‹ La colonisation [microforme]Chapitre 4 sur 48 · PRES L HEAR · texte numérisé non relu

PRES L HEAR

Il s’agit ici de seconder les efforts de “l'Association des établissements canadiens des townships ” :

“ Cette association, écrivait-il dans une lettre pastorale “ du 17 juin 1848, est une œuvre de foi, quoique sous un “ rapport, elle doit être considérée comme une affaire tempo- “ relle, puisqu'il s'agit de procurer des terres à nos compa- “triotes. Quoi qu'il en soit elle ne saurait, sous aucun “ rapport, être étrangère à la religion, car tnus les jours nous “ demandons à notre Père céleste notre pain quotidien... “ Rien donc de bien surprenant si aujourd’hui nous faisons “ entendre la voix de la religion, dans toutes les chaires de “ ce diocèse, pour vous exhorter, N. T. C. F., à encourager “ cette œuvre naissante, en vous y associant avec zèle et en “ grand nombre.”

Ces paroles si vibrantes de patriotisme sont celles de tout l’épiscopat canadien.

Sa Grandeur Mgr Fabre, archevêque de Montréal, fait appel, en différents endroits de ses Mandements, au dévouement de son clergé et des hommes politiques. Il s’est mis lui-même à la tête de sociétés de colonisation et s’est fait un plaisir d'accepter, avec. Son Honneur le Lieutenant- Gouverneur Chapleau, le patronage de la société générale de colonisation et de repatriement de la Province de Québec. + Aussi s'est-il empressé, lors de l'inauguration de cette société, au Monument National, de répondre à l’invitation de présider l'assemblée, et d’y faire entendre des paroles de sympathie qui ont porté grands fruits dans son diocèse, et ont grandement favorisé l’œuvre de cette société,

Un grand et dévoué ami du peuple, et qui fait depuis des années son passe-temps d'écrire sur les questions sociales les plus importantes, M. l'abbé G. Dugas, écrivait dans le Colonisateur Canadien du 1er juin 1894, ces pages saisissantes de bon sens et d'esprit pratique :

“ Je félicite hautement notre gouvernement provincial de l'attitude qu’il a prise cette année sur la question de l’agri-

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culture et de la colonisation, Favoriser l’agriculture est le fait d'un gouvernement sage, car elle est la base de la prospérité d’un peuple, où en toutes choses il faut considérer le principe et la base, si l'on veut qu’une œuvre soit durable, Le plus bel édifice, la construction la plus élégante ne seront d'aucune valeur s'ils reposent sur de méchantes fondations ; tôt ou tard ils s’écrouleront entraînant la ruine du propriétaire et la honte de l'architecte, Les travaux de l'esprit suivent la même loi; tout raisonnement qui n’est pas bien appuyé sur des principes incontestables ne résistera pas à l'argumentation du logicien,

“ Eh bien, c’est sur l’agriculture que repose la prospérité d'un peuple. Tout autre progrès peut éblouir un moment l'esprit qui ne réfléchit ,pas, mais, quand on en vient à considérer attentivement le besoin continuel qu’on a du cultivateur dans tous les rangs de la société, on est vite con aincu que son état est la base sur laquelle repose toute la prospérité des états.

“Une profession,un métier, peuvent disparaître de la société sans que la société cesse d'exister ; elle en souffrirait quelque dommage, mais ce serait tout, Il n’en est pas de même de l’agriculture. Faites disparaître l’agriculture, aussitôt la société se meurt,

