‹ La colonisation [microforme]Chapitre 47 sur 48 · LES · texte numérisé non relu

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aromatique et qui fournit la gomme appelée Baume du Canada. À part ses qualités industrielles dont j'ai parlé et ses produits médicinaux, notre sapin du Canada, toujours vert en toutes saisons, devrait être cultivé dans nos parcs et nos jardins pour son élégance et sa belle couleur. Le voisinage d’une sapinière d’ailleurs est très sain et agréable à sentir, ÆEt on devrait aussi entourer les vergers d’une double ou triple rangée de sapins pour les rrotéger contre les vents,

Je viens de parler de vergers. Mon Dieu que de ressources n'offre donc pas notre pays sous ce rapport! Et dire que c’est à peine si dans la plupart de nos aroiss?s de Québec on rencontre quelques arbres fruitiers, rabougris et mal dressés, qui produisent pourtant de forts revenus, malgré l’incurie des propriétaires, tant est grande la fertilité de notre sol et l'excellence de notre climat pour la culture des fruits, C’est surtout dans nos pays de montagnes que devraient s’étaler et les vignobles et les vergers de pommicrs, pruniers, poiriers, etc. Demanderez-vous si la culture en vaut la peine ? Informez-vous done aux jardiniers de l’'tle de Montrés!, des montagnes de St-Hilaire et de St-Joseph du Lac des Deux-Montagnes, où les arboriculteurs s'enrichissent avec deux ou trois arpents de terre. ÆEt pourquoi n’en ferionsnous pas autant dans nos cantons qui sont maintenant sillonnés de routes et de chemins de fer ? Pensez-vous qu'il soit plus difficile d'envoyer au marché dix barils de pommes que dix sacs d'avoine? Or l’avoine se vend 80 cts ou 90 cts tandis qu’un baril de pommes se vend deux ou trois piastres. Or savez-vous comment peut produire un pommier? un, cinq, dix barils de pommes, Et savez-vous combien de pommiers vous pouvez avoir dans un arpent? En leur donnant vingt pieds d’espace en tous sens, vous y mettez quatre-vingt arbres. Admettez que ces 80 pommiers ous donnent en moyenne, chacun, cinq barils de pommes,

vous aurez 400 quarts, lesquels vendus 82 vous donneront $800.

Mais encore ici, c’est le bon père préjugé qui tue cette culture. Jean-Baptiste à Jean-Pierre a essayé et il n'a pas réussi, donc ça ne réussit pas dans la paroisse, On ne fait pas attention que Jean-Baptiste à Jean-Pierre avait choisi du mauvais plant, qu’il a mal planté, qu'il a laissé failler ses arbres par les animaux et qu'il a eu ce qu'il méritait : rien.

Ce que je dis des pommiers s'applique à tous les autres fruits. Mais encore est-il qu'il faut savoir comment les traiter, car ici comme ailleurs la récolte est le fruit du travail et des conuaissances, mais si faciles à acquérir, que le plus simple des paysans peut les apprendre. Achetez un traité d’arboriculture et le petit gars qui sait lire va vous en dévoiler les secrets.

Il en est de même des jardinages, de la culture des légumes. J'en ai parlé ailleurs. Mais c’est étonnant comme nos cultivateurs négligent cette partie si essentielle de la tenue é’une ferme. Et pourtant ils savent ce que rapporte un petit jardin bien cultivé.

Toute terre est bonne au jardinage, car il est toujours possible de l'améliorer par des amendements ou des engrais, surtout des engrais.

