‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 2 sur 77 · F4, OI · texte numérisé non relu

F4, OI

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CE Les sources! | ,

IT. — Considérations générales sur la colonisation militaire. — La Lécion : sa raison d’être, son organisation, ses avantages.

II. — Plan de l’ouvrage : les tendances, les idées, les essais ; la politique ihdigène, les systèmes opposés.

Dans la proclamation (1) que le lieutenant-général Bugeaud adressa aux habitants de l'Algérie, le jour même de son arrivée à Alger. il affirmait qu'il serait colonisateur ardent : « La guerre indispensable

aujourd’hui, disait-il, n’est pas le but ; la conquête serait stérile sans la colonisation». 11 y invite les colons à ne plus construire de fermes isolées, comme l'avaient fait ceux dont les établissements, épars dans la Métidja, avaient été balayés par la tourmente de 1839 : il les presse de se réunir dans des villages défensifs, d'y former de fortes agglomérations, d'étendre leurs cultures, de provoquer l’afflux des capitaux, afin de fonder sur cette côte africaine quelque chose de grand, de «vital et de fécond».

De telles paroles devaient $tonner dans la bouche d’un Général qui, jusqu'alors, s'était prononcé non seulement contre la colonisation. mais encore en faveur de l’abandon de notre conquête africaine. Aussi Bugeaud a-t-il le courage, — ce n’est peut-être iei qu'une habileté, — de rappeler son opinion d'autrefois : jadis, en effet, il avait pensé qu’une si vaste entreprise exigerait, pour être menée à bien, uné nombreuse armée et de lourds sacrifices financiers, qu'au surplus

la politique de la métropole en Europe s’en trouverait embarrassée et sa prospérité retardée .

Ma voix n’était pas assez puissante pour arrêter un élan qui est: peut-être l'ouvrage du destin. Le pays s’est engagé : je dois le suivre. J'ai accepté la grande et belle mission de l’aider à accomplir son œuvre ; j'y consacre désormais tout ce que la nature m’a donné d'activité, de dévouement et de résolution.

Cet engagement solennel, le nouveau Gouverneur général ne le

(1) Moniteur Algérien, 23 février 1841.

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tiendra-t-il pas durant les sept années qu'il restera en Algérie ? En toute occasion, ne se montrera-t-il pas partisan résolu de l'œuvre colonisatrice, passionné même et d’autant plus décidé à la POUR UE qu'il y avait d’abord paru plus hostile ? Son esprit était prompt à adopter une solution, sa volonté plus prompte encore à en HNpOser les moyens d'exécution. Rien ne pouvait l'arrêter, ni les difficultés matérielles qui pourtant étaient immenses, ni l’hostilité des hommes que provoquaient sa rude franchise de soldat et parfois aussi la brutalité de son geste. Colonisateur, il le sera, mais à sa manière et selon ses idées qui sont exclusives. à

Les Sources

Toutes ses préférences allaient à la colonisation militaire ; elle seule devait donner à la France le moyen d’asseoir sur des bases inébranlables son autorité dans l'Afrique du Nord ; elle seule lui per-, mettrait de constituer rapidement, à côté du peuple arabe, une population vigoureuse et disciplinée, d’origine européenne et surtout française ; elle seule libérerait la métropole du fardeau financier qui pesait sur le pays du fait de l'occupation. Aussi la colonisation militaire sera-t-elle la pensée constante de Bugeaud.

A l'exposition et au développement de son système, il a consacré de nombreux ouvrages dont quelques-uns seulement étaient connus. En dehors de son Mémoire sur notre établissement dans la Province d'Oran (1), paru en 1838, trois années avant sa nomination au poste

(1) On trouvera, dans la Bibliographie que nous donnons au début de cet ouvrage, une énumération complète des ouvrages de Bugeaud ou de ceux qui lui ont été attribués. Nous avons ajouté pour chacun d’eux l'indication rapide des idées essentielles qui y sont contenues.

