LE SUCRE DANS L'ALIMENTATION
M. de Brazza, l'explorateur qui n'en est plus à compter ses fatigues dans la brousse africaine, disait : “ Avec trois sardines par jour et quelques morceaux de sucre, un homme peut marcher.” En route, joignant l'exemple au précepte, M. de Brazza porte toujours une petite boîte contenant quelques morceaux de sucre qu’il grignote lorsque son estomac réclame et lui rappelle les heures des repas,
Ce fait de manger du sucre pour surmonter plus facilement la fatigue n’est pas une simple manie des voyageurs, des chasseurs, des marcheurs, des ouvriers qui suivent l'exemple de M. de Brazza. C’est une habitude dont l'expérience a démontré à chacun les avantages qu’elle rapporte. Ces : 7antages n'étaient cependant connus que du petit nombre, et beaucoup de personnes encore aujourd’hui croient que l'introduction d’une certaine dose de sucre dans l'alimentation journalière est une mauvaise chose,
Instinctivement, on se rappelle les iecons de la première enfance, où une mère bonne et économe ménagère surtout, dans le buffet soigneusement fermé à clef, serrait le sucrier, et, avec de grosses menaces de fouet dans la voix, disait : “ Ne vous avisez point de chiper quelque morceau de sucre, vous gâteriez toutes vos dents et vous vous donneriez pour le restant de votre vie un mauvais estomac!” C'est de là, croyons-nous, que provient la répugnance naturelle de beaucoup d'hommes pour le sucre,
Le sucre est “pendant plus qu’une vulgaire gourmandise faite pour flatter le goût. Il est un véritable aliment. Nous venons de dire conment les explorateurs, et M. de Brazza tout le premier, savaient reconnaître ses utiles propriétés.
Les savants viennent à leur tour de reprendre scientifi-
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quement la question. Et à cette demande: “ Faut-il, oui ou non, manger beaucoup de sucre pour bien se porter?” un physiplogiste distingué vient de répondre nettement par l'affirmative, Le sucre n’est nuisible que dans certains cas de maladie, qui sont, d'ailleurs, parfaitement caractérisés ; à l'homme bien portant, il est utile.
C'est un aliment incomparable d'entretien et de réparation des forces musculaires,
On a rapporté en ces termes le résultat des expériences Au docteur Mono :
“ Le sucre est un aliment pour les muscles : 200 grammes de sucre ajoutés à une nourriture légère et suffisante permettent d'accomplir à un travailleur jusqu’à 30 pour cent en plus de son travail ordinaire. Pour les gens convenablement nourris, la consommation de 250 grammes de sucre en huit heures accroît le rendement du travail musculaire de 22 à 36 pour cent. ”
Enfin, le docteur donne une recette que nous commu niquons volontiers aux innombrables intéressés.
“ Il arrive fréquemment, dit-il, que vers cinq heures et demie du soir, entre le souvenir du déjeuner et la perspective du dîner, on se sent légèrement fatigué et affaibli; ce sont les muscles qui font la sieste. Pour les ranimer, avalez, vers quatre heures de l'après-midi, cinquante grammes de sucre. Les muscles sont réveillés, l'énergie se ramine et vous voilà frais et dispos. ”
C’est donc entendu ! Sucrez-vous!