Et pourquoi, quand on a tant de bois à gaspiller dans ces cantons, ne construit-on pas une serre qui produirait tout l'hiver? Rien n'empêche de ménager un grillage entre une serre et un poulailler, où la chaleur se communiquerait aux poules qui, par ce moyen, vous donneraient des œufs pendant tout l’hiver et vous fourniraient des poulets de bonne heure. Quand on songe qu’un couple de poulets se vend en certaine saison de 75 cts à $1 et les œufs frais jusqu’à 50 cts la douzaine, ça vaut la peine qu’on s’en occupe,

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ceux qui voudraient s’en occuper, et c’est si facile sur ces terres baignées par les lacs et traversées par tant de rivières et de ruisseaux. Mais encore est-il qu'il faille s'en occuper. Malheureusement dans notre pays où tout vient en abonduuce, on n’élève, on ne cultive que ce qui s'élève ou vient seul.

Comment se fait-il que dans d’autres pays moins fertiles que le nôtre on supporte une famille avec trois ou quatre arpents de terre; qu’à Houdan, petite ville de France, on élève 7 à 8 millions de poulets et que cette industrie seule fait la richesse de 8es habitants? A Gambais (Seine et Oise), un seul établissement fait éclore annuellement environ 30,000 poulets. Dans le midi de la France, or sele des quantités considérables d’oies; la seule ville de Toulouse produit plus de cent vingt mille oies par an. Le duvet de l’oie est précieux pour les édredons et les oreillers; la plume ést très recherchée. La graisse de l’oie est des plus fines et des plus délicates, dans la préparation de certaines pâtisseries. C’est enfin à l’oie domestique que l’on doit les fameux pâtés de foie gras qui, en Alsace, constituent une branche d'industrie très importante,

Tandis que j'y suis, qu'on me permette de parler en détail d’une industrie peu pratiquée et qui doit être très lucrative, si j'en juge par mon expérience. Il s’agit de l'élevage des volailles d’une manière artificielle,

Vous savez, lecteurs, qu'on ne peut avoir d'œufs sans poudeuses, et qu’on ne peut avoir de petits poulets, dindonneaux, cannetons, etc., sans mâles qui fertilisent les œufs, Mais vous savez, ou vous ne savez pas, qu’on peut avoir des petits des œufs sans poules, dindes, cannes, etc.

Comment cela? C’est tout simplement en soumettant les œufs à la même opération que sous les couveuses naturelles. Ce n’est pas aussi facile qu’un vulgaire peuple le nense. Car la 2haleur doit être humide et les œufs doivent, âtre retournés

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souvent, Eh bien, le génie a inventé une machine qui fait tout cela et nous avons vu aux expositions plusieurs sortes Tincubatiurs, (car ça s'appelle incubateur), qui fonctionnent plus ou moirs bien et qui répondent plus ou moins aux merveilleuses opérations de la nature.

J'ai fait essai de deux de ces machines, une Américaine, l’autre française,

I1 est bon de vous dire qu’il y a un endroit, à Houdan, où l'en élève une qualité exceptionnellement avantageuse de poules, appelées poules Houdan, bonnes pondeuses, bonnes pour la table, etc., mais elles ne couvent pas. Les Houdanais qui, comme je l'ai dit, font un commerce extraordinaire de volailles, ont inventé une couveuse artificielle qui s'appelle “ La Houdanaise”. Au moyen de cet instrument, d’une direction, d’un entretien facile, chacun peut, sans connaissances spéciales, faire éclore, en toute saison, un aussi grand nombre de poulets qu’il lui convient. L'élevage si attrayant de tous les oiseaux de basse-cour et de chasse est désormais à la portée de toutes les bourses et de toutes les intelligences. Tout le monde peut s’y créer une agréable distraction payante. Il n'y a pas d'industrie qui demande moins de capital ni moins d'apprentissage et dont les résultats soient plus rémunérateurs.

Il s’agit, une fois les poulets éclos, de les élever convenablement, ce qui n’est pas facile sans mère naturelle, Pour cette fin on a inventé une éleveuse artificielle qui offre aux poussins la chaleur de la mère.

Remarquons qu’on peut élever avec ces machines, oies, canards, pigeons, dindons, pintades, etc.

