qu’elle occupe aujourd'hui. Le nord sera le domaine, la forteresse de notre nationalité. Quelle puissance au monde pourrait anéantir ce peuple homogène, jeune et plein de sève, défendu par cette position isolée, à l'extrémité à an continent, position inexpugnable qui fait ressembler le Cs,nada français à une tle, bordée de toutes parts par d'énormes banquises, redoutées de l'ennemi ?”
Aussi M. Rameau, qui regardait de loin s’exprimait-il en ces termes
“ Au premier abord, les vastes régions désertes qui “ s'étendent au N ord du Saint-Laurent, dans le haut bassin “ de l’Ottawa, et qui se prolongent au N'ord des grands lacs “ pour atteindre les immenses territoires du Nord-Ouest, “ semblent être des pays infertiles et glacés, qui se refusent “ à toute exploitation profitable, Il n’en est rien cependant, “ la limite où peut s'arrêter le travail utile de l’homme est “ encore bien reculée vers le nord, mais ces contrées froides “et d'un abord difficile, couvertes de neige une partie de “ l’année, ne séduisaient ni les émigrants européens ni ceux “ des Etats-Unis ; ils préféraient les vastes plaines de l'Ouest “avec leurs grandes voies navigables, leur climat tempéré “et leur culture plus aisée, (Ces émigrants d’ailleurs “ auraient été peu capables d'affronter cette rudesse du sol “ et de la température ; le peu d’entre eux qui se dirigent “vers ces parages s'en déportent promptement et les “ quittent presque toujours pour descendre vers une zone “ plus chaude,
“ Deux races’ européennes seulement ont paru aptes “ jusqu'ici à cette colonisation : les Ecossais et les Cana- “ diens ; mais les premiers que rien n’attire particulièrement “ dans ces contrées, suivent généralement le courant qui “ porte les émigrants plus au Sud; et l’Ecosse ne pouvant “fournir qu’un émigration assez restreinte, il en résulte “qu’un petit nombre d’Ecossais seulement ont pris cette “ direction. (Ces immenses espaces semblent donc être “ destinées à l'expansion des Canadiens-français, et c’est là “le théâtre que la Providence paraît avoir réservé à leur
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“action. Là, pourront tranquillement s'étendre leurs “ enfants sans que de longtemps encore aucuns émigrants “ étrangers viennent se mêler à eux, et jusqu'aux limites “ de la culture possible ils pourront se développer en paix, “avec leur langue, leur caractère propre et toutes leurs “ habitudes,”
Si aujourd’hui on parcourt les groupes de colons répandus jusqu’à la Lièvre et jusqu’à la Gatineau, on y remarque que les prévisions de M. Rameau se sont accomplies, et que les quelques émigrants étrangers qui se sont établis dans nos cantons du Nord, abandonnent ces contrées.
En quoi consiste cette vallée d'Ottawa ou de l'Outaouais ?
Cette magnifique région couvre une superficie de plus de 33,000 milles carrés, et a une étendue territoriale plus grande que la plupart des états américains.
Elle est sillonnée par la rivière d'Ottawa ou de l'Outaouais, qui prend sa source sur la “hauteur des terres” et va se jeter dans le Saint-Laurent, après une course de 800 milles.
L'Outaouais, après maints détours capricieux du Nord- Ouest au Sud-Ouest, forme l'immense nappe du lac Témiscamingue, dont les bords ont été signalés à la colonisation par les Pères Oblats, comme la plus belle plaine de tout le Canada-Uni, et où se dirige un flot considérable de défricheurs.
L'Ottawa, dont la profondeur à Grenville est de 6 à 15 pieds, reçoit successivement les eaux de nombreuses rivières, Dans son parcours cette rivière forme des rapides superbes et des lacs magnifiques et, après avoir été grossie par les rivières du Moine, Coulonge, Madawaska, Noire, Mississipi, Bonne- Chère, Petewawee, Rideau, Gatineau, la Lièvre, la Petite Nation, Rouge, Blanche, du Nord, Montréal, Kecpawa, Maganasippi, Matawan, elle se jette dans le St-Laurent, à Ste-Anne de Bellevue et à Repentigny, formant, en se subdivisant, l'Isle de Montréal et l'Isle Jésus.
