LB CIVILISÉ MAUVAIS VOISIN
e foule de ces maladies contagieuses, qu'on n'a qu'une seule s dans sa vie, parce qu'ils les avaient eues déjà. Ces cétres nous ont laissé quelque chose de Timmunité qu'ils aient acquise et nous naissons tous, à un certain degré, ccinés et mis à l'abri de leurs coups. Ces maladies nous Laquent moins facilement; elles le font moins gravement, uvenl même Timmunité que nous possédons vient, non de s ancêtres, mais de nous-mêmes, si nous avons eu la mala- } dans notre enfance. Nous vivons donc dans un état moyen relatif de demi-vaccination, qui donne à toutes ces maladies ntagieuses et de toute antiquité permanentes chez nous, 1 caractère très atténué. Il n'en est pas de même chez les pulations encore préservées de l'importation du germe morle. La maladie éclate alors brusquement; elle atteint tous i âges, elle tue tous ceux qu'elle atteint. Un navire emporte in port d*Europe le germe de la rougeole; aucun homme
l'équipage n'a cependant contracté la rougeole, parce que ut le monde Ta eue déjà; mais à peine le navire accoste-t-il i pays où la rougeole est inconnue, qu'éclate une épidémie rrible, qui fait périr la moitié de la population. Je pourrais er des exemples nombreux pour la rougeole, la variole, la
vre typhoïde, la syphilis et même pour la phtisie
Imonaire, dont le caractère inoculable et contagieux est jourd'hui démontré. C'est, rommeledit M. de Quatrefages,
mal iV Europe qui, partout où nous avons envahi, même peu près pacifiquement, les populations sauvages, les fait iparaitre. 11 n*y a donc là rien de mystérieux. En résumé, des deux causes qui rendent l'arrivée des Euroens dangereuse pour les |)euples enfants, celle que je viens exposer disparaîtra au fur et à mesure que ces populations iront été, par notre voisinage, de plus en plus acclimatées, mme nous-mêmes, aux germes des maladies; quant à la emière, celle qui a sa source dans la loi adéquation des substances, il ne tient qu'à nous de la faire disparaître : il suf- , pour cela, de cesser de voler leur terre aux sauvages et
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de leur apprendre, au contraire, quel intérêt ils ont à la cultiver.
Mais, pour cela, il ne faut pas traquer les indigènes comme on Ta fait en Tasmanie ; il ne suffit même pas de les cantonner à côté de nous, suivant des conventions plus ou moins respectées. Il faut que le colon se fasse Tami de la famille indigène, qu*il tende la main au père et lui dise : « Donne-moi ta fille. > Il faut, en un mot, qu*à la méthode de spoliation et de substitution, on fasse succéder la méthode des croisements.
§ 4. Utilité du croisement des immigrants avec les indigènes. — La femme indigène serait d'autant mieux venue au foyer du colon, que le défaut de la plupart des colonies à leur début, c*est de manquer de femmes. Il y a des colons qui émigrent précisément pour laisser leur femme, d'autres que leur femme ne veut ou ne peut suivre. En 1865 on comptait en Algérie 87 femmes pour 100 hommes, tandis qu*en France il existe 102 femmes pour 100 hommes ; à la Réunion on ne trouvait, à la même époque, que 61 femmes pour 100 hommes. Dans les colonies qui se recrutent de convicts, la disproportion de nombre entre les deux sexes est bien plus considérable encore.
Les Américains sont des gens trop pratiques, pour n*aToir pas signalé tous les inconvénients de l'absence relative des femmes : ainsi en 1857, comme on venait de constater dans l'état d'Iowa, que le nombre des hommes dépassait celui des femmes de 33 640, le journal The loxoa rejjorter fit appel à des Sabines volontaires, dans un article chaleureux, qui se terminait ainsi : « Nous sommes à court de 60000 femmes, nour établir une balance égale. » Mais ce déficit n'aurait eu lieu si les Anglo-Saxons avaient consenti à 8*alUer
ec la femme peau-rouge.