C’est une industrie dont peuvent s'occuper les femmes, les enfants et qui ne requiert pas une heure par jour,

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SOMMAIRE: LES PRINCIPAUX HABITANTS DU LAC THÉRIEN : JOs. EMARD, TANASCON, JOE NAUD, ZOTIQUE THÉRIE*. — LE BLK D'AUTOMNE. — LES TOPINAMBOURS. — LE CHEMIN DE FER MONT- FORT, — MEë VŒUXx.

Parmi les colons établis autour du lac Long ou Thérien, je dois mentionner M. Jos. Emard. Il a femme accomplie et sept enfants, dont l’aîtnée s’est mariée à l’âge de 13 ans. C’est digne des premiers temps de la colonie.

M. Emard, qui ne se contente pas des routes battucs, m'a parlé de divers essais qu'il a tentés. Il m'a parlé entre autres choses du blé d’automne ot des topinambours. Le blé d'automne pourrait être exempt de la mouche dont le blé du printemps a été la victime.

“ Le célèbre Dr Sarrazin, écrit un Jésuite de son temps, s'était procuré de Suède une petite quantité de blé et de seigle de l'espèce dite d'hiver. Elle fut semée en automne, passa l'hiver sans dommage aucun et rapporta de beaux grains, à épis plus petits que le blé du Canada, il est vrai, mais près du double plus pesants, et ce grain donna plus grande quantité de belle farine que le blé d'été. ”

J'ai encouragé M. Emard dans l’idée d’essayer la culture des topinambours, car ils sont d’un profit considérable quoique presqu’inconnus dans notre pays. On en trouve quelquefois sur nos marchés à une piastre le panier. Il faut avoir soin de ne pas les placer dans un jardin, car ils s’en rendraient maîtres en peu d'années. Et en effet ils poussent d'eux-mêmes et on a de la difficulté à en nettoyer un terrain où ils ont déjà pris racines,

“ Cette plante, dit M. Joigneaux, qui nous vient de l'Amérique, comme la pomme de terre, fournit des tubercules qui ne sont ni aussi considérables ni d'aussi bonne

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qualité que ceux de cette dernière plante, mais ils sont bons pour la nourriture des vaches, des moutons, des porcs. Leur principal avantage, c'est de résister parfaitement aux plus fortes gelées, de passer très bien l'hiver en terre et d’être une ressource précieuse dans les premiers jours du printemps alors que presque tous les fourrages frais manquent et que l’on se trouve en peine de nourrir le bétail. Un autre avantage qu'offre le topinambour, c’est de croître dans les terrains les plus maigres et les plus pauvres, et de donner des récoltes passables là où il serait impossible d'obtenir quelqu'’autre produit de bonne qualité, Une fois que vous aurez planté des topinambours dans un sol, vous aurez beau les arracher, ils se repioduiront d'eux-mêmes tous les ans par les radicelles qui restent nécessairement en terre.”

Parmi les colons des bords du lac Thérien il ne faut pas oublier Joe Naud, un type de chasseur, gréé d'enfants comme pas un. Il a une terre sur laquelle il pourrait bien vivre, mais la passion effrénée de la chasse le lance dans les bois au moment des semences, comme des récoltes, dont il se soucie moins que de la peau d’un caribou ou d’un castor. Quand ça le prend, il vous quitte la femme et sa nichée d'enfants auxquelles ils rapporte quelques jours plus tard viande faisandée et poisson frais, mais en attendant elles se nourrissent de l'espérance de le voir revenir. Il est précieux en voyage. Aussi est-ce un guide émérite, Pour une piastre et demi par jour il vous fait tuer assez de gibier pour ne pouvoir le porter à dos d'hommes. Il connaît le pays sur le bout de ses doigts et avec son canot d’écorce flambant neuf il conduit les étrangers aux endroits où l’on est sûr de faire bonne chasse et riche pêche,

