DE L*INDE FRANÇAISE EN GENERAL
I. Territoire. — En somme le territoire de ce qui est actuellement Tlnde française contient 50862 hectares.
II. Population. — La population était en 1876 de 284 522 habitants ainsi répartis :
Européens 1 660
Métis 1535
Indigènes 282 327
Indigènes. — Les indigènes, qui se composent de brahmanes ou prêtres, de kchatryas guerriers, de vaicyas agriculteurs et de soudras esclaves, rappellent les trois races, qui se sont superposées dans Tlndc et qui, sauf dans les castes tout à fait supérieures ou dans celles qui sont tout à fait inférieures, malgré la séparation qui existe entre elles, se sont plus ou moins mêlées.
Les autochtones de l'Inde étaient dos noirs différents des noirs africains; une invasion jaune est venue et les a refoulés dans les montagnes du Dekkan; l'invasion aryenne, blanche e>t venue enfin; c'est elle, qui a apporté la haute civilisation.
Il y a là aujourd'hui une race intelligente, qui mi^ en taletir |K)urrait revoir les temps pros|»ères, qu'elle a connus.
III. Colonisation. — § 1. Culture. — Le climat peat permettre de récolter plus d'un produit précieux : le riz, l'indigo qui a été introduit dans le sud il y a environ 100 ans, le coton, le bétel, le tabac, la canne à sucre, le coton.
§ 2. Industrie. — La principale industrie de nos agonies de rinde c'est la fabrication de ces cotonnades bleues, qui viennent eu Afrique sous le nom de guinées et celle de la mousseline. Mais Tintervention des machines a porté le dernier coup au tissage à la main, où depuis tant de siècles excellent les indigènes ; en outre le manque d'espace autour de plusieurs de nos territoires les a complètement stérilisés : Chandernagor, Mahé, Karikal sont aujourd'hui des villes mortes, qui ne peuvent se relever par l'industrie, parce qu'elles sont forcées de faire venir leurs matières premières du territoire anglais, où il y a à payer des droits de sortie considérables.
§ 3. Commerce. — Malgré tout, la puissance de ce pars est telle, que, en dépit du peu d'animation de nos colonies de rinde française, leur importation était cependant en 1878 de 8 346523 francs et leur exportation de 15220 483 francs, ce qui fait un mouvement d'aflFaires de 23567 000 francs.
Le commerce avec la France seule était en 1878 de 3622 189 francs et en 1863 de 8949413 francs : il est donc en baisse. En 1878, 438 vaisseaux étrangers sont entrés dans nos ports de Tlnde, 471 en sont sortis, tandis qu'il est entré 141 vaisseaux français et qu'il en est sorti 123.
Un nouveau rôle incombe à l'Inde depuis l'abolition de la traite : elle fournit de coolies nos colonies de la Réunion, dos Antilles et de la Guyane; elle en a ainsi exporté 70000 depuis l'abolition de la traite des noirs.
Actuellement l'Inde française ne coûte du moins rien à la métropole.
% A, Im France et l'Tnde française, — Nous avons penlu l'Inde; mais de tout ce roman, qui s'est déroulé au siècle dér-
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nier et où passent les figures non vulgaires de Martin, de Dupleix, de La Bourdonnais, de Bussy, de Lally-Tollendal et du bailli de SuSren, celles d'Hider-Ali et de Tippoo-Sahib, doit se dégager pour la France une grande leçon : montrer quelles fautes on aurait pu éviter, enseigner quelles vues étaient justes parmi celles des hommes, dont la postérité garde le souvenir; Thistoire n*a pas de plus noble fonction.
Or une grande figure < un Richelieu », comme le dit Henri Martin, domine toute cette histoire brillante, colorée, parfois cependant mesquine. Le rôle de la France dans l'Inde est tout entier dans la vie de Dupleix, qui d*abord petit employé de la Compagnie des Indes à Pondichéry, devint gouverneur de Chandernagor puis gouverneur général de Tlnde française. A côté de son mâle profil la postérité aime à projeter la vague silhouette d*une délicate créole, née dans Tlndoustan d'un Français et d'une Portugaise la Joama^ Begun comme la nommaient les populations, qui voyaient dans < la princesse Jeanne » une sorte de fée du bien.
