CHAPITRE XVII
Les Antilles.
I. Situation. Climat. — Les petites Antilles ferment en quelque sorte le golfe du Mexique, dont le fond est constitué par l'isthme de Panama et par l'Amérique centrale. Lorsqu'on considère sur une carte la chaîne montagneuse de l'Amérique centrale d'une part et de l'autre la chaîne des petites Antilles, on voit qu'elles sont la bifurcation des Andes de l'Amérique méridionale : une des branches se continue sur la côte occidontale de l'Amérique du Nord, sous le nom de Cordillère des Andes; l'autre, celle de la chaîne des Antilles, se continue avec les monts AUeghanis. Ces lies forment deux rangées :
(dos orientale on du vent est calcaire ; la plus occidentale sauê le vent est volcanique.
L*année y est partagée en deux saisons : l'été ou hiver» ge, saison humide et Thiver, saison sèche; la température >jenne est de -f- 26'', mais elle est rendue plus facile à pporter par la douceur des matinées et des soirées, qui sont tioieoses; malheureusement les ouragans sont fréquents et lisent souvent des ravages considérables ; ils s*accompagnent rfois de tremblements de terre : ainsi en 1718 tous les »ojrers de la Martinique furent détruits; en 1776 toutes cannes et tous les cotons furent déracinés ; le tremblement 1843 tua 5000 personnes à la Guadeloupe et occasionna iir 80 millions de pertes. Â la Martinique Fort-de-France . détruit en 1859.
Insalubrité. La nature du sol et le peu d'altitude rendent climat des Antilles assez insalubre : les maladies des isseaux lymphatiques sont fréquentes; la fièvre jaune md tous les 6-8 ans environ un caractère épidémique, qui maintient pendant le même nombre d*années à peu près ; elle aque surtout les Européens non acclimatés; les créoles ont général un certain degré d*immunité, mais ils le perdent ivent, lorsqu'ils reviennent aux Antilles après avoir fait un our en France. Originaire du golfe du Mexique et de la e de l'Amérique du Sud, où elle est endémique, la fièvre me est souvent apportée aux Antilles par le vent sud-ouest. choléra fait souvent de dangereusies apparitions ; la phtisie extrêmement fréquente et elle suit une marche rapide. La mortalité est donc assez considérable : d'après le Walther celle des troupes a été, pemlant une période de ans, (lei),ll pour 100 en moyenne; elle varie d'ailleurs 1,08 pour 100 dans les lx>nnes années à 23,45 pour 100, sque sévit la fièvre jaune.
II. Popri.ATioN. — La population des .\ntilles ne secom- ^ plus aujourd'hui que d'Européens, de nègres importés
(l'Afrique, de créoles blancs, de nègres créoles, de mulâtres. d*Indous et de Chinois. Les Caraïbes ont, en effet, été complètement détruits. Mais nulle part le préjugé ridicule de la couleur n'est plus vivace et la population s'y partage en réalité en deux portions très tranchées : les blancs et los gens de couleur.
Les blancs sont évidemment acclimatés aux Antilles, puisqu'il existe une population créole; mais cet acclimatement est difficile ; Rochoux allait même jusqu'à dire : « Qu'on ne saurait peut-être citer des exemples de créoles à la troisième génération de père et de mère, sans croisement avec du sang européen. » Les créoles ont un type très spécial et très facilement reconnaissable, même en dehors de leur accent, qui est très caractéristique; leur taille est souvent assez élevée; les reliefs musculaires sont chez eux peu accusés; leur teint est généralement pâle et terreux ; leurs cheveux sont plus souvent châtains que noirs; leur barbe est peu fournie; les hommes sont généralement maigres, mais les femmes ont souvent de la tendance à l'embonpoint.
Les nègres sont facilement acclimatés aux Antilles; le nègre créole est moins lourd que le nègre africain; il est plus intelligcMit, plus affectueux, mais il est généralement moins fort.
Les '^nxdâtres sont nombreux. Jouissant de riromunité de la race noire pour la fièvre jaune et de son aptitude aux pays chauds, ils présentent en outre les qualités intellectuelles du hlanc; l'avenir leur appartient donc évidemment dans ces colonies, où seuls ils sont capables de travailler la terre. Malheureusement les blancs ne comprennent pas, que l'élévation, réducation, la liberté du citoyen noir sont la seule saovogardo de nos colonies; indignés de voir les esclaves d'hier armés d'un bulletin de vote ils poussent le préjuge de la couli»ur jusqu'à s*écarler de la boîte du scrutin, parce que la main noiroy jette son bulletin. Ils se condamnent eux-mêmes. impuissants qu'ils sont à arrêter l'essor et le développement do la race mulâtre, qui dominera certainement quelque jour
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et qmi& Imt istérét comme leur devoir de frères atnés sentit A*éliew%t et d^instraire sans retard !
III. Travaux publics. — Le devoir des blancs serait, en oubliant toates les anciennes inimitiés de couleur, de multiplier les écoles d'agriculture, comme il en existe déjà une i la Goedeloiipe, de compléter le réseau des chemins de fer économiques. De riches soufrières pourraient être exploitées; la France cesserait alors d*étre tributaire de Tltalie. Croirait-on qo*on a refusé à un colon Tautorisation de le faire ! La Martinique prépare avec raison un arsenal maritime à Fortde-France en vue des besoins, que créera le percement de risthme de Panama. Tout cela est nécessaire et indispensable. Aetoellement le mouvement commercial de la Martinique est de 56 millions et celui de la Guadeloupe de 47 millions ; chacune de ces colonies nous coûte encore 3 millions, mais la Martinique fait entrer 13 millions et la Guadeloupe apporte 9 millions dans les caisses de l'État.
IV. CuLTURB BT ACCLIMATATION. — Les .\ntilles doivent i Taccli matât ion une grande partie de leurs richesses : la canne i sucre leur a été apportée d'Afrique; le café d'Arabie ; un grand nombre de plantes alimentaires sont venues de la côte de Guinée avec les nègres. On pourrait encore acclimater de nouvelles plantes : le D** Poyet conseille d'acclimater aux Antilles le caféier du Mexique] magnifique arbuste, qui atteint souvent des proportions considérables, que la maladie n'attaque jamais et qui (lonne]des récoltes extrêmement abon* dantes. 11 conseille également d'acclimater la candie à sun^e flu Mexique^ auprès de laquelle la canne de la Louisiane «*t relie des Antilles sont pauvres en sucre; tandis en effet que cesi dernières donnent au plus 10 pour 100, celle du Mexique donne 50 pour 100; cela serait d'autant plus utile, que la canne actuelle trouve aujourd'hui dans la betterave une con* currence redoutable, bien que depuis 1803 les colonies aient
le droit de fabriquer elles-mêmes leur sucre ; la culture de quinquina (C calisat/a, C. paludiana et C. lanceolala) a été tentée à la Guadeloupe et à la Martinique, mais je ne crois pas qu*on ait obtenu des résultats très satisfaisants.
Un grand nombre d*animaux se sont assez mal acclimatés: c*est ainsi que le bœuf, le cheval et le mulet dépérissent aux Antilles ; le mouton perd sa toison ; le porc perd sa tendance à Tengraissement.
Voyons au surplus chacune de nos lies des Antilles en particulier.