Son affection, du moins en voyage, c’est son fusil, son

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mieux, Joe ? lui demandai-je un jour : “ C’est Castor, le nez

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fendu, dit-il; ils sont bons tous les deux, mais le nez fendu lèche mieux les assiettes.” Pauvre animal, c’est la seule nourriture qu’il ait. Je crois que les chiens de Naud vivent de flair et il prétend qu'ils sont meilleurs à jeun. Où la discipline va-t-elle se nicher ? Ils ne sont pas comme ceux de cadet Rousselle, car vous savez que

Cadet Rousselle a trois gros chiens, L'un court au Lièvre, l’autre au Lapin, Le troisième fuit quand on l’appelle,

Non l’un d’eux, Betsé, car c'est une chienne, flaire le chevreuil de trois milles quand la brise est favorable, Et alors pas moyen de la garder en canot non plus que Castor. Elle saute à l’eau et le museau au vent elle cherche la piste. Et comme le piqueur le plus finaud elle vous annonce bientôt par ses cris de joie que les pieds du bi-cors ou du dix-cors sont bien marqués. En garde, car bientôt va poindre un cerf qui chassé par les grâces de Betsé, va se jeter à l’eau, Pif, paf, le voilà frappé de votre carabine. Ramassez-le, Ce n’est pas plus malin que cela.

Un autre type, c’est Tanascon, algonquin de nature, logé sur les bords de la Petite-N ation, à un mille plus bas que le lac Thérien, à l'endroit où les bourgeois de chantiers ont érigé une digue pour retenir les eaux du lac pour les temps de sécheresse, Attention, c'est Tarascon qui est chargé, sur un signal, d'ouvrir les vannes et de faire la pluie et le beau temps ou plutôt la crue des eaux, Il appelle ça lâcher ses eaux. Or quand Tanascon lâche ses eaux, défiez-vous d’être au bas de l’écluse, car vous seriez infailliblement renversé.

J'ai oublié de dire que Naud, lui, qui couche à cinquante lieues dans les bois, ne se réfugie jamais dans une cabane abandonnée. il a peur des morts, C'est incroyable, mais c'est comme ca; j'ai connu des braves qui se sont conduits héroïquement en guerre et qui ont. peur d’une souris,

Tanascon, lui, n'a peur de rien. Aussi faut-il l'entendre vunter ses prouesses, et: sur la Gatineau et sur ïa Lièvre, Mais la plus hardie est bien celle où sur la Kiamika, eutouré d'ours qui venaient faire leur cour aux femelles, il tua, rmorbleu ! quatre de ces galants, Allez voir si c’est vrai, car il n’a pu ramasser ni peau, ni tête, ni griffe, et il n'en a pas de recu.

1] à pourtant eu des visions, surtout un jour sur le lac Coulonge où ”’ime d’un raftsman est venu hanter la cabane où il avait cherché refuge. Mais avec un signe de croix il vous l’a renvoyée en purgatoire un peu presto.

Sa femme, qui est canadienne-française, & de vrais instincts de sauvagesse, (C'est une belle brune qui porte le fusil comme un grenadier, Elle entreprend des excursions dans les bois, sur les lacs et fait les portages, le canot sur la tête, comme un sapeur. (Ces escapades ne l'empêchent pas de travailler à la fabrication des canots, des paniers, des chapeaux en éclisses ou en écorce. Et avec tout cela on la proclame, et je le crois, bonne épouse, dévouée mère et excellente chrétienne.

Et il faut le voir, Tanascon, intervenir dans les tournois des chevreuils, qui, en temps du rut, se cornaillent jusqu’à ce que cornes en Cassent,

Aussi est-il affublé de deux bons lieutenants, dont l’un est un cooley et l’autre un silver rock.

Il paratt que même en temps de paix, les chevreuils (wawaskatchi) ne se gênent pas de s’administrer des tatouilles et de croiser leurs cornes, c'est ce qui explique que les panaches sont toujours plus ou moins usés.