Cette infériorité numérique de la femme européenne dans les colonies n'est pas la seule raison qui milite en fayeor du croisement : je pourrais ajouter, en effet, la difllcolté
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qii*éproave la femme européenne à s*acclimater dans les pays chauds : cela a été constaté par les Hollandais comme par les Anglais ; aux Indes, les femmes anglaises sont sujettes à des pertes et le nombre des fausses couches est considérable.
En dehors de ces raisons il en est une plus importante et plus digne de toucher tous ceux qui s'intéressent à Tavenir des colonies, je veux parler de Tacclimatement : les oies européennes transportées à Bogota, dont je parlais tout à l'heure, ont mis 20 ans à s'acclimater à leur nouveau milieu ; mais s*il y avait eu déjà des oies à Bogota et qu'on eût fait des croisements entre les oies indigènes et les oies européennes, ces dernières auraient mis beaucoup moins de temps, pour arriver au même degré d'acclimatement. Il en est de même des hommes : les métis issus du croisement d'une race déjà acclimatée avec une race non encore acclimatée naissent avec un demi-acclimatement, de sorte que, si plusieurs générations se succèdent ainsi, l'acclimatement complet arrive très rapidement. Les types ne s'améliorent en somme que par les croisements ; c'est la sélection qui les perfectionne. Les Aryens migrateurs, dont j'ai déjà parlé, n'ont pas procédé autrement: outre qu'ils ne tentaient que le petit acclhnalenieut^ nes'avanrant que par étapes, ils se sont, dès le début, fortement croisés avec les populations envahies. Le métissage avec les indigènes est donc la voie la plus rapide, la seule peut-être que doive prendre une population, qui prtHondà s'acclimater dans un pays très difTérent du sien. C'est d'ailleurs vraiment à Ci* prix, que la colonisation devient un phénomène de reproduction social d'ordre élevé ; il s'agit bien vraiment, alors, di* la formation d'un individu social, qui est, en quelque sorte, la résultante de deux progéniteurn sociaux différents ; à ce prix seulement on crée une race coloniale; autrement on n'a que des marchands et des fonctionnaires.
Malheureusement ce côté vraiment pratique de la colonisation n'a jamais été compris ni même encouragé par les métro- Idoles : Louis XIV défendait même expressément les croise-
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ments à ses sujets des colonies , dans la crainte non dissimulée que « cessant d'être ennemis , le métis et ses parents de sang blanc ne pussent s'entendre contre la métropole. » Comme on reconnaît bien là la maxime des gouvernants : Divide et impereSj Diviser pour régner!
Le maréchal Pélissier avait cependant compris que la clef de notre colonisation en Algérie était dans le croisement des Français avec les races indigènes; encouragés depuis par M. Ricoux, les partisans de cette méthode avaient même proposé de permettre aux Français d'Algérie d'acheter des femmes indigènes et de se marier suivant la loi arabe. Malheureusement, ce qui serait plus essentiel que toute loi, les mœurs des colons ne sont pas disposées à ce croisement, car de 1867 à 1872, il ne s'est contracté en Algérie que 32 mariages croisés seulement ; cela est regrettable. Il y aurait pourtant on effort à tenter; ce serait non seulement de donner quelques avantages à ceux qui épouseraient une femme indigène, mais surtout de rendre par l'éducation et par l'instruction la femme indigène plus capable de charmer le foyer du Français et d'y jouer le rôle d'une épouse.
Je n*ignore pas qu'il est un autre obstacle à ces mariages; cet obstacle, qui se trouve surtout du côté des indigènes, c'est la religion. Il est triste qu'à notre époque on doive encore compter avec un pareil préjugé ; il est cependant permis d'espérer, que la religion mahométane, pas plus que ses rivales, ne résisterait à l'instruction laïque convenablement dirigée.
