CHAPITRE I Migrationa hamaluM
I.'Kiiii);ratiuD. — S<a uuiM. — KlampUi dVmijpvtioD daai lei t«mpa iDEifai. — Riamplei dan* Ici lempa toaderiiM. — Forme* laccaMlTH il«* niigmioQi. — KeprudnctioD tociaU. — Êrolaiion coloniala.
fi 1. L'émigration est un phénomène normal. — Lorsque l'on coDsidèro que la surface entière de notre planète est depuis longtemps recouverte d'êtres humains et que rhumanité a cependant commencé par un nombre très restreint de petits groupes initiaux, on est forcé d'admettre, que chacun de ces petits groupes, i mesure qu'il devenait plus considérable et plus important, s'est étendu en surface, à la manière d'une tache d'huile sur un tapis, de façon à rencontrer les autres groupes, dont chacun s'était de son côté progressÎTement élargi.
C'est par voie de migration que l'humanité, d'abord disséminée, a dni par devenir compacte sur la terre ; les premiers hommes marchaient devant eux, tant qu'ils ne rencontraient pas d'obstacles, soit i la poursuite du gibier, soit & la recherche d'une contrée plus agréable ou plus commode, soit qu'un autre groupe humain les e&t chassés de la contrée qui les avait vu naître. Plus tard, lorsque toutes les places furent
prises, chaque nouveau flot humain qui propageait Tonde d'émigration, au lieu de rencontrer, comme au début, k calme et la solitude, se heurta contre d'autres flots; ks taches d'huile, dont je parlais tout à l'heure, se rencontrèrent bord à bord, ou se superposèrent plus ou moins complèt^ ment et, pour continuer la comparaison, il en fut de ces taches humaines en voie de s*élendre, comme il en serait de liquides de couleurs difi*érentes renversés sur un tapis : sur certains points on verrait juxtaposées, mais non mêlées, deux couleurs différentes ; sur d'autres on observerait le mélange parfait de deux couleurs en produire une troisième. Sur d'autres enfin on constaterait ce phénomène d'optique, l'absorption d'une ou plusieurs couleurs par ses voisines.
Ces phénomènes de Juxtaposition ^ de fusion^ à'absorption se sont, en efiet, produits sur les flots humains qui ont été successivement heurtés, mêlés, confondus, brassés i b surface de la terre. Il en résulte, que, depuis tant de siècles que se produisent des migrations en longitude, en latitude, comme en altitude, on peut dire, qu'il n'existe plus une seule race pure dans l'humanité.
En présence de ces migrations, toujours et partout constatées, il faut donc reconnaître, qu'elles constituent un phénomène normal, une véritable fonction dans la vie de Thumani té, comme dans celle d'un grand nombre de plantes et d'unimaux, qui, d'abord cantonnés, ont fini par s'étendre au moyen de procédés absolument comparables. « En supposant, dit Lyell, que le genre humain disparût en entier, à l'exception d'une seule famille, fût^Ue placée sur l'océan ou sur le nouveau continent, en Australie ou sur quelque Ilot madréporique de l'océan Pacifique, nous pouvons être certains, que ses descendants finiraient, dans le cours des âges, par envahir la terre entière. » Cette fonction s*exécute dans l'humanité, comme en vertu de certaines lois, autrement dit, elle est déterminée par un certain nombre de causes, qui sont toujours les mêmes dans tous les temps et chez tous les peuples.