A environ deux milles plus bas que le lac Thérien, à l'endroit où le chemin du Noiminingue traverse la Petite- Nation, est un joli petit fort qui se distingue par la fraîcheur des bâtisses et la coquetterie de son site, aux mamelons et aux ravins tout à fait pittoresques. Le pont qui est de

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construction nouvelle, couronne une chute d’eau d’un aspect magique. C’est là que M. Zotique Thérien a établi des moulims qui sont d’une grande utilité aux colons des environs, Il y a scierie, planeur, embouveteur et des raoulanges pour tous les grains. Ces moulins sont entourés de maisons spacieuses, dont l’une est occupée par M. Thérien, qui y est établi depuis quelque dix ans. C'est de là que bifurque la route qui conduit à la Concerne de la Cie des Edwards.

Le site de ce hameau est incontesteblement le plus gracieux du canton Preston. Aussi ses habitants prétendént-ils que c'est là que doit être l’église, Mais Mgr l’'Archevêque d'Ottawa, dans le diocèse duquel se trouve cette paroisse, a choisi le centre du canton, à deux milles de là, pour y planter la croix, qui surmonte la chapelle, où l'on dit la zuesse une fois par mois et dans laquelle se tient temporaï:ement l’école.

Autour de cette chapelle s'élèvent des constructions qu'on pourrait rendre pittoresques, surtout si on les faisait d'an étage et demi, avec du bois pelé, avec galerie et balcons, ce qui est facile en laissant dépasser de quelques pieds les lambourdes et les soliveaux. Le bois ainsi privé de son écorce se conserve pendant la vie d’un homme, tandis que si on a scrupule de la lui enlever, l'humidité s'y maintient et les vers y font bombance,

Depuis quelques années des Canadiens-français entreprenants ont commencé la construction du “ Chemin de fer de colonisation de Mcotiort.” C’est un embranchement qui bifurque et se raccorde avec le “ Montréal et Occidental” à St-Sauveur d'où il se dirige aux pieds des Laurentides en plein ouest. Ce chemin, quoique à voie étroite, a un terrassement suffisamment large pour plus tard y élargir ses lisses. Les travaux y ont été admirablement exécutés jusqu'au Lac des sept îles, à quelques

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dix milles de St-Sauveur, et sur rapport favorable des inspecteurs des gouvernements, des subsides ont été accordés pour permettre à la compagnie de prolonger leurs travaux jusqu'à Arundel,

Ce chemin de fer traverse une colonie appeléo “La Petite Belgique, ” parce que plusieurs Belges s’y sont fixés, et y ont apporté les bonnes habitudes d'économie et leurs connaissances exceptionnelles en agriculture, Nos Canadiens se trouvent bien de ce voisinage, et s'ils ont des étrangers à apprendre quelque chose, surtout la prévoyance, ils ont aussi à leur enseigner la routine du pays, qui n’est pas à dédaigner, surtout dans nos terres nouvelles où l’art de défricher est l'apanage non contesté de nos pionniers canadiens.

A propos de subsides qu’on me permette une réflexion : On sait de quels secours sont pour les compagnies les octrois que les gouvernements leur accordent en terres et en argent. Or il arrive que les compagnies qui ont des terres à bois sur le parcours de leur voie ont intérêt à vendre le bois qui s’y trouve et à apporter des obstacles à l'écoulement du bois des colons. De là vient qu’elles perçoivent pour le transport des bois des taux tels qu’il est impossible aux particuliers d’écouler ce produit, ce qui leur serait d'une grande utilité et qui la plupart du temps assurerait l'avenir du colon. Pourtant c’est l'argent du public qu'on leur donne et le gouvernement a donc le droit de mettre pour conditions à ces octrois qu’on transportera sur tout le parcours des compagnies qui les reçoivent tous les bois à des taux déterminés par l'exécutif.