Mais à supposer qu'on triomphât de tous ces obstacles an croisement, quelques personnes se demanderont peut-être, au nom de la science, si le métissage n'est pas un moyen d'obtenir une race abâtardie; elles seraient d'autant plus excusables de se poser la question, qu'elle a déjà été tranchée dans le sens de l'affirmation par des savants d'un mérite incontestable. Pour eux le métissage est, dans l'histoire, la cause de la dégénérescence des peuples ; l'avenir n appartien-
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a*aox pur^ang. Biais Thistoire ne se charge-tF^Ue pas ment de donner un démenti à cettte théorie? Lies s civilisations des Assyriens, de l'Inde et de l'Egypte récisément l'œuvre de races mélangées et non d'nne nique. A quel moment les Arabes ont-ils tenu le flam- ) la civilisation ? A celui-là même, où ils se sont mélan- ^ les Maures et avec les Espagnols eux-mêmes déjà îs. Nous-mêmes Européens, qui ne sommes pas infé> k l'antiquité au point de vue de la civilisation, ne résulms pas d'un mélange de races inextricable et vingt fois elé? Je crois qu'il serait plus juste de dire, si, en » matière, les opinions trop absolues n'étaient le plus t fausses, que l'avenir appartient aux sang-mèlés. ^uatrefages a, du reste, formulé cette opinion en di- \ Une race, qui resterait complètement pure, fournirait, n temps donné, une certaine somme d'idées de pronais elle resterait stationnaire et demeurerait toujours même rerrle.» Si l'on voulait illustrer cette proposiir un exemple, on pourrait citer les Chinois, un des \ les moins mélangés et qui, dans le métissage de r, est, je le crois, appelé à jouer un rôle considérable, >us ne nous doutons pas assez en Europe. Rurplus il ne convient pas plus de dire, que tous les ^ont lK)ns, que d'affirmer qu'ils sont tous mauvais, élan^rcs, on général, valent plus ou moins, selon ce lent ellos-mémes les races composantes. Il y a, dans nit*'% d«»8 croisomonts qui nt» sont pas eupéniKsiqucs^ din* qui ne donnent pas des produits indéfiniment fé- »ntro oux et avec leurs parents; ceux-là sont évideméviter. La race australienne ne semble pas, |)our cette appelée» à figunT avantageusement dans les croiseil est, au contrains, des croisements parfaitement siques et dont l(>s métis ont de la valeur : ceux-là doire encourafzés.
t d'ailleurs un moyen bien simple de juger de la va-
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leur du métissage, c*est de compter les métis sur la terre et de voir quel rôle ils jouent. Sans doute nous sommes tous des métis, en ce sens qu*aucun de nous n*est de sang pur; mais, pour prendre un exemple plus frappant, nous ne nous occuperons que des métis, qui résultent des croisements de la race blanche avec les races à peau colorée. D'Omalius estimait approximativement le nombre de ces métis à 18000000.
Mais avant de les étudier, il importe de tenir compte de deux conditions : la première, c*est que le métis, celui du moins dont il est ici question et qui résulte du mélange de la race blanche avec une race colorée, est généralement dans une condition sociale inférieure : méprisé des blancs, il méprise ses parents colorés, qui lui rendent sentiment pour sentiment; il a donc une excellente excuse pour être resté, comme rendement social, inférieur à sa valeur réelle. La seconde condition, dont nous devons aussi tenir compte pour apprécier le rôle des croisements dans Tavenir, est plus avantageuse : ce mépris même, qui ne s'attache que trop souvent au métis dont je parle, a pour effet, que la femme métisse s'unit plus volontiers au blanc qu'à l'homme de couleur et cela d'autant plus, qu'elle se rapproche elle-même davantage de la couleur blanche. Il en résulte que, dans le croisement de deux races, une supérieure et une inférieure, le métis, par suite d'une sélection inconsciente, retourne, dans la suite des générations, au type supérieur.
Ceci dit, voyons quelle figure font dans le monde les métis très tranchés, les seuls dont nous parlions:
En Afrique, les Hollandais se sont unis aux Hottentotes: il en est résulté une population métisse, celle des Basters : ces Basters sont devenus nombreux et puissants ; ils ont même inquiété leurs voisins. Européens purs, qui les ont chassés et refoulés au delà du âeuve Orange, où ils continuent à prospérer sous le nom de Griquas. Ils ont de nombreux villages, s'adonnent avec succès à l'agriculture et à l'élevage du bétail; il faudra quelque jour compter avec eux. Divers