Les terrains qui avoisinent ces nombreuses rivières offrent
des ressources considérables à l’industrie agricole, et surtout forestière. “Cette vaste région de l'Outaouais, dit M Drapeau, qui couvre une surface de terrain d'environ 33,060 milles géographiques carrés, comprend tout le territoire situé sur la rive sauche de la rivière Outaouais et sur une petite partie du fleuve St Laurent, s'étendant de l'Ouest à l'Est, depuis le lac Témiscamingue jusque vers le lieu où se trouve la source de la rivière Gatineau, située à environ 45 milles en decà de la ligne nord supposée du Bas-Canada, sur une profondeur qui varie, mais que nous pensons estimer approximativement à 300 ou 350 milles du fleuve St-Laurent. J’ajouterai que la longueur de cette immense contrée, bornée au sud par l'Outaouais et le St-Laurent, est d'environ 866 milles, que je compte depuis le Lac ci-dessus mentionné jusqu’à la ligne orientale du comté de Berthier, en suivant le cours de ces rivières ; c’est-à-dire que cette partie du territoire bas cauadien est aussi vaste que l'Irlande entière, puisque ce dernier pays ne contient guère que 20,500 000 acres égal à 32,000 milles carrés.”
Cette région était, lors du dernier recensement, divisée en 14 comtés : Pontiac, Ottawa, Argenteuil, Deux-Montagnes, Vaudreuil, Soulanges, Jacques-Cartier, Hochelaga, y compris la ville de Montréal, Laval, Terrebonne, Assomption, ‘Montcalm, Joliette, Berthier.
Le comté de Pontiac forme 21,018 milles carrés et contenait en 1881, 19,939 habitants, en 1891, 22,084; Ottawa qui, pour les fins fédérales, a été dernièrement divisé en Wrighé et Labelle, comprend 6,683 milles carrés et contenait en 1881, 49,432 habitants, en 1891, 63,560 ; Argenteuil comprend 937 milles carrés et contenait en 1881, 16,062 habitants, en 1891, 15,158; Deux-Montagnes comprend 258 milles carrés et contenait en 1881, 15,856 habitants, en 1891, 15,027; Vaudreuil comprend 183 milles carrés et contenait en 1881, 11,485 habitants, en 1891, 10,792 ; Sou-
langes comprend 137 milles carrés et contenait en 1881, 10,220 habitants, en 1891, 9,608 ; Jacques-Cartier comprend 106 milles carrés et contenait en 1881, 12,345 habitants, en 1891, 13,832 ; Hochelaga qui, pour les fins fédérales a été dernièrement divisé en Hochelaga et Maisonneuve, comprend 82 milles carrés et contenait en 1881, 49,079 habitants, en 1891, 80,998; la ville de Montréal comprend (non compris Hochelaga nouvellement annexé) 5-19 milles carrés etcontenait en 1881, 140,747 habitants, en 1891, 182,695 ; Laval comprend 85 milles carrés et contenait en 1881, 9,462 habitants, en 1891, 9,432 ; Terrebonne comprend 544 milles carrés et contenait en 1881, 21,892 habitants, en 1891, 23,128 ; L'Assomption comprend 248 milles carrés et contenait en 1881, 15,282 habitants, en 1891, 13,674; Montcalm comprend 4,820 milles carrés et contenait en 1881, 12,966 habitants, en 1891, 12,131 ; Joliette comprend 2,678 milles carrés et contenait en 188É 21,988 habitants, en 1891, 22,921 ; Berthier comprend 2,430 milles carrés et contenait en 1881, 21,838 habitants, en 1891, 19,836.