L'idéal de Dupleix c'est le commerce non ce colportage de boutiquier, qui consiste à échanger des couvercles de boites à sardines contre des monceaux d'or et d'ivoire, comme c*est le rêve de plus d'un traitant, mais cette circulation du travail de l'homme, qui répand la vie partout, enrichit tout le monde et n'appauvrit personne. Son rêve n'était pas de mettre la colonie en coupe réglée au profit de la métropole, de canaliser ses richesses pour les faire monter comme par une pompe aspirante dans les caisses de la France, mais de civiliser l'Inde, de lui enseigner les bienfaits du commerce chez ellemême, à'/nde en Inde. « Il consacra, dit M. Gaffarel, la majeure partie de sa fortune au commerce d'Inde en Inde, qui lui avait si bien réussi à Pondichéry. II acheta et nolisa «les navires, se procura des chargements, ouvrit des communications avec l'intérieur et attira les marchands indigènes. Animés par son exemple les agents inférieurs secouèrent leur nonchalance. Dupleix avait pour tous de bonnes paroles et
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des secours effectifs. Aux uns il avançait de Targent. il s'associait aux autres ; il les encourageait tous. Chandemagor devint promptement un comptoir florissant. De 1731 à 1741. pendant les dix années de l'administration de Dupleix, plusieurs milliers de maisons furent bâties et soixante-quatorze bâtiments appartenaient, quand il partit, aux négociants de Chandernagor. Ces vaisseaux portaient les marchandises du Bengale à Surate, â Yeddo dans le Japon, à Djedda et à Moka sur la mer Rouge. Ils ranimèrent le commerce, jadis actif, de Bassorah. Ils pénétrèrent même dans les ports encore fermés de la Chine. Dupleix ne négligea pas non plus le commerce continental. Il établit des relations avec les principales villes de Tintérieur, même avec le Thibet. Chandernagor, sous sa vigoureuse impulsion, devint en peu d'années le plus florissant des comptoirs européens du Bengale. Les directeurs de la Compagnie appréciaient vivement Tavantage d'avoir investi de leur confiance un homme, qui n'hésitait pas à associer sa propre fortune â celle de rétablissement qu*il dirigeait et, à plusieurs reprises, ils lui témoignaient leur satisfaction. »
Avant tout il voulut être Tami des Indous, ce qui était bien mieux que de se déclarer l'ennemi des Anglais, comme fit plus tard Lally-ToUendal. Adoptant les coutumes, les mœurs indoues, tenant même à prendre son rang dans la hiérarchie indoue, sachant que, pour se faire aimer d*QD peuple, il vaut mieux être au milieu de lui qu'au-dessus et en dehors de lui, il tenait surtout à imposer la suzeraineté de la France aux princes indous, ne demandant en fait de conquête que juste ce qu*il en fallait pour sa sécurité et ne voulant d'autre armée qu'une armée indouc disciplinée à l'européenne.