Raison de plus pour fabriquer un sucre qui, comme le nôtre, a des propriétés diurétiques très prononcées et par conséquent médicinales, et de conserver des érablières sur nos terres,
J'ajoute que si le feu a dévoré tous les érables qui existaient lors du défrichement il faut en planter aux
endroits les moins propres à la culture. Dans dix ans vous
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aurez une belle sucrerie, si vous avez la précaution de planter des érables de deux ou trois pouces de diamètre, trapus, et espacés les uns des autres. Et il n'en manque pas dans nos forêts qui foisonnent de plants semés par la nature,
Je ne saurais recommander spécialement l'érable dite “ Giguère,” qui ne me semble pas avoir réalisé les espérances qu’elle donnait,
Deux routes conduisent à Ste-Agathe, L'une, qui passe à l’ouest, aux fermes de Madame Dr Larocque, c’est la plus ancienne, La nouvelle est maintenant la plus fréquentée et cotoie les moulins de M. Adolphe Marier, où passe aujourd'hui la voie ferrée. Le voyageur qui traverse nos campagnes est souvent embarrassé sur le choix des routes à prendre pour se rendre à destination. Il s’engouffre souvent dans un chemin où il n’y a pas d'habitation, et il parcourt quelquefois de longues distances sans reconnaître qu’il a fait fausse route. Il me semble qu’il serait très à propos, de la part des conseils municipaux, d'indiquer, aux fourches de tous les chemins, l’endroit où ils conduisent et la “-tance à parcourir pour s’y rendre, Le code municipal, article 519, autorise les conseils de comté à placer ainsi des poteaux indicateurs. D'ailleurs le coût en serait si minime, comparé aux avantages que le public en retirerait, que les municipalités devraient se presser de donner l'exemple dans cette voie,
M. Christin, l’un des agents pour la vente des terres de la couronne, s'applique à faire mettre de telles indications aux fourches des chemins nouveaux, et M. Bureau, à qui j'en ai parlé dernièrement, a reconnu la justesse de mes observations sous ce rapport, et il se propose de les mettre en pratique.
Quoi qu’il en soit, nous avons pris la route Est que traverse la rivière du Nord, ainsi que la décharge du lac des
Sa
Sables. C’est sur cette décharge qu'est placé le moulin de M. Adolphe Marier dont je me plais à faire l'éloge. C'était un homme d’une grande intelligence et surtout d’un solide jugement, Il a fait preuve d’un rare dévouement à la cause de la colonisation, M. Marier jouissait d’une réputation sans tache, ct son honnôteté proverbiale lui a assuré l'estime et le respect de toute la population. Il aimait les honnêtes gens, et il était sincèrement attaché à l'Hon. M. Morin, qui voyait en lui un homme d’une extrême droiture,
Quand je dis extréme, c'est à dessein, et le fait de ne jamais revenir sur sa parole donnée, lui fit une fois une ennuyeuse affaire. C’est la seule tache que je lui connaisse dans sa vie ; mais la langue me démange trop pour que je puisse résister à l'envie de raconter les incidents qui lui ont. valu cette flétrissure,
M. Marier était un grand pêcheur devant l'Eternel, De fait, MM. Lavallée, Lachatne et Marier était considérés dans le Nord comme les plus passionnés amateurs de pêche et de chasse qu'il y ait eu dans les temps modernes. Ils s'étaient livrés à la pêche quand ce n'était pas péché de pêcher, et quand on ne chassait pas ceux qui chassaient en n’importe quelle saison de l’année. Mais la loi vint, et un inspecteur le pêche, pour donner signe de vie, dût faire respecter la dura leæ sed lex, qui consistait à prohiber la capture de la truite depuis le ler octobre jusqu’au 31 décembre.
L'épreuve était rude, la tentation forte, surtout au temps où cette truite des lacs est la plus succulente, et la plus facile à prendre. On comprend aussi que l’appréciation s’en fit en raison de la défense. Le bon M. Marier n’y put tenir :
La faim, l’occasion, l’herbe tendre et, je pense, Quelque diable aussi le poussant.
Mais le cerbère du gouvernement était là, l'œil au guet. Et un employé du gouvernement fédéral, encore! Pour une
truite, maïs une belle, dame! capturée à contretemps, le grand pêcheur fut pris, amené devant le juge, et condamné à $20 d'amende ou un mois de prison, dans la geôle du district de Terrebonne. “ Eh, bien ! j'irai en prison,” s’est écrié M. Marier dans un moment d’exaspération, La parole était donnée, La réflexion arriva : il reconnut qu’il avait eu tort d’avoir fait cette fanfaronnade ; mais c'était fait, et il se croyait obligé de ne pas revenir sur ce qu'il avait dit, Il fit son mois de prison. Voilà le caractère de l'homme: parlant peu; mais une fois la résolution prise, il l’exécutait à la lettre.
