‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 4 sur 77 · OR TT · texte numérisé non relu

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des événements militaires, par des discussions de doctrines sur les. meilleurs moyens de coloniser l'Algérie. Le Ministère avait demande au Maréchal, comme aux deux lieutenants généraux commandant à Oran et à Constantine, des rapports sur les zones utilisables et la meilleure manière de les peupler et de les exploiter. Il reçut, comme il devait s’y attendre, étant donné les divergences d'opinion qu'il connaissait chez ces trois officiers supérieurs, des réponses qui contenaient chacune un programme détaillé et des méthodes de réalisation très opposées. De ces systèmes, la presse s’empara pour les discuter et les comparer et elle se montra généralement favorable à celui de Lamoricière, tandis que le Ministre de la Guerre préférait celui de Bedeau. La faveur dont ils jouirent l’un et l’autre sera une des causes de l’échec des colonies militaires et, à ce titre, nous devons en présenter un exposé äu moins succinct. Nous insisterons sur les critiques que leur adresse le Maréchal.

Or, la principale sera la difficulté de se procurer des terres en quantité suffisante sans spolier les indigènes ; successivement, on parla de resserrement, de refoulement et de cantonnement des tribus ; on agita le preblème de la terre arch : était-elle une propriété beylicale dont l'Etat français, successeur du beylik, était en droit de s'emparer, ou bien une propriété collective et incommutable de la tribu ? C’est sous prétexte de défendre les droits menacés des Arabes que le Gouverneur combattra les propositions de resserrement de Bedeau et les mesures de refoulement de Lamoricière. l

C’est aussi au nom de ces mêmes droits, qu’à l’instigation du Directeur des Affaires Arabes à Alger, le colonel Daumas, il suspendra les travaux de colonisation civile du comte Guyot dans la Métidja. Voïlà pourtant une forme de peupler l'Algérie qui est semblable, par plusieurs côtés, à la sienne ; l'Etat choisissait les immigrants, leur donnait toutes facilités pour se rendre à Alger, eux et leurs familles, les installait dans des centres dont l'emplacement avait été fixé par ses agents, leur distribuait les matériaux pour bâtir leurs maisons, les semences pour emblaver leurs champs. On avait peuplé ainsi une partie du Sahel et on abordait la Métidja quand tout fut brusquement arrêté. Assurément, les colons qu’on établissait étaient des civils; mais la raison était-elle suffisante ? Les critiques répétées de Bugeaud contre tout ce qui n’était pas la colonisation militaire ne vont-elles pas se tourner contre son propre système ? En définitive, ne sera-t-il pas l’artisan de son propre échec ?

= JB Le 30 mai, avant de quitter ses hautes fonctions, il faisait ses = \ , , 0) . , 0 .

adieux à l’armée d'Afrique dans une proclamation où il se plaisait A . .

à rappeler les travaux des officiers, des sous-officiers et des soldats et à exalter les mérites des uns et des autres :

Vous avez (1) trouvé glorieux de savoir manier tour à tour les armes et les instruments de travail; vous avez fondé presque toutes les routes quiexistent ; vous avez construit des ponts et une multitude d’édifices militaires ; vous avez créé des villages et des fermes pour les colons civils ; vous avez défriché les terres des cultivateurs trop faibles encore pour les défricher eux-mêmes ; vous avez créé des prairies, vous aves semé des champs et vous les avez récoltés. Vous avez montré par là que vous étiez dignes d’avoir une bonne part dans le sol conquis et que vous sauriez aussi bien le cultiver que le faire respecter de nos ennemis. Il est des armées qui ont pu inscrire dans leurs annales des batailles plus mémorables que les vôtres. Il n’en est aucune qui ait livré autant de combats et qui ait exécuté autant de travaux.

Cet éloge était mérité ; c’est la part de la vérité.

Mais le même jour, Bugeaud fait afficher sur les murs de la ville une seconde proclamation, celle-là à l’adresse des civils. Elle n’est point animée du même esprit de bienveillance et d’équité ; elle ne ménage pas à la population les reproches et prétend la mettre en garde contre des espoirs chimériques. Le Maréchal prend à témoin | ces colons qu’il a accompli et au delà le programme qu’il s'était tracé et qu'il leur avait annoncé en 1841 ; il a étendu la domination francaise sur tout le territoire de l’ancienne Régence et il a été colonisateur ardent. La crise financière qui pèse en ce moment sur la colonie

est le résultat de spéculations exagérées et irréfléchies ; ce n’est pas son œuvre. En terminant, il s'élève contre l'attitude hostile de cette population civile :

Votre impatience (2), naturelle sans doute, mais peu réfléchie, vous fait sans cesse et en toutes choses devancer la marche du temps. Vous voudriez tout improviser à la fois, comme si on fondait, en quelques années, sur un sol nu, un pays à l’image de la France ; c’est l’œuvre des siècles. Cette impatience vous rend souvent injustes envers vos administrateurs. Vous vous en prenez presque toujours aux gouvernants de ce qui doit n'être attribué qu'aux difficultés des choses. Ces difficultés vous les mesurez rarement; vous considérez peu l’ensemble général de nos ‘nécessités et vous ne voyez la plupart du temps que les intérêts qui vous touchent de plus près.

(1) Moniteur Algérien, 5 juin 1847.

(2) Moniteur Algérien, 5 juin 1847.

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