“ On peut vivre sans plaider, on peut n'avoir nul besoin du médecin; mais on ne vit pas sans manger. Le même homme aura très rarement besoin du notaire ou de l'avocat, tandis que tous les jours la vie de tous dépend‘des travaux du cultivateur, C'est lui, le cultivateur, qui règle le commerce, La bonne ou la mauvaise récolte fait hausser ou vaisser la bourse, Tous les marchands, tous les spéculateurs comptent sur les produits de la terre pour régler leurs achuts. Les marchés des villes et des villages attendent chaque matin les produits de la campagne pour nourrit les failles ouvrières, les classes bourgeoises, les pauvres et les riches. C’est donc du cultivateur que tous attendent les aliments nécessaires à la vie. Le boulanger achète sa farine, le boucher les produits de ses troupeaux et de sa basse-cour ; la cuisinière les légumes de ses jardins. Enfin, le beurre, le fromage, les œufs, tout est apporté dans les villes par le cultivateur, Comment un état anssi nécessaire à la vie des hommes ne seraic-il pas appelé la base de tout

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progrès chez un peuple ? Sans doute, dans une société bien organisée, il faut des professions et des métiers pour compléter le bien-être. Les fondations d’une maison ne font pas l'édifice complet, Des fondations seulement ne logera'ent pas une famille confortablement, mais sans fondations on construirait un château en l'air, Pareillement un gouvernement, qui ne s’occuperait qu'à favoriser les grandes spéculations manufacturières et les grandes entreprises publiques, en négligeant la classe agricole, bâtirait un progrès en l'air,

“ L'expérience nous le prouve tous les jours. L'agriculture trop peu appréciée et le nragrès manufacturier loué à l'excès, sont deux des principales causes qui ont fait déserter les campagnes à notre jeunesse pour aller chercher, dans les villes et les grands centres, un bien-être plus factice que réel. Faute de calculer juste on a cru que cette facilité de gagner de l'argent allait durer toujours et créer un état normal pour la société, On ne s’est pas aperçu que l’équilibre, nécessaire partout, se trouvait rompu, et que le mécanisme de l’économie politique ne pourrait plus fonctionner.

“ L'agriculture a langui, les fermiers se sont appauvris ; faute de bras, des terres fertiles sont demeurées incultes, pendant que les manufactures encombrées d'ouvriers fabriquaient des objets plus qu’il n’en fallait pour la consommation, Les grands manufacturiers ne trouvant plus à écouler leurs marchandises ont fermé leurs usines et jetté sur le pavé des milliers de familles qui ne comptaient pour vivre que sur leur salaire de chaque jour.

“ Aujourd'hui on s'aperçoit que le moyen le plus sûr de mettre un peuple à l'abri des crises financières, c'est de coloniser et de faire des familles de cultivateurs.

“ Une terre quelque peu fertile qu’elle soit, produira toujours assez pour nourrir le colon intelligent, laborieux et économe, En Europe, où les propriétés sont toutes morcelées, une famille vit sur quelques arpents de terre, et le voyageur canadien est toujours étonné de ce fait quand il passe en France.

“ Les avantages offerts aux colons auraient pour effet de faire revenir des centres manufacturiers et des villes, où ils sont agglomérés, les travailleurs qui ont déserté la vie des champs. L'agriculture, mise en honneur partout, comme

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l'état le plus conforme à la condition de l’homme, attacherait notre jeunesse aux rudes mais salutaires travaux des Egar <3

“Quand le nombre des ouvriers sera diminué dans les villes et réduit à des proportions convenables, ils trouveront plus facilement un salaire suflisant, et les grèves auront moins de raisons d’être qu'aujourd'hui,

“ C’est donc une politique extrêmement sage pour un gouvernement que de porter le plus haut intérêt à l'agriculture et à la colonisation, La question ouvrière, au moins dans ce pays,trou verait là une solution qu’il sera difficile de rencontrer ailleurs. Prenons bien garde de nous laisser éblouir pat du progrès factice ; sachons sur quoi faire reposer la prospétité d’un état, N'imitons pas ces institutrices qui, à la veille des examens, bourrent leurs élèves avec quelque: leçons le choses pour les montrer comme de petits prodiges, tandis qu’au fond ils ne savent rien. Si les grandes entreprises et les manufactures de toutes sortes jettent de l'éclat elles ne sont pas toujours le signe de la prospérité d’un peuple.”