Cette nouvelle voie ferrée essentiellement canadiennefrançaise parcourt une région splendide, parsemée de belles forêts, de beaux lacs, et les terres y sont généralement bonnes, quoique la plupart accidentées et quelques-unes très rocheuses,

C’est ainsi qu’elle traverse les cantons Morin, Montcalm, Arundel, Amherst, Ponsonby, Addington, Suffolk, Preston, Bidwell, Wetts, Bigelow, McGill, Blake, Northfield pour aboutir à la Gatineau, Les principaux lacs qu'elle longe, sont le lac aux Ecorces, le lac Simon, le lac Thérien, le Poisson- Blanc, Le 31 milles, etc.

C’est sur son parcours que se trouve l'établissement de Montfort où les Pères de Montforttiennent l’école d'industrie destinée à élever les petits garçons au-dessous de 14 ans et qui n’ont aucune autre protection. Cette admirable institution prépare les enfants à la vie des champs. Aussi rien n’est négligé pour faire de ces petits déshérités des citoyens capables de faire l'honneur de la nation. On leur apprend à lire, à écrire, à prier, à calculer. Et pour avair soin des plus petits on a fait venir des sœurs qui, sous le nom üe “ Filles de la Sagesse ” forment à la vie chrétienne et sociale ces petits êtres privés de mères et de famille,

‘agriculture et l’horticulture sont particulièrement enseignées dans cette institution, puisque c’est vers la vie des champs qu'on dirige les goûts de ceux qui y sont envoyés. Après leur temps fini, on tâche de Jes engager dans de bonu°s familles, mais en attendant on les retient à la ferme d’Arundel que l’on a constituée en ferr e modèle

Nous devons remercier la Providenr voir ménagé pour les petits enfants sans protection des institutions de ce genre ou des Sœurs, des Frères et des Prêtres d’un dévouement héroïque se dépensent à en faire des citoyens chrétiens. (C’est ainsi que nos gouvernements ont eu le bon esprit de placer les Ecoles de Réforme entre les mains des admirables Frères de la Charité, dont le principal établissement est sur la.rue de Montigny, à Montréal, et où les jeunes délinquants plus étourdis aue coupables, apprennent avec la connaissance et l'amour de Dieu, des métiers propres à leur permettre de gagner honorablement leur vie,

Et ces pauvres enfants, en sortant des écoles d'industrie ou de réforme, au lieu de raaudir la société, reuonnaissent les bienfaits de sa protectica et prennent une place honorable au milieu des enfants de la patrie.

Hommage soit rendu à ces religieux dont les sacrifices, comme leurs noms, ne seront dévoilés qu'au ciel par les âmes qu'ils y auront conduites, Les générations bénéficieront de leurs bienfaits, mais ce n’est que là haut que nous comprendrons la sublimité de leur immolation.

Honneur à nos hommes d'Etat auxquels le patriotisme a inspiré de sauver ces êtres infortunés en les confiant à des religieux qui se chargent volontairement des devoirs des parents oublieux et même assument leur responsabilité,

Admirable réparation dor: la patrie sera reconnaissante, puisque ce dévouement lui conserve des citoyens vertueux dont elle tirera sa gloire. Cependant un mot d’observation. Il y a des communautés enseignantes qui perdent quelquefois de vue qu’elles doivent préparer les élèves pour la vie pratique. Il faut pourtant, tout en leur laissant

les yeux fixés au ciel, ne pas leur laisser ignorer qu'ils ont

les pieds sur la terre et quelquefois dans la fange. C'est en leur faisant connaître ce piédestal, qu’on leur enseignera comment s’y tenir dignement.

Îl serait bien à désirer, certes, que tous comprissent leur devoir vis-à-vis le prochain qui est le commandement du Christ. Chacun dans sa sphère, chacun à sa manière, peut contribuer au bonheur de la société, qui en comprend toutes les classes, et dont les plus modestes ne sont pas les moins intéressantes et les moins utiles.

