‹ La colonisation scientifique et les colonies françaisesChapitre 46 sur 122 · CHAPITRE I Algérie · texte numérisé non relu

CHAPITRE I Algérie

Le milieu coloniai. — La coloniiation.

La France entreprend aujourd'hui de reprendre, parmi les puissances colonisatrices, le rang qu*elle a perdu. C*est donc à elle, c'est à ses colonies, que je me propose de faire l'application (les principes, qui viennent d'être exposés. Nous allons passer en revue les différentes colonies, qu'elle possède dans le monde et rechercher comment s'y exerce et comment doit s'y exercer la colonisation. J'adopterai dans cette étude un plan, qui, toujours le même pour chaque colonie, nous permettra d'étudier successivement l'organe et la fonction, le miheu et la manière de s'y comporter, la matière première et la fa^on, le milieu colonial et la colonisation.

LE MILIEU COLONIAL Territoire. — Climat, — Population,

l. Tbrritoire. — L'Algérie, la plus importante de nos rolonies, est située sur la côte septentrionale d'Afrique. Elle ^*étend de 4« 8' long. G. à G» 50' long. E., de la Malouia A rOued-el-Zaln. Baignée au nord par la Méditerranée, verfl

370 lat. N. à Test, et vers 35<> lat. N. à Touest, elle se termiue au sud à une limite un peu vague dans les plaines sablonneuses, qui s'étendent au delà des oasis d'EUAghouat, de Tuggurt et de Ouergla, vers le 32o lat. N.

n»gions.

Le Tcll^ formé de chaînons parallèles à la côte enserrant Ak'^ vallées étroites, qui s'étagent les unes au-dessus' des autres sur une largeur moyenne de 30 lieues, peut se subdiviser lui-même en deux régions, une inférieure le long de la ni<T, une supérieure, le Tell montagneux. La première subit Taotion de la mer; sa température est la moins variable, elle |)résente deux saisons : une saison fraîche, qui dure de novembre à avril et dont la température moyenne est de ~|- 14* (maximum 4- ^1 "» minimum -f- 8*"); une saison chaude, qui dure de mai à octobre et dont la température moyenne est de

IL Climat. — On parle souvent du climat de l'Algérie : c'est un tort. Il n'y a pas un climat en Algérie, il y a plusieurs climats locaux^ qui dépendent des conditions diverses du point qu'on étudie. Ce qui différencie les climats locaux en '^ Algérie, c'est moins leur latitude que leur altitude et que leur l éloignement plus ou moins grand, soit de la mer source de fraîcheur, soit du Sahara source de chaleur : l'Algérie peui. à ce point de vue, se diviser en trois zones; elles sont délimitées par la double chaîne de l'Atlas, qui court parallèlemeDt à la côte.

La première est comprise entre la côte et la crête septentrionale de l'Atlas, c'est le Tell ; la seconde ou région des plateaux est comprise entre les deux crêtes, dont se compose la chaîne de l'Atlas ; les défilés de la seconde crête, la plus méridionale, donnent accès, comme autant de portes étroites, dans la troisième région, qui descend doucement vers le Sahara, c'est la région du Sahara, Dans le département deConstaoline on passe directement du Tell dans le Sahara. Des différences climatériques considérables différencient ces trois

-f-22^(maximum + 30**, minimum -f- 15*). Le Tell supérieur le se ressent plus de Tinfluence maritime : sa température noyenne est de -\- \Q^ (maximum -{- SS*"» minimum 0*).

C est à tort, qu'on croit généralement, que l'Algérie jouit 1* un été perpétuel. Cela ne serait vrai que pour Alger, mais lans les lieux élevés, à Batna, Sétif, Aumale, Médéah, Miliana, sur les plateaux montagneux la neige n*est pas rare; elle est perpétuelle sur les hautes cimes du Djurjura.

Le Tell est le siège de prédilection de la fièvre intermit- :ente, de la dysenterie, surtout dans le département d'Oran; le riiépatite, notamment dans le département d'Alger, bien {ue les progrès de la culture fassent tous les jours disparaître :os trois redoutables maladies. C*est dans cette région, qu'on irouve l'olivier {Olen europea)^ le fresne {Fraxinus ansff*nlîs), les chênes {Qkcvcus suber et Q. ilex)^ le Pislacia Irntisats qui donne le mastic, le palmier nain (Charnœrops h ntnilLs)^ le laurier rose (Nerium oleandcr)^ les cytises, les rnyrles. A mesure qu'on s'élève, le Climnœrops humilis dis- [)aniit, l'olivier cesse à 1 (XK) mètres, les forêts de thuya [Thuya articulata) commencent et accompagnent le IHnua nirjfpensis et le Cedrus lAbani.

La réL'inn des hauts plateaux, la région par excellence de l'alfa, t»st lar^^^ment ventilée, moins chaude et beaucoup plus sain** que la précédente; le froid nocturne y est souvent vif. Los haluUints, (jui appartiennent à la tribu de Hamyans et à L'«*lle des Harrars, tômoi^rnent par leur rusticité de l'excellence de ce climat, que nos garnisons savent également apprécier, lorsqu'elles ijuittent le Tell. TIemcem, qui appartient à cette rê^'ion, est très sain ; la longévité y est grande. C'est là une r^'gion beaucoup trop dédaigne* des colons, dont un certain nombre trouveraient sur ces hauteurs une facilité d'acclimalenjent, (ju'ils espèrent en vain dans les vallées du Tell : il suffit de s'y ganintir du froid des nuits. Mais la sécheresse lie crs vast-j's plaines |»endant la saison chaude, l'absence d*aulre eau <|ue celle des lacs salés ou choiU font oublier

les belles plantes fourragères du printemps et TEuropéen ne se sent pas attiré vers ce plateau, qui mérite cependant une réputation meilleure, que celle qu'il possède. Ou ne trouve plus \ sur les hauts plateaux que le JnniperuSy le Tamarix, de i nombreuses salsola, la Stipa tenacissinia (alfa des Arabes). '

Quanta la région du Sahara, celle-là n'est pas habitable: \ sa température moyenne est de -f- 21** 5 (maximum + 48, ' -\- 80° au soleil, minimum 0** et même — 8"*). C'est dans cette 1 région, dans les oasis des Zibans, que se trouvent les palmiers. Ailleurs se rencontrent quelques tamarix^ le lichen dit manne 1 du désert (Parmelia escideyita)^ le Thapsia garganica.

Parmi les animaux dangereux, sans parler des grands félins, il importe de citer les sangsues abondantes et dangereuses dans les cours d'eau du Tell, plusieurs scorpions, dont quelques-uns sont dangereux, et la vipère à cornes^ dange- | rouse même pour les chevaux et les chameaux. < Ne marche » jamais pieds nus, dit l'Arabe du Sahara, car les morsures de vipère sont toujours mortelles. »

III. Population. — La population totale des trois départements d'Algérie est, d'après le recensement de 1881, de \\ 310 412 individus, qui se décomposent ainsi :

Indigènes 2 886 531

Français 233 937

Autres Européens 189 944

Total 3310412

Si Ton défalque Tarmée et la population en bloc, ce chiffre peut être réduit, d après le D»" Ricoux, à 3254932. Si Ton conserve l'estimation territoriale faite en 1875, qui attribue à notre colonie d'Algérie une superficie de 31 833412 hectares, on peut donc estimer la densité de la population à 10,2 habitants par 1 kilomètre carré, chiffre qui est loin d*égaler celui qui exprime la densité de la population en Belgique, 181 habitants par 1 kilomètre carré, ni même celui de la

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