Il faut tout dire : peut-être ne se figurait-il pas ce qu'était l'incarcération. Il avait été autrefois un prisonnier d'état, I] s’en faisait gloire. Et cet emprisonnement qu’il avait subi avec les bons lurons de 37-38 lui miroitait à la mémoire comme l’époque poétique de sa vie. Toujours est-il qu’il se rendit tranquillement entre les quatre murs de la prison
de Ste-Scholastique et y fit son mois. Il fallait l'entendre raconter ses ennuis pendant ces trente longs jours d’incarcération.
Cet homme tenait à honneur de ne jamais revenir sur sa parole, Il faut avouer que c’est ennuyeux parfois, et la plus saine doctrine permet d'être un peu plus flexible, Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas cru dégénérer en saluant en passant ce grand coupable du meurtre de quelques truites gloutonnes, mordant à l’appat en un jour d’abstinence,
Nous nous dirigeons vers le village de Ste-Agathe, à 30 milles de la paroisse de St-Jérôme, dont elle est une des plus jolies filles Comme toutes les paroisses que nous avons traversées, celle-ci a eu pour noyau principal des colons venus de St-Jérôme. Plusieurs raisons ont contribué à cela, et la proximité des lieux, et le courage de ses habitants initiés à la vie de défricheurs ou de voyageurs, et l’encouragement des curés qui se sont succédé à St-Jérôme
et surtout de M. Labelle, qui a fait de la colonisation du Nord une queation d'état,
Le village de Ste-Agathe des Monts est placé en amphithéâtre sur le bord du grand Lac des Sables dans le troisième rang du canton de Beresford. C'est le point culminant de la chaîne des Laurentides, L'aspect en est ravissant; au soleil levant d’un beau jour d'été, alors que les vapeurs du lac se dissipent et que surgissent les bords enchanteurs de cette nappe d’eau et les pointes qui s'y avancent, vraiment je n'ai jamais rien vu de plus poétique ni sur les bords du lac de Genève, ni sur le lac d’Albano,.
L'église, qui est un petit bijou de style d’ornementation, est sur un large terrain donné par le regretté M. le Dr L. E. Larocque, qui était le frère de Mgr Joseph Larocque, évêque de Geriuanicopolis, Il avait sucrifié une partie de son temps et de sa fortune au succès de cet établissement. Il y avait mis l'énergie qu’il mettait en tout ce qu’il entreprenait, Il fut l’un des bienfaiteurs de la localité, où il s’est empressé de faire bâtir un moulin pour le bénéfice des colons qui devaient venir après lui. Son nom est béni de tous et gravé dans le cœur des paroissiens, en attendant qu'il soit gravé sur le marbre de l’église pour laquelle il s’est montré d’une grande générosité,
M. le Dr Larocque a laissé à sa mort plusieurs propriétés, entr'autres cette magnifique pointe de laquelle a été détaché le terrain de l’église, qui appartient aujourd’hui à M. Forget, marchand du Heu, et une ferme à deux milles du village.
La paroisse de Ste-Agathe a été érigée canoniquement par décret du 4 mars 1875, et civilement par proclamation du 17 août de la même année, Elle comprend 1° tout le canton de Beresford, 2° les 7e, 8e et 9e rangs du canton de Morin, et dans les 10e et 11e rangs du même canton tous les lots depuis le No 26 inclusivement, jusqu’à la ligne du susdit canton de Beresford, 3° les 8 premiers lots dans tous
les rangs du canton de Doncaster; et la dite paroisse est bornée au nord et au nord-ouest, par le canton d’Archambault ; au sud, par le canton de Howard; à l’ouest, par les cantons de Wolfe et Howard; au nord-est par le lot No 9 dans tous les rangs du canton de Doncaster ; enfin, au sudest, partie par le canton de Wexford, partie par le lot No 25 des 10e et 11e rangs du canton Morin et partie par le 6e rang du dit canton Morin.