Les uns et les autres peuvent contribuer à cette œuvre par la parole, par les écrits, par leur contribution, par leur exemple.

Que de rentiers qui se torturent l’esprit pour trouver un placement sûr à leurs capitaux et assurer à leurs enfants.un

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avenir convenable, pourraient, sur les plages de nos lacs, au bord de nos rivières, à l'ombre de nos forêts, asseoir un héritage où, en faisant gagner la vie à nos braves colons, avides de travail, ils se ménageraient des retraites méritées propres à les reposer des orages de la vie des affaires,

Je ne puis pas savamment parler des angoisses que doivent éprouver les riches, lorsqu'ils disposent de tous leurs biens terrestres, parce qu'ils ne peuvent en emporter aucun, Mais il me semble qu'ils doivent s’ingénier à prendre les moyens pour que cette fortune, si péniblement acquise, ne soit pas dissipée par des héritiers réduits ensuite à la mendicité, Aussi la plupart créent-ils des substitutions. Mais la loi limite ces dispositions.

Pourquoi entrautres moyens ne constitueraient-ils pas un domaine familial, taillé pour une bagatelle à même les terres de la couronne et qu'ils feraient défricher à petite journée par les colons du lieu ? A leur mort ils lègueraient cette propriété à un corps enseignant qui ne meurt pas, pour en jouir, à condition de donner l'éducation, avec pension, à tous et chacun de leurs descendants qui vouüraient en prouver, et de recevoir tous et chacun des dits descendants capables et ayant la volonté de le faire, à travailler sur la dite ferme aux prix courants,

Avec une telle disposition tous ceux désignés dans ce testament pourraient avoir une education propre à gagner

. leur vie, (héritage qui ne se perd pas) et même dans le cas

où ils n’en profiteraient nas, ils pourraient aller gagner leur pain sur cette ferme en aucun temps. Il n’en faut pas plus pour des gens de cœur.

Quant à ceux qui ne voudraient pas profiter de ces avantages, il y a les prisons et les asiles où ils mériteraient. de croupir.

Que de jeunes gens riches, obligés, quoi qu'ils ne s'en doutent pas, à soulager la misère du prochain, pourraient,

tout en passant agréablement leur vie, procurer l'existence à plusieurs familles, en établissant des fermes modèles ! Au lieu de dépenser follement leur bien, de s’étioler dans le désœuvrement et d’être la risée, le scandale et la malédiction du peuple, ils en seraient l'admiration et la providence.

Quelle est grande la responsabilité de ceux qui souv riches, surtout quand il serait pour eux si doux et si profitable de faire le bien.

Je m'arrête ici quoique je sois loin d’avoir fini de penser à tant de choses qui intéressent cette grande cause de la colonisation, le salut de notre peuple.

Je prie Dieu que ces pages, dont on ne discutera pas la sincérité, inspirent à ceux qui les iiront, la sainte passion de promouvoir les intérêts de cette cause religieuse et patriotique.

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La colonisation. — Son importance. — Devoir de tous d'en promouvoir les intérêts. — Paroles de l’Hon. Chapleau. — L'agriculture est-elle rémunératrice en ce pays. — Pour réussir il faut avoir les vertus des premiers pionniers.

Où conduire les colons? Surtout dans la Vallée de l'Outaouais. — On s'empare de la Province d'Ontario. — Appréciation de M. l'abbé Proulx sur cette vallée de l'Outaouais. — Paroles de M. ka. meau. — En quoi consiste cette vallée ?

L'intérêt que portent à la colonisation l'épisccpat, le clergé et les hommes politiques. — Paroles de Mgr Bourget, de Mgr Fabre, de M. l'abbé Dugas, de M. l'abbé Provost, de Sir George Cartier, de l’'Hon. Mercier. — La politique des gouvernements. — Discours de l’hon. Beaubièn à la législature en 1893. — Institutions propres à promouvoir les intérêts de la colonisation et de l’agriculture. — La société générale de colonisation et de repatriement de la Province de Québec. — Son but, — Ses œuvres. Offrande de l’auteur.