2. Causas déterminantes des migrations. — Il e qae les lois, qni mettent en mouvement l'un sar i deux liquides de densité différeDte on d'une même é, mais occupant ub niveau différent dans des vases uniquants, sont les mêmes, que celles qui mettent une ttion plus dense que ses voisines en mouvement et la 'écouler sur elles, jusqu'à ce que l'équilibre soit établi elles. Dans les deux cas, il sera possible de calculer esse de l'écoulement du milieu le plus dense sur celui est moins, tant il est vrai que les lois démographiques tUBsi rigides et aussi inéluctables que celles de la phy-
s une population est dense, plus elle tend à s'éconter es voisines, autrement dit, plus elle présente d'émi- I. Ha voici un exemple : l'Angleterre, qni présente labitants par kilomètre carré, donne chaque année grants par 1 000 habitants, tandis que le Palatinat, qui e 137 habitants par kilomètre carré, donne 6,4 émi- !. Nous voyons, au contraire, la France, qui ne possède S habitants par kilomètre carré, fournir seulement grant par an et par 1 000 habitants. La démographie
donc raison, jusque dans la manière même dont elle primée, i cette pensée de Burke : « Il est aussi naturel lommes d'afQuer vers les contrées riches et propres à strie, quand, pour une cause quelconque, la population ble, qu'il est naturel à l'air comprimé de se précipiter ji couche d'air raréfié. »
misère est la conséquence fréquente d'un excès de deoes populations, en vertu do cette loi constante et for-
par Achille Guillard, la loi d'i'quation générale des stances, qui veut que constamment la population se rtionne aux substances disponibles. Du jour où la popu-
d'un pays est devenue trop considérable pour la quan- ) subsistances dont dispose co pays, il faut que ceux qui te trop quittent la table parcimonieusement servie du
banquet. Or il n'y a que deux issues : la mort ou Témigntion. — On émigré, disait J. HUbner, « pour trouver du pain, article qu*il n*est pas toujours aisé de se procurer dans notre Europe. »
C'est la misère qui détermina peut-être la première vocation coloniale de l'Angleterre. Cet état de misère, qui lui fut propre à la fin du xvi« siècle, était dû, d'après William Jacob, à la transformation qui venait de s'opérer de toutes les terres labourables en prairies; on proscrivait les charrues pour faire du bétail. La conséquence de ce changement fat la mise hors du travail d'un grand nombre de bras, qui ne demandèrent qu'à émigrer. Â la même époque, les artisans se plaignent de leur côté que l'industrie et le commerce des villes ne vont plus, depuis € que les gentlemen changent toute la terre en pâturage » et € qu'on ne voit plus partent que des moutons, des moutons, des moutons. »
Les Irlandais et les Allemands nous montrent encore aujourd'hui à quel degré la misère peut pousser l'émigraUoo.
La population allemande obéit encore à un autre sentiment en émigrant ; elle obéit à ce sentiment qui nous fait fuir le despotisme et les excès de militarisme. On émigré, disait encore Hiibner, € pour trouver la liberté, l'espace, Tégalité, c'est-à-dire la liberté du travail et l'égalité des succès. »
Mais le despotisme évite souvent à ses victimes la peine de le fuir ; il honore de l'exil ceux dont la supériorité lui fait ombrage. C'est ainsi que la révocation de l'édit de Nantes fut pour la France la cause déterminante d'une émigration, qui nous enleva les intelligences désignées comme les plus élevées par leur amour du libre examen et par leur indépendance relative pour l'époque dans la question religieuse : cette émigration forcée priva l'industrie française de ses meilleurs artisans, qui allèrent porter ailleurs ce qui eût fait plus tard notre force. Rien ne se perd, il est vrai, dans la nature, mais ce fut le grand Électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume !•', celui qu*on nomma le voleur de sujets, qui sut attirer à loi
esil^ français ainsi que toaa ceux qui quittaient les inds Etats de l'Earope pour fnir la penécation religîease. Ile est l'origine de la prospérité de la Prnue. En 1740, - 2400000 sujets du roi de Prusse, 600000 étaient des Dgiés ou des fils de réfugiés ; eu 1786, le tiers de la lalation prussienne n'avait pas d'autre origine ; h l'heure il est, les noms Trançais ne sont pas rares parmi les somlè» intellectuelles que compte la Prusse dans les différentes inches du savoir bamaîn.
Il est des époques où rémigration n'est la conséquence que ne recherche plus ou moins chevaleresque des aventures. t conquistadores de l'Amérique obéirent eu grand nombre e sentiment. Cet état mental répond assez bien aux nécesi» d'une conquête, mais il est moins Tait pour servir à la onisation; aussi, faul-il plutàt regretter sa persistance ■mi nous que chercher à Tentretenir. Des aventuriers ■vent faire des trouées brillantes dans un pays nouveau, ne sauraient fonder une colonie ; ce rôle est réservé A de s humbles, plus prosaïques, mais plus pacifiques et plus les travailleurs.