En 1891 la population de Ste-Agathe était de 1703 habitants, tous catholiques ?
Il y avait alors 34,047 acres de terre occupés, 14,476 acres améliorés ; 12,678 acres cultivés; 1,754 acres en pâturage et 19,571 acres en forêts et 44 en jardinage.
Nous arrivâmes à Ste-Agathe à la soirée, alors que les quinquets s’allumaient successivement, suivant le besoin ; à la campagne les gens veillent en partie aux portes, pendant ces soirées chaudes d’été où l’air est insupportable sous les mansardes, tandis qu’on respire avec tant d’aise sur les perrons ou mêm?t sur la renouée des devants de portes.
Quelques-uns passent des soirées entières sans allumer de chandelles, soit par économie, soit par agrément, De fait, il y à certain charme à passer la soirée sous les lustres du firmament, surtout quand la grande lampe du ciel répand sa lumière argeuiée, Lés enfants mêmes en apprécient les faveurs :
— Quelle est-ce que t'aime mieux, toi, Toto, la lune ou le soleil ?
— Va-t-en donc avec ton soleil qui n’éclaire que quand il fait jour! Parlez-moi de la lune, elle, elle éclaire quand il fait noir.
Eh ! oui, elle éclaire quand il fait noir, et dans les montagnes qu'elle illumine d’un côté pour laisser l’autre dans l'ombre, et dans les grands lacs où elle se mire, elle a l'air de rendre plus de services que le soleil, Quel tableau que
celui d’un village assis sur le versant d’une colline, les pieds baignés par l'onde d’une nappe d’eau, le dos appuyé sur une haute montagne, la tête couronnée du clocher de l'église, le tout illuminé des lueurs des étoiles et de la lune! Personne ne reste insensible à ces spectacles si souvent répétés, mais toujours beaux. Aussi poussions-nous une exclamation les uns après les autres : Ah! que c’est beau !!
Ste-Agathe avait en 1884 son notaire résident, M. Labelle, ci-devant de St-Joseph du Lac et qui depuis a été remplacé pa: M, Bazin; u: médecin, M. le Dr Oli‘ier, fils de feu M. le juge Olivier ; aujourd’hui la clientèle est partagée entre le Dr Grignon et le Dr Lallier; plusieurs marchands importants et plusieurs industriels: cordonniers, menuisiers, forgerons, etc; le village possédait deux bons hôtels. Nous mtmes nos chevaux à l’un deux, (Hôtel Cha. lifour) et nous logeâmes à l'hôtel tenu par M. Amable Godon, à environ un arpent du lac, sur la rue principale qui passe devant l'église. C’est vne assez vaste maison à un étage et mansarde, munie de ia grande enseigne traditionnelle, en français celle-ci. Au lieu de “ Godon Hôtel,” on y lit “ Hôtel Godon.” Et puis sur la porte la légende légale : Licencié pour la vente des boissons enivrantes.
Ainsi gare à vous. On y distribue de la boisson, mais soyez rassurés, car C'est sans cachette, par conséquent tout doit s’y passer suivant la loi, qui oblige le licencié à écrire ces mots consolants. (Ce n’est pas dit, mais ici on loge à pied et à cheval, et l’on y mange bien: bonne viande, excellent nain, œufs frais, bon thé. Les lits sont mœlleux, trop même pour ceux qui ont été ruilitaires et qui dorment mal sur la plume. Le service est aussi bien fait qu’on peut le désirer dans ces endroits. L’hôtelier est un brave homme qui n’est pas né dans le métier et qui n’en a pas les roueries, Aussi traite-t-il les voyageurs comme des amis, C’est peut-être un tort aux yeux de ceux qui veulent rester à
l'écart. Il a l'air de se payer plus de bon temps que sa digne femme qui se donne une peine énorme pour satisfaire ses hôtes.