Où aller passer l'été. — Scène de départ. — Ce qu'il faut pour 8e mettre en route. — Avec qui faire le voyage. — Réflexions de salle d'attente.

St-Jérôme. — Son origine. — Sa situation. — Ses ressources. — Ses institutions. — Réflexions sur l'éducation des filles. — Octrois aux communautés enseignantes. — Population de St-Jérôme. — Une tourbière, — Les mines. — Le bois, la chasse. — Souvenir du jeune âge. — Les notabilités. — Le curé Labelle. — Sa sainte mère. — En route pour St-Sauveur. — La barouche. — Le colon Bigras. — Le commerce des framboises. — Réflexions sur les

noms donnés à uos cantons.

La route de St-Jérôme à St-Sauveur.—Le Pont Shaw. — Les étrangers. — Les préjugés religieux. —St-Sauveur. — Sa population. — Lettre du Rév. M. St-Pierre. — Le canton Morin. — Un tour

. de jeunes gens,

En route pour Ste-Adèle.— L'industriei Matte. — Le chemin de fer.— L Ste-Adèle. — Chansons. — L'Hon. juge Morin. — Les notabilités de Ste-Adèl:. — Leur influence sur le peuple. — Les Canadiens lisent peu, mais observent. — Lettre du Dr Grignon, — L'état géologique du canton Morin. — Une farce à propos de métaux,

— Les crétins. — Remèdes,

En route pour Ste-Agathe. —La Montagne du Sauvage. —Ses premiers habitants. — Système de milice. — Reboisement. — Fabri. cation du sucre d'érable. — Poteaux indicateurs. — M. Marier. — Ste-Agathe. — Le Dr Larocque. — Les notables, — L'hôtel Godon. — Mon oncle Antoine et ma tante Lilique. — Le lac des Sables. — Abercromby. — Le Couvent. — L'éducation des filles. — Un programme à 1aéditer. — Le lac Manitou. — L'élevage du poisson. — M. Behémier. — La ferme du Manitou. — Concours agricole de 1894. —Discours des Honorables Nantel et Beaubien.

La route pour St-Faustin. — Nos jeunes compagnons. — Lec oiseaux. — Le castel du colon. — La literie. — La Repousse. — Un repas sous le pouce. — Canton Wolfe. — St-Faustin,

St-Jovite. — Ses personnages. — Son industrie. — La rivière au Diable. — Les établissements de St-Jovite. — Nos bois en ébénisterie. — Le curé Ouimet. — Sa mère. —La Montagne Tremblante. — La culture des fleurs, des abeilles, du trèfle blanc. — Canton Salaberry.

De St-Jovite a la Châûte aux froquois (Labelle). —La Rouge. — Les chantiers. — Le commerce de bois. — Citation de M. Tassé, — Les raftsemen—Chanson de voyageurs. —Forestiers et voyageurs de M. Taché. — Statistique eur la vente des bois. — Leur valeur, — Les travaux du gouvernement pour favoriser ce commerce. — Protection des forêts. Nomenclature de nos bois. — Leur \tilité industrielle. — Inconvénient de bràler le bois pour défricher. — Utilité des cendres. — Le bassin de la Rouge au point de vue

agricole.

haw. — Les étranr. — Sa population.

Morin. — Un tour

Le chemin de fer. — 1. — Les notabilités , — Les Canadiens Grignon, — L'état Jropos de métaux,

uvage. — Ses preisement. — Fabri.

surs. — M. Marier.

otables, — L'hôtel ique. — Le lac des lucation des filles.

Du. — L'élevage du nitou. — Concours antel et Beaubien.

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