‹ La Colonisation Militaire sous BugeaudChapitre 60 sur 77 · NÉ · texte numérisé non relu

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qu’il fallut s’incliner. Mais on confia l’enquête à deux officiers des Bureaux Arabes et l’on savait bien quel en serait le résultat. M. Hanoteau, capitaine du Génie, dut étudier la Métidja orientale, M. Péletingeas, lieutenant d'artillerie, la Métidja occidentale.

Dans les instructions qu’il leur donna, Daumas prit d’abord sur lui de restreindre le champ de cette enquête. Il leur recommanda ensuite de compter dans la population indigène tous les Arabes qu’ils trouveraient présents sur les lieux lors de leur passage ; or, 1l n'ignorait pas qu'à ce moment il y avait dans la plaine de nombreux fellahs, des Ouled Sidi Hadjerès, des Beni ben Yacoub, des EI Abaziz, qui, fuyant les sauterelles, étaient accourus de fort loin pour s'installer près des fermes. Cela devait permettre de constater un chiffre de population sensiblement supérieur à celui qui, en temps normal, aurait été relevé, mais cela permettait aussi de dire que la plaine était fort peuplée et par suite qu’elle n’avait pas besoin de nouveaux habitants. Les officiers enquêteurs s’aecordèrent tous deux — qu'ils en aient reçu l’ordre verbal ou qu’ils se'soient concertés entre eux — pour rééditer dans leurs mémoires les accusations portées jadis par leur Directeur : actes d'arbitraire et d’oppression des colons, iniquités de certaines mesures administratives et politique maladroite que l’on avait adoptée vis-à-vis des Indigènes. Leur partialité fut telle, elle était si manifeste que le nouveau Ministre, le général Trézel, un africain cependant, blâma en des termes très vifs les officiers enquêteurs : « Je désire (1) que la Direction des Affaires Arabes et les bureaux qui «en dépendent se considèrent à l’avenir non pas comme uniquement «chargés de protéger et d’administrer les intérêts indigènes à l’exclu- «sion des autres intérêts, mais comme organisés pour les concilier au- «tant que possible avec les intérêts européens et préparer des voies, «des facilités, des moyens de toute nature à l’œuvre de la colonisa- «tion par un ensemble de mesures sagement combinées, cantonne- «ments, transactions à l’amiable, revendication des droits de l'Etat cusurpés dans la confusion de la guerre, déplacements volontaire- «ment consentis ou prudemment amenés, échanges et concessions, «etc., etc. Je conçois que, jusqu’à ces derniers temps, la Direction et «les Bureaux Arabes se soient surtout et presque exclusivement pré- «occupés de l’organisation et de l’administration des Indigènes et « qu’ils aient négligé ou peu compris cette partie de leur mission et de

(1) Ministre de la Guerre au Directeur général des Affaires nee 20 juillet 1847. Archives des Affaires Indigènes.

«leurs attributions. Mais, maintenant que la paix est venue, il ne «doit plus en être ainsi, et je désire que vous fassiez connaître d’une «manière précise à la Direction des Affaires Arabes, aux Directions {provinciales et aux bureaux quelles sont mes véritables intentions «à cet égard».

Il n’est pas possible de condamner plus explicitement les errements des bureaux. Quoique rédigées en un style administratif dont l’auteur cherche malgré tout à éviter les expressions blessantes, ces instructions ne contiennent-elles pas la critique la plus vraie et en même temps la plus énergique de cette politique toute de complaisances à l'égard des Indigènes et de tracasseries vis-à-vis des Européens ? Dans la Commission qu'institua un peu plus tard le nouveau Gouverneur général, le duc d’Aumale, avec mission de délimiter les propriétés de la Métidja, entrèrent le Directeur central des Affaires civiles comme président, deux auditeurs au Conseil d'Etat, divers conseillers des Affaires civiles, un officier de l’Etat-Major général et simplement un officier de la Direction centrale des Affaires Arabes comme membres. La proportion infime, réservée à la représentation des Bureaux Arabes, indique bien l'intention du gouvernement, sinon de les évincer entièrement, du moins de ne point leur laisser y prendre une place prépondérante. Leur rôle sera donc assez effacé pendant quelques années jusqu’au moment où, sous l’Empire, leurs officiers auront réussi à se pousser aux plus hautes fonctions du Ministère de la Guerre ; ce sont eux qui provoqueront alors la fameuse lettre de l'Empereur sur le royaume arabe.

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