M. Godon avait avec lui, jusqu’à ces années dernières, son père et sa mère, vieillards qui ont célébré leurs noces d’or et qui ont conservé leur vigueur jusqu’après quatrevingts ans. C'était deux types parfaits de canayens pur sang. Le père Godon était l’un des premiers colons de Ste-Agathe, après avoir été l’un des premiers de St-Jérôme. Il faut en parler au long, car c’est le caractère national parfait qui se révèle dans ce type, petit de taille, à la mine réjouie, à la figure franche et narquoise. Il était d’une foi à renverser les montagnes, et de fait, s’il n’en a pas renversé il en a défriché plusieurs. Aussi il ne fallait pas badiner avec le père Godon en matière de religion. Ses arguments n'étaient pas longs. Il croyait en toutes les vérités de son catéchisme pour deux raisons, parce que son curé’ le lui avait appris, et qu'il s’en était toujours trouvé bien. Mais, il faut le dire, il croyait à bien des choses qui ne sont pas même croyables. Il avait travaillé toute sa vie, pour établir une famille de dix enfants, qui lui ont toujours été respectueux. Aussi ont-ils entouré sa vieillesse de soins, et il jouissait d’une grande consolation dans l'amour de ses enfants et dans la prière. Aussi. les chapelets, ca roulait avec le père et la mère Godon. Cependant ils étaient de Ja doctrine de St-François de Salles, qui disait qu’un saint triste fait un bien triste saint. Ils aimaient à s'amuser. Rien ne leur faisait plus plaisir que d'assister à un fricot ou à une noce, où le père Godon dan:.it encore sa gigue et battait l'aile de pigeon. Par exemple, pour faire merveille il fallait qu’il dansât sur ses chaussons. Et après une soirée de travail comme de plaisir, oh! la prière et le chapelet. Il failait entendre les recommandations qui précédaient chacune des cinq dizaines. C’est pour Pierre qui est
absent, et c’est pour le pauvre petit Paul qui est dans ses travaux, et c’est pour Josephte qui va se marier, en sel fin qu’elle ait un bon mari, et c’est pour Marguerite, en sel fin de conserver le sien toujours von. Un Pater Ave pour que la sainte Vierge continue à être notre bonne mère, et un autre Pater Ave pour que le diable reste dans l'enfer, Ainsi de suite, Vous croyez que je plaisante ? Eh bien, non, j'ai déjà assisté à la récitation des prières de la mère Godon, et il faut se pénétrer de toute la profonde philosophie que comportent ces recommandations sympathiques pour s'empêcher de pouffer de rire, C’est avec une telle foi que ces gens ont élevé et très bien élevé leurs enfants. Aussi tous jouissent-ils de l'estime publique, et sont-ils d’une honnêteté remarquable.
Il y avait pourtant trois grands vices que se partageaient les époux Godon. Ils fumaient tous deux, mais comme c'était devenu une habitude, il paraît que leur confesseur leur avait dit qu'ils pouvaient se préparer à la mort sans cesser de tirer quelques touches, Aussi ne s'en corrigèrent-ils pas. Un autre crime du père Godon, dont il s’est corrigé... faute d'occasion... … c’est qu'il s’excitait dans les élections. Ecoutez, moi je l'ai vu, à l’âge de 70 ans, faire appel au meilleur de ceux qui insultaient son candidat, C'était comme si on avait insulté sa religion. Et de fait il était tellement ferme dans sa foi politique qu'il en faisait une religion, On ne m’accusera pas ici de faire de la... tout de même, je l'ai vu bien excité. Heureusement que ça ne durait pas. Et les poignées de mains succédaient vite aux coups de poings.