Nous avons fait précéder cette liste de publications d’une étude sur les sources manuscrites auxquelles nous avons puisé : lettres conservées dans les Archives de la Colonisation à Alger, correspondance militaire du Maréchal dans les dossiers du Ministère de la Guerre, documents administratifs aux Archives Nationales, lettres à des particuliers à la Bibliothèque de l’Arsenal, C’est dans cette Bibliographie que sont insérés les détails techniques auxquels on aura recours pour les consulter. |

Enfin, dans notre index bibliographique, sont contenus quelques détails sur les périodiques où l’on rencontre des articles documentés, se rapportant à cette

période de la colonisation algérienne, puis une liste des ouvrages d'ensemble et des brochures d'occasion sur le même sujet.

de Gouverneurgénéral, il publia dès 1842 un véritable ouvrage, se tulé : l'Algérie ; des moyens d'utiliser et de conserver cette conquête. En 1844, il envoya au Ministre de la Guerre un long rapport que le Maréchal Soult fit autographier à plusieurs exemplaires et distribuer aux membres de la Commission de colonisation de l'Afrique. En 1846, puis en 1847, nouveaux mémoires, ceux-là imprimés et adressés aux députés et aux pairs par les soins de Bugeaud, l’un sous le titre : Quelques réflexions sur trois questions fondamentales de notre établissement en Afrique. le dernier sous cet autre : De la Colonisation de l'Algérie. |

Ce n’est point cependant dans ses brochures que l’on peut découvrir l’exposé le plus vivant et le plus complet de son système. Il convient d’aller le chercher dans ses articles de journaux et surtout dans sa correspondance. Lui qui n’aimait point la presse ne pouvait cepen: dant pas résister au désir de se servir d’elle pour publier ses bulletins de victoire et propager ses idées ; tels de ses articles, parmi les plus mordants et les plus agressifs, sont datés des bivouacs de son armée ; il y défendait avec âpreté et souvent avec émportement des idées dont le caractère absolu et l’expression hautaine et tranchante éloignaient d'elle ceux-là même qui auraient eu quelques dispositions à les admettre ; ses lettres célèbres à un député, Gustave de Beaumont, où à un publiciste, M. André Cochut, lui aliénèrent plus de sympathies qu’elles ne convertirent d’hésitants à son projet.

Avant tout, il fallait réunir les nombreuses lettres qu'il avait écrites au Ministre de la Guerre ; on en connaissait quelques-unes, mais la plupart étaient restées secrètes, et c’étaient les plus importantes ; beaucoup avaient trait à la colonisation. Jamais Gouverneur général n’écrivit plus longuement et plus souvent au Ministre dont 1l dépendait, revenant sans cesse sur les principes qui lui étaient chers, se faisant de plus en plus pressant, de plus en plus exigeant, au fur et à mesure qu’il sentait grandir contre lui l'opposition de la presse, des Chambres, de l'opinion publique et même du gouvernement. Il lutta sept années. Or, de ce conflit, les documents connus laissaient seulement soupçonner la gravité, sans en préciser les mille incidents, sans én marquer aussi les origines. On savait que la bataille avait été chaude autour de ses projets, qu’au choc des systèmes s'étaient mêlés des conflits d’autonté, des froissements d’amour-propre, des animosités et des rancunes personnelles ; on n’ignorait même pas que cette lutte, déprimante et stérile, avait entravé l'essor de la colonie, qu’au nom de la colonisation militaire à peine ébauchée on avait repoussé

RAR la colonisation civile toute prête, qu’on s'était épuisé en vains efforts, ce qui justifiait cette parole d'un contemporain, M. Lingay (1): «Les hommes ont arrêté les choses». Mais ce que l’on savait, suffisant pour éveiller la curiosité, ne l'était plus pour la satisfaire.

La correspondance officielle de Bugeaud avec le Ministre de la guerre demeure malheureusement éparpillée çà et là. A Alger, dans les archives du Gouvernement général, nous avons trouvé le fonds le plus important ; il consiste en un grand nombre de lettres, tantôt réunies en un dossier particulier, tantôt disséminées dans les cartons des centres de colonisation. Les premières, une cinquantaine, les plus longues et les plus intéressantes, presque toutes écrites de la main même du Gouverneur, traitent des principes de la colonisation et plus spécialement de ceux de la colonisation militaire ; il en est qui ont les proportions d’un rapport. Les autres, en quantité beaucoup plus grande mais de valeur très inégale, sont mélangées à des pièces administratives et se rapportent aux difficultés particulières qu’entraîne la création des centres ; certaines offrent pourtant un intérêt exceptionnel, comme celle où le général Bugeaud nous raconte les débuts de la compagnie des soldats libérés à Aïn-Fouka. II nous a fallu des mois et même des années de recherches pour ne laisser échapper aucune pièce, pouvant servir à cette étude. Nous devons à la bienveillance de tous les Gouverneurs, qui se sont succédé à Alger depuis une quinzaine d'années, l’autorisation de fouiller librement dans ces Archives Algériennes, si riches en ce qui concerne la colonisation et demeurées si ignorées. . ;