G. Ducas, Ptre.

Voici maintenant comment s'exprime un autre apôtre de la colonisation et de l’agriculture, M. l'abbé Provost, missionnaire agricole, qui, depuis trente ans, s'occupe activement de promouvoir les intérêts de la colonisation, dans un sermon prêché, le 15 août 1894, en l’église de Notre-Dame de

Montréal :

“ Le défrichement du sol, la bonne agriculture rentrent donc par un effet de l’ordre de Dieu dans le cercle infini de ses volontés adorables, tant pour étendre les pacifiques conquêtes de l’homme sur la terre que pour lui conserver une dignité pleine d'harmonie avec la perfection des œuvres

divines.

Oui ! l’œuvre de la colonisation et de l’agriculture !

voilà une œuvre qui, du côté du ciel, s’harmonise admirablement avec les desseins du Très-Haut, et du côté de la terre une œuvre de vie, une œuvre de progrès, une œuvre chère à l’homme.”

“ La religion et la patrie y trouveront un bénéfice im-

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mense. Car dans ces champs fortunés de la colonisation et de l’agriculture, n’en doutez pas, sunt déposés comme ici, au milieu de vous, les germes les plus précieux d'intégrité publique, d'honneur et de conscience, En se développant,

" ils nous conservent et nous fortifient dans la détermination

d’un avenir solide, définitif et prospère. Et puis il y a du roc dans les âmes comme dans la nature, voilà pourquoi la nationalité canadienne, une fois assise au sommet de sa plus haute prospérité, tel qu’un principe religieux, sera immuable et indestructible dans les hauteurs de sa destinée, Bénéfice de la religion |

“ Achevons d'exprimer ici toute notre pensée. La hache du défricheur qui mord la forêt du matin au soir, ouvre un champ de carnage, il est vrai, mais cette dévastation n'est qu'un bienfait : c’est l'entrée du règne agricole, c’est sa prise de possession des terres. La fertilité d’un sol vierge donne immédiatement de grands produits, Puis aux champs de céréales succèdent les prairies, les pâturages, et l'élevage des animauy, Enfin les voies de communications s'ouvrent, les produits s'exportent, de bons systèmes amènent le succès général, Bénéfice de la patrie!

“ O règne béni de l’agriculture, le fer et le feu sont tes agents, la forêt tombe et recule à ton approche, l’homme est ton serviteur, Son courage à l'ombre des géants qu'il attaque est mille fois plus beau que la bouillante ardeur du soldat emporté par le prestige éblouissant de la gloire. Son travail opiniâtre attache un fleuron de vaillance à la couronne que tu lui destines. Son bonheur est ta fin, Là sur ces terrains conquis par une émulation pacifique et fraternelle, il ne flotte aucune bannière de guerre, aucun trophée teint du sang des morts ou des blessés, là point d’engins destructeurs de la vie humaine, point d’éclairs foudroyants redoutables aux travailleurs ; cependant il s’accomplit des choses aussi honorables et aussi utiles à l'humanité, et pour le moins aussi acceptables à Dieu, que le gain d’une batuille ou la prise d’une ville. Déjà il avait été dit : O fortunatos

. nimiuwm sua si bona norint agricolas ! mais j’emprunte

une parole d'Evanpile qui est bien plus explicite, je l’applique ici et je dis : Si scires donum Dei: trop heureux habitants de la campagne si vous connaissiez le don de Dieu:

“ Plus nous aiderons le peuple dans sa marche vers la colo-

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nisation et l'agriculture, plus nous le pousserons selon les vues de la Providence vers la cime de sa vocation.”