Je parle d’un troisième défaut, et maigré mon scrupule à le découvrir il faut pourtant que j'en parle, tant il est vrai que “des femmes et des chevaux il n’en est point sans défauts”, car celui-ci n’a été partagé que par la mère Godon, Voyons lecteurs, pardonnez-moi cette médisance
je vais vous le dévoiler: c’est... la propreté. Je ne ris pas, c'était chez cette femme un véritable défaut, comme le scrupule en religion, quoi! Elle persécutait tout le monde pour un grain de poussière, On ne pouvait marcher sans qu’elle ne fût derrière nous avec un balai à la main pour essuyer nos traces; si elle allait en voiture elle avait un linge pour épousseter le siège. Elle s'appelait Angélique et le père s'appelait Antoine. Quand vous voyiez le père Antoine, non loin était la mère Lilique, qui lui faisait toujours des recommandations : — fais donc attention, Toine, tu ne vois donc pas que tu as marché dans la boue; ôte donc ces grains de mil qu’il y a sur ta bougrine, je n’peux pas croire que t'aies été soigner les garrettes avec. Bigre ! Toine, je m'en vais te prêter mon parapluie, mais j'tavertis, s’il mouille, tâche de rentrer quelque part pour ne pas l'abîmer...….
Quand je vous le disais que c’était un vice !
Tout de même le temps semble leur avoir été laissé pour expier leurs fautes. Ils ont bien mérité cette faveur. Jamais cœur ne fut plus généreux. Avant qu'il y eût un hôtel à Ste-Agathe, ce sont eux qui hébergeaient les étrangers; avant qu'il y eût un presbytère, c’est chez eux que descendait l’Evêque dans sa visite pastorale; ils n'ont jamais manqué la messe les jours d'obligation, et l’on n’a jamais refusé l'hospitalité dans cette maison bénie, où le pauvre comme le riche trouvait le pain de l'amitié, la franche bonne humeur.
Mais, direz-vous, lecteurs, vous connaissez bien des détails sur la vie du père Godon et de sa vieille, Je m’en vais vous dire un secret tout haut: ce vieillard, c’est mon oncle, et cette vieille femme, c'est ma tante, et j'en suis fier. Ils ont combattu vaillamment sur le champ agricole; ils n’ont tué personne, c’est vrai; mais ils ont donné la vie à dix enfants et une centaine de petits enfants leur doivent
tou- Loine, ; Ôte peux Bigre !
vertis, e pas
pour \veur, ût un étranx que n'ont n n’a où le ié, la
\ des m'en ; mon | suis icole ; la vie ivent
l'existence. Ils ont abattu la forêt qui s’opposuit à la culture, ils ont arraché les souches qui arrêtaient le sor de la charrue ; ils ont contribué à faire vivre plusieurs de leurs compatriotes ; ils ont élevé leur famille dans l'amour du Seigneur, et ceux-là, j'en suis sûr, seront appelés “ Enfants de Dieu.”
Les maisons du village de Ste-Agathe sont généralement spacieuses et d’une propreté qui est d’ailleurs-le cachet caractéristique des habitations canadiennes. Elles sont, dans les campagnes, pour la plupart blanchies à la chaux, et, dans les villages, lambrissées en petites planches posées en déclin. La forme des maisons est toujou"s la mêine ; c’est la forme carrée ou oblongue avec toit à pic, qui a bien sa raison d’être à cause de la neige. Toutefois, à Ste- Agathe, depuis surtout l’arrivée du chemin de fer, comme dans plusieurs localités, on adopte le genre d’architecture en vogue aux Etats-Unis. Rien n’est plus coquet que ces petits cottages à ailes, aux fenêtres capricieuses avec veranda et campanile, Les balcons, les portiques, les galeries, les chassis en saillie y sont à profusion et donnent, par la peinture variée qui les recouvre, un aspect tout-àfait plaisant. - Il y a des publications illustrées qui donnent une foule de plans variés faciles à exécuter et que le conseil de chaque municipalité pourrait se procurer pour les communiquer aux contribuables.