L'amonr de l'iDdépcndance. car il y a de tout dans le bile complexe qui préside à l'émigration, pousse aussi bon nbre d'hommes hors des limites de lear pays originel : les tques partent actuellement dans une proportion considé- >le pour la Plata et Buenos-Ayres, dans le but d'échapper i rigueurs de la conscription militaire; il y a même ceras cantons des Uasses-Pyrénées où, au moment du tirage sort, on constate ]'absenc<> du quart, parfois même de la itié des conscrits, qui devraient être présents. Enfin les vieilles soctét^is, où fermentent tant d'éléments ers, où bouillonnent tant de passions, ont toujours un :het, un résidu, déclassés de tout genre, retardataires sur route du progrès social, insoumis divers que le corpa social ette, parce qu'il ne peut plus rien en faire et que, dans
mille canaux de son oi^nisation complexe, ils jouent
le rôle de corps étrangers. A diverses époques un grand nombre de nations, notamment l'Angleterre, ont rejeté oa scories par voie d*émigration et ont cherché à édifier sur elks rédifice nouveau de leurs jeunes colonies. La France songe à mettre en œuvre dans ses colonies ces matériaux impropres au service de la mère patrie; les indisciplinés que TopinioB publique à force d*en parler a, pour ainsi dire, dotés d'un titre et d*un grade dans notre nomenclature sociale, cdoi de récidivistes, seront sans doute bientôt transformés a graine de peuplement colonial. Il y a beaucoup à dire surœ sujet ; nous y reviendrons dans la suite de ce livre.
§ 3. Exemples d'émigration dans les temps anciens. — Toutes ces causes, à des époques diverses de l'histoire de l'humanité, ont simultanément ou successivement joué leur rôle; ce sont elles qui, décorées de noms divers, selon les temps, les lieux et les races, ont, sous leur souffle paissant. comme les grands vents atmosphériques charrient au lois les graines des plantes, greffé, sur une population, les rameaux arrachés à une autre population souvent très éloignée et opéré, par la voie des migrations, les mélanges auxquels on aurait dû le moins s'attendre.
L'histoire nous montre les Aryens quittant les hauts plateaux de l'Asie centrale, entre les sources de TOxus, de riaxarte et de l'Indus, par 34<> à AV de latitude et déversant lentement leurs flots successifs jusque dans l'Europe actuelle, où ils deviennent les Pelages, les Hellènes, les Slaves, les Goths, les Germains. Elle nous fait voir ensuite, partant de ces populations comme d'un centre nouveau, autant de migrations secondaires qui reportent encore plus loin la vague partie primitivement de l'Asie centrale : les Hellènes s'étendent, par émigration, le long des rivages méditerranéens, les Celtes envahissent TEurope, les Romains s'étendent dans la Gaule et jusque dans la Grande-Bretagne; sous le nom de Barbares, d'autres Aryens, Cimbres, Teutons, Wisigoths
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enTahiasent k leur tour le vieil empire romaia et de cet inextricable réseau de migrations encheTÂtrées les unes dans les autres, résulte l'Europe moderne. A ces exemples il fan> drait joindre les migrations de la race jaune dans les Amériqaes par le détroit de Behring, l'invasion des Chichintèques , du nord au sud, dans le continent américain et la bngue migration de Polynésiens, d'tle en lie, dans l'Océanie.
Sans doute pour le chroniqueur tous ces mouvements de peuples les uns sur les autres évoquent milledétails horribles, habitations ravagées, femmes violées, guerriers massacrés, esclaves emmenés en captivité; partout nous admirons l'héroïsme dicté par le patriotisme et nous prenons fait et cause pour les envahis, mais quel philosophe, considérant la marche générale du progrès humain, voudrait affirmer que cette fusion d'éléments si divers, bien qu'opérée par la force, n'a pas été souvent un bien?
S 4. Exemples d'émigration dans les temps modernes. — Tant de déplacements et d'oscillations avaient eu lieu d'un peuple à l'autre, lorsque le Nouveau Monde fut découvert, qu'une Borted'équilibrerelatifB'étaitétablidatisrancien et que les migrations étaient devenues de plus en plus rares comme de moins en moins importantes. La découverte de terres inoccui>ées, on du moins beaucoup moins peuplées que celles de l'ancien continent, devint le point de départ d'un mouvement continu, qui dure encore. Comme un immense aspirateurqui attirerait les molécules pressées de la vieille Europe dans le vide relatif de ses plaines ouvertes, la jeune Amérique attire à elle, depuis sa découverte, tout le surplus de nos populations : il suffit, pour se faire une idée de l'intensité de ce phénomène, de considérer que, de ISIO i 1874, c'rst-i-dire dans le court espace de 55 ans, les Élals-L'nii a eux tenls ont reou RU65UI6 Européens.