Mais comment se fait-il que les cantons d'Argenteuil, Deux-Montagnes, Vaudreuil, Soulanges, Laval, L'Assomption et Berthier comptent moins de population d’après le recensement de 1891 qu'en 1881 ?
C'est un problème qui semble donner droit à la supposition que la Province de Québec a été systématiquement dépréciée par les recenseurs.
Est-ce réellement exact ou le recensement aurait-il été mal fait ?
La reconnaissance publique a spontanément nommé “ Région Labelle ” tous les cantons au nord de St Jérôme jusqu’à La Lièvre.
Comme nous venons de le voir cette vallée d'Outaouais, qui est de 11,020 lieues carrées est, à elle seule, presque aussi étendue que le quart de la France qui a 46,640 lieues
carrées. Et la France contient environ 40,000,000 d’habitants, c’est-à-dire environ 70 habitants par kilomètre carré ou par 17 arpents, 12 pieds, 0,232 pouces français.
* Si donc notre vallée d’Outaouais était comparativement aussi peuplée que la France, elle contiendrait dix millions d'habitants ; tandis qu’elle n’en contient que 514,475, c’està-dire qu’un peu plus d’un demi million.
Nous pouvons en conclure qu'il y a place, dans la seule vallée de l'Outaouais, (qui n’a qu’un peu plus qu’un sixième de l'étendue de la Province de Québec, laquelle a 62,896 lieues carrées) pour encore neuf millions d'habitants, c’està-dire plus de sept fois plus que n’en contient la province de Québec tout entière, dont la population, d’après le recensement de 1881, était de 1,359,027 habitants, et en 1891 de 1,488,535 habitants,
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SOMMAIRE.—L'INTÉRÉT QUE PORTENT A LA COLONISATION L'ÉPIS- COPAT, LE CLERGÉ ET LES HOMMES POLITIQUES. — PAROLES DE Mar BourGErT, DE MGR FABRE, DE M L'ABBÉ DUGAs, DE M. L'ABBÉ PROVOST, DE SIR GEORGE CARTIER, DE L'HON. MERCIER ; LA POLITIQUE DES GOUVERNEMENTS. — DISCOURS DE L’HON. M. BEAUBIEN A LA LÉGISLATURE EN 1893, — INSTITUTIONS PROPRES A PROMOUVOIR LES INTÉRÊTS DE LA COLONISATION ET DE L’'AGRI- CULTURE. — LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE LE COLONISATION ET DE RAPATHIEMFNT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC.—SON BUT, — SES ŒUVRES. — DÉDICACE DE L'AUTEUR.
Depuis longtemps ïes hommes les plus importants se soni occupés de colonisation. L’épiscopat, comme toujours, quand il s’agit des grands intérêts de la nation, a fait entendre sa voix sympathique pour activer le zèle des hommes politiques et de ceux qui sont en état d’aider à cette cause religieuse et patriotique. Il lui a prêté les plus distingués des membres uu clergé. (C’est ainsi que nous avons vu se dépenser pour cette œuvre les Labelle, les Brassard, les Provost, les Moreau et tant d’autres, qui se sont jetés dans la forêt pour y entraîner et y maintenir des colons, en partageant avec eux leurs privations et leurs fatigues, et en leur faisant apprécier les mérites qu’il y a à ouvrir à la société une voie d'extension et d'adhésion au sol. Nos évêques se sont mis à la tête de sociétés de colonisation, ont consacré un jour de prière en l’honneur du patron de l’agriculture, saint Isidore ; et aujourd’hui encvre, ils ont consenti, à la demande du commissaire de l’agriculture, à constituer un corps de missionnaires agricoles, qui donnent des conférences dans toutes les paroisses organisées,
Ecoutez les paroles de S, G. Mgr Bourget, qui, en quinze endroits différents de ses mandements, s'efforce de stimuler le zèle de ses prêtres et de ses ouailles en faveur de l’œuvre.