On a eu la précaution à Ste-Agathe de tracer les rues très larges, ce qui permet de faire des plantations et d'embellir ainsi la devanture des propriétés. D'ailleurs la santé n’a qu’à y gagner. C’est le grand tort de nos anciens villages d’être construits contrairement aux règles du bon goût, de l'hygiène et de la sécurité. Car que le feu prenne donc à l’une de ces maisons de bois qui sont presque toutes appuyées les unes sur les autres !.. Chaque conseil de village et de ville devrait avoir un officier chargé de faire
le tracé des rues, d'indiquer à chaque propriétaire qui veut bâtir la distance à observer des bâtiments voisins, Mais il y a une mesure qui devrait être observée, celle d’obliger les constructeurs à se servir d’une préparation chimique qui peut se mettre dans l'eau, dans le vernis, dans la peinture, et qui a la propriété de rendre les objets ininflammables, Cette invention a aussi la propriété d’éteindre le feu. Vraiment les conseillers qui peuvent ainsi par un règlement prévenir les conflagrations, seraient sans excuse s'ils ne le faisaient pas.
Le village de Ste-Agathe est pourvu d’un aqueduc, qui verse dans chaque habitation une eau abondante et limpide.
Le lac des Sables, sur les bords duquel le village est bâti, s'étend dans les 2e, 3e et 4e rangs de Beresford. Il était autrefois bien poissonneux, en truites surtout, Il est presqu’épuisé aujourd’hui. Cependant on y prend encore de belles pièces. C’est tout de même bien agréable pour une localité, d’avoir, à la porte, un étang de quelque vingt milles de circonférence, où l’on peut mettre la ligne et senti mordre à l’appât, quand même on ne prend rien, (Ça me rappelle une farce. Un de ces enragés pêcheurs était depuis quelques heures sur le bord de l’eau à plonger et tirer sa ligne sans prendre un traître mulet, Un observateur, agacé de tant de patience, Jui crie : “ Voilà une heure que je vous regarde pêcher, il faut que vous soyez bien sot de rester si longtemps sans rien prendre.” “Je vous trouve bien plus sot, moi, répondit-il, de me regarder faire si longtemps sans espérance de rien prendre.”
Des deux le plus crétin était bien, en effet, celui qui regardait bêtement faire l’autre.
La décharge du lac des Sables est assez abondante pour faire mouvoir plusieurs moulins. C’est sur son cours, qui se jette dans la rivière du Nord, qu'était bâti le moulin du Dr Larocque, le premier de la localité, et ce sont ses eaux qui alimentent les écluses du moulin Marier,
veut ais il rer les e qui nture, ables,
feu.
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c, qui apide, De est d, Il Il est encore > pour vingt senti Ja me | était ger et ser Vaheure en sot Trouve V5ng-
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Le lac des Sables est tout à fait irrégulier et présente l'aspect d’une ancre de navire, Aujourd'hui ces bords cidevant si sauvages se sont civilisés à l'aspect des étrangers qu’y jette le chemin de fer, Tous les touristes raffolent de cette localité et voudraient en posséder un morceau, Tout Montréal y a couru cette année et le Castel des Monts, charmant hôtel, bâti sur l’une des coquettes Isles du lac des Sables, par M. Beaulieu, a toujours été comble, Aussi est-il très convenablement tenu. Plusieurs spéculateurs ont acheté des terres baignées par le lac et les ont morcelées pour les offrir aux amateurs, Qu'on en profite tandis que c'est la mode, Ste-Agathe vient de se doter d’un couvent spacieux tenu par les Rév. Sœurs de la Sagesse, dont la maison Mère est à St-Laurent, en Fr: ice. Espérons que ces bonnes sœurs auront la sagesse de donner aux filles de Ste-Agathe, qui sont destinées à devenir les épouses de braves cultivateurs, une éducation pratique, de former de bonnes femmes de ménage,
A ce propos, qu'on ‘rmette de reproduire ici ce que je publiais dans le Nat nul de Lowell en septembre 1889 :
Comme cet article a eu l’honneur de la reproduction dans plusieurs revues et journaux sérieux, je le crois digne d'intérêt :