A Paris, au Ministère de la Guerre (2), nous avons pris connaissance de la correspondance militaire de Bugeaud ; la précaution était nécessaire. En effet, lorsque le Gouverneur écrit au Ministre, il lui rend bien compte en premier lieu de toutes les opérations militaires qu’il vient de diriger soit personnellement, soit avec le concours de ses lhieutenants, mais il ne termine presque jamais une de ses lettres sans : lui parler aussi des travaux coloniaux en cours d'exécution, de l’état général du pays, des projets de création de centres ; il y a là des détails du moment, que l’on ne retrouve pas ailleurs et qui sont précieux, Chose plus curieuse, à ces lettres du Gouverneur sont mélés

(1) Lingay : La France en Afrique, Paris, Direction du Musée des Familles, 1846 ; page 195.

(2) Il nous a été possible de consulter ces documents grâce à une recommanda-

tion particulière de M. Révoil et à l’obligeance de M. le commandant Levé, aujourd’hui général.

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des billets du comte Guyot, Directeur de la colonisation ; ils furent adressés à un chef de bureau de la Direction de l'Algérie au Ministère de la Guerre, M. Fellmann, et versés probablement après la mort de ce fonctionnaire dans les Archives de la Guerre. Ces confidences, échangées entre deux amis, sont des plus suggestives et ne laissent

point de jeter quelque lumière sur les intrigues qui se nouaient à Alger dans l'entourage du Gouverneur contre les autorités civiles, aussi bien que sur les projets du colonel Marengo et les villages que construisaient les condamnés militaires, sous la direction de cet officier supérieur,

Aux Archives Nationales, le nombre des dossiers, concernant cette période de l’histoire de l'Algérie, est très grand ; faut-il ajouter que la qualité n’y répond pas toujours à la quantité ? Que de papiers, simples lettres de transmission ou accusés de réception, sans valeur documentaire, enfouis dans des cartons que l’on n’avait pas ouverts lorsqu'il y a quelques années nous demandâmes à les consulter ! On fut obligé de les estampiller avant de nous les communiquer (1). Il s’y rencontre toutefois des pièces curieuses, comme ces lettres qu’un certain Avio, de Toulon, adressait au secrétaire du gouvernement à 3 Alger pour le tenir au courant presque Jour par jour des préparatifs effectués en vue des prochains mariages au tambour ; on y rencontre aussi, mais plus rarement, des documents d’une importance capitale. Nous avions longtemps cherché, sans pouvoir les découvrir, les ins- * tructions ministérielles de Soult à Bugeaud sur les mesures qu'il convenait de prendre pour hâter les progrès de la colonisation ; un heureux hasard nous les fit découvrir au milieu de papiers qui n’avaient aucune relation avec ce document. Nous avons aussi puisé dans ces Archives les rapports que nous citons de la grande Commission de colonisation, présidée par le due Decazes, — une des plus laborieuses parmi les nombreuses Commissions africaines, une de celles dont les travaux sont les moins connus. — À parcourir ces lettres et ces rapports, on a l'impression très nette qu'on y a fait, certain jour, un rapide triage detoutes les pièces intéressant la colonisation algérienne et qu’à dessein, on en a retiré les plus importantes. N'est-ce pas ce qui a eu lieu lors de la suppression du Ministère de l'Algérie sous le sécond Empire ? Cela explique pourquoi des documents, ayant fait incontestablement partie des mêmes dossiers, se trouvent aujourd’hui, moitié à Alger, et moitié à Paris.

(1) Depuis cette époque, on les à catalogués ; un précieux inventaire en a été

dressé.

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