Deux hommes étaient seuls capables de le seconder; c'étaient Mahé de La Bourdonnais et Bussy, qui eussent été les bras, lui étant la tête. Malheureusement la jalousie de Mahé de La Bourdonnais le jeta dans les bras des financiers et l'amitié que Dupleix portait â Bussy empêcha celui-ci de lui succéder,
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quand, accablé par l'envie et la calomnie de ses ingrats concitoyens, ce grand politique s'éteignit à Paris dans la misère. « J'ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma tie pour enrichir ma nation en Asie, écrivait-il peu de temps avant sa mort; d'infortunés amis, de trop faibles parents consacrèrent leurs biens au succès de mes projets; ils sont maintenant dans la misère et le besoin ! Je me suis soumis à toutes les formes judiciaires ; j'ai demandé, comme le dernier des créanciers, ce qui m'est dû. Mes services sont traités de fable ! Ma demande est dénoncée comme ridicule! Je suis traité comme l'être le plus vil du genre humain. Je suis dans la plus déplorable indigence. La petite propriété, qui me restait, vient d'être saisie. Je suis contraint de demander une sentence de délai pour éviter d*être traîné en prison. »
Dupleix mort, l'Inde nous échappa : Lally-ToUendal était intègre et vaillant; mais que dire d'un conquérant de l'Inde, qui méconnaît assez la puissance de la caste pour réquisitionner les Indous faute de chevaux et de bœufs et pour les faire attacher pêle-mêle à ses chariots brahmanes et parias ! C'est encore Lally-Tollendal, qui, bouleversant une pagode pour y chercher des trésors, fait attacher les brahmanes à la bouche des canons. Comme on était alors loin de la tradition de Dupleix! C'est encore Lally, qui, sur le conseil du Père Lavaur supérieur de la maison de Pondicbéry, s'avisa de réclamer, à main armée, au rajah de Tandjare une vieille créance oubliée depuis Dupleix : « C'est ainsi, dit M. Oaffarel, que nos soldats devenaient de grandes compagnies et que Lally s'abaissait au rùle de condottiere. »
Le bailli de Suflren rappelle Dupleix à quelques égards, mais en réduction. Comme lui il comprit l'avantage de l'amitié des Indous; mais il ne fut pas secondé et fut, jeune encore, enlevé, dans un duel, à la France qui avait tant besoin de lui : l'Inde nous échappait chaque jour davantage. En réalité l'Inde française n'existe plus.
Si la France n'était pas rattachée à nos compatriotes de
rinde par les liens de l'affection, on se prendrait à r^rettor, que le gouvernement français n*ait pas gardé Maurice, Tik de France, qui manque à Bourbon pour faire la paire de perles, ainsi qu'on les nommait jadis. En 1815, en effet lord Castelreagh proposa à la France d*opter entre la cession de rinde et la restitution de l'Ile de France et nous laissâmes perdre cette belle colonie. < On se demande, écrÎTit Victor Jacquemont, lequel était le plus inepte de celui qui le proposait ou de celui qui, maître du choix, abandonnait Maurice. »
Cela est d'autant plus regrettable, qu'une correspondance récente adressée au Moniteur des consulats montre que les Français sont à Maurice numériquement supérieurs aux Anglais et que ce sont eux, qui forment la véritable force, rélite de la population. Riches, très cultivés, doués de beaucoup d'énergie et de savoir faire ils se sont cependant vus jusqu'ici soigneusement exclus de toute fonction civile ou politique. Il y a plus : les termes de la cession de l'Ile i l'Angleterre ont été oubliés. « Nous nous étions engagés, dit le correspondant anglais, à respecter les lois et les coutumes du pays et nous avons banni des tribunaux l'usage de la langue française, ce qui entraine l'embarras et la dépense d'avoir des interprètes, car la population noire, en fait de langue européenne, ne parle qu'un français corrompu. Noos avons fait pire encore : nous avons vendu et laissé couper les belles forêts, que les Français avaient si sagement respectées et dont la destruction a eu pour conséquence de fatales sécheresses. Les gouverneurs anglais se sont succédé ici et il ne leur est jamais venu dans la pensée de tirer parti des admirables ressources, que leur auraient offertes la sympathie et le secours d'environ 10000 créoles français fort intelligents. Rien ne saurait être plus injuste pour les habitants, qui ne sont nullement rebelles, mais qu'on s'est aliéné et qui oublieraient promptement la manière dont ils ont été traités, si un gouverneur bienveillant travaillait à les réconcilier i la
icmunatioD britannique. On ne trouverait pas, par exemple, in plus beau personnel pour un corps de tirailleurs {rifle Torps) que parmi les gentlemen français de l'Ile; les jeunes ^08 sont d'admirables tireurs; leur plaisir favori est la chasse au cerf dans les dis ricts montagneux. »
Quoi qu'il en soit, les Français de Pondichéry se sont lans maintes reprises montrés animés de patriotisme et, tout m regrettant Maurice, nous ne devons pas nous montrer ngrais envers ceux de nos concitoyens, qui restent encore lans rinde comme pour nous rappeler nos fautes et nous »mpécher de les renouveler.