Nos hommes d'état, reconnaissons-le, ont rivalisé de zèle pour s'ingénier à trouver les moyens d’entraver le mouvement migratoire ou l’agglomération dans les centres, et à diriger ou retenir leurs compatriotes sur les terres, afin qu’ils y continuent les traditions de leurs ancêtres. Sans doute, ils ont pu ne pas toujours employer les moyens les plus effectifs pour parvenir à ce but, mais nous devons tenir compte de leur bonne volonté.

Ecoutons la chaude et énergique parole de Sir George Cartier (21 Octobre 1855) :

“ La population ne suffit pas à constituer une nationalité “ il lui faut encore l'élément territorial. La race, la langue “ l'éducation et les mœurs forment ce que j'appelle un “ élément personnel national. Mais cet élément devra périr “ s’il n’est pas accompagné de l'élément territorial. L’expé- “ rience démontre que pour le maintien et la permanence “ de toute nationalité il faut l'union intime et indissoluble “ de l'individu avec le sol.

“ Canadiens-Francais, n'oublions pas que si nous voulons “ assurer notre existence nationale il faut nous cramponner “à la terre. Il faut que chacun de nous fasse tout en son “ pouvoir pour conserver son patrimoine territorial. Celui “ qui n’en a point doit employer le fruit de son travail à “ l’acquisition d’une partie de notre sol, si minime qu’elle “ goit, Car il faut laisser à nos enfants, non seulement le “ sang et la langue de nos ancêtres, mais encore la propriété “ du sol. Si plus tard on voulait s'attaquer à notre natio- “ nalité quelle iorce le canadien-français ne trouvera-t-il pas “ pour la lutte dans son enracinement au sol! Le géant “ Antée puisait une vigueur nouvelle chaque fois qu’il tou- “ chait la terre, il en sera ainsi de nous.”

L'hon. M. Mercier, étant premier ministre de la Province de Québec, s’exprimait ainsi à son tour :

“ La colonisation, cette grande cause nationale, si digne des efforts des hommes publics, et qui porte dans son avenir

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l'aveuir même du pays, doit être encouragée par tous les moyens à notre disposition.

“ Pour cela, il faudra adopter le système d’octrois gratuits de terres à tout colon de bonne foi et à tout fils de colon, rendu à l’âge nécessaire, et pousser, avec toute la vigueur que nous permettront nos ressources, la construction des chemins de colonisation. Ce qu’il manque à nos colons, ce sont des chemins, non parce que nous ne donnons pas assez d'argent pour cet objet important, mais parce que nous le dépensons mal, sans discernement, sans jugement, pour des fins mesquines de partisannerie.

“ L'agriculture, disait Sully, le grand ministre d’un grand roi, est une des deux .. inelles du pays.” La charrue, en tracant le premier sillon, a creusé: les fondations de la société. Ce n’est pas du blé seulement qui sort d’une terre labourée, c'est une civilisation toute entière. N'oublions pas qu’il n’y a pas de code de législature ou de morale, la religion exceptée, qui contienne autant de moralisation qu'un champ qu’on possède et qu’on cultive.”

Les gouvernements qui se sont succédé dans la Province de Québec se sont fait un devoir d'inscrire en première ligne de leur politique les intérêts de la classe agricole et le progrès de la colonisation.

Les gouvernements de la Puissance ne nous ont pas refusé leur concours. Encore à l’heure qu’il est, l’hon. Daly, ministre de l’agriculture, suivant en cela la direction de Sir John Thompson, se montre toujours favorable au repatriement des Canadiens Français, et donne des preuves effectives de sa sincérité,

Les membres du gouvernement actuel de la Province de Québec, semblent avoir puisé dans les différents systèmes précédents les moyens que leur patriotisme leur indiquait comme les plus énergiques, et ils ont ajouté aux institutions déjà créées, d'autres leviers de colomsation, qui semblent donner de la vigueur aux anciennes par leur bon fonctionnement, T° ne pourrais mieux faire connaître la valeur de ces moyens qu’en résumant le discours de l’honorabie M,

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