Il n'est pas sans intérêt de savoir sur quelle population port« surtout cettecolossale aspiration exercée parl'Amériqoe.
Ce sont les populations britanniques qui fournissent actueU^ ment le chiffre le plus considérable d*émigrants : de 1863 à 1870, le nombre des émigrés par année et par 1 000 habitants a été de 3,21 pour l'Angleterre, de 5,1 pour TEcosseet de 16,4 pour Tlrlande; en réunissant ces trois chiffres empruntés à Bertillon, on voit que le coefficient d'émigration pour k Royaume-Uni tout entier est par année de 24,71 pour 3O00 habitants, c'est-à-dire de 8,23 pour 1 000. Une moyenne de 150000 sujets britanniques émigré, chaque année, surtout vers les Etats-Unis, puis vers les colonies britanniques, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Après les Anglais viennent les Allemands. Ils fournissent chaque année plus de 100000 émigrants; ce chiffre a mèine été de 169034 en 1882. Dans Fespace de 55 ans (1813-1874), ils en ont donné 2 501000; dans la seule année 1872, 80418 émigrants se sont embarqués à Brème.
Parmi les Allemands, ce sont les Prussiens qui fournissent le plus d'émigrants et, fait surprenant, jamais ce mouvement d*exportation des hommes n'a été si prononcé chez eux, qœ depuis l'importation forcée qu'ils ont faite, dans lear pajs, des 5 milliards de la France. Cela prouve une fois de plus, que, non seulement l'argent ne fait pas le bonheur, ce qui n'est pas précisément une nouveauté, mais qu'au contraire rien n'est mauvais pour un peuple, souvent même pour un individu, comme la brusque irruption de l'or. Tout l'or du Pérou n'a pas jadis enrichi l'Espagne et nos 5 milliards, changeant brusquement en Prusse la valeur de toutes choses, ont augmenté, dans ce pays, la misère, qui déjà pourtant était grande. La Prusse, en 1872, a donné 43000 émigrants, alors qu'elle en donnait 24 000 en 1871. Du reste, pour l'Europe en général, le nombre des émigrants qui se rendent en Amérique a, depuis 1870, augmenté de 30 pour 100.
Les Allemands vont presque tous dans les États-Unis; mais ils donnent le spectacle d'un phénomène démographique, qui, pour être connu, n'en est pas moins curieux : au-
trefoû, alors qoe ies États de l'Est étaient peu peuplés, le oodrant d'éinigratioD se produisait surtout vers «ux ; lajoard'hui que leur densité a augmenté et que l'équilibre Minble établi entre leur population et celle de la vieille Europe, l'aspiratioa se fait ailleurs et les Allemands, notam* ment, émigreut surtout (les deux tiers environ) vers l'Uhio, le Hissonri, le Visconsin, dans les États encore peu peuplés de l'Ouest. Ils y immigrent tellement, qu'il se forme là, disent les voyageurs, une jeune population moitié irlandaise, moitié allemande, qui diffère complètement de l'ancifiODe population anglo-saxonne.
Les Allemands «migrent aussi vers le Brésil ; on en comptait, au dernier recensement, 00000 dans la province An Rio-Grande, ^000 dans la province de Satnt^ïatliKriii" ot 6000 dans celle d'Espiritu-Santo.
Sans quitter l'Europe, beaucoup d'Alleman'U iini/rMii m Hongrie, en Transylvanie et en Bohême. On pfut uthuM dirr que, par une lente et sourde infiltralion, \i biif^n A*: \uut population s'élève dam tous les États A'Hufjyr
Après l'Angleterre et l'Allemaifn*^, Ti«a((*«t. «v fc/ii/t ^U vue de coerBcient d emi|?ration, la Su«il*, '|tii t'/truii An^*» Bertillon, 6,87 émigrés par an *-t par 1 *M0i iiMx*M*)<± t» Norvège, qui en fournit 5.5: lu batmoant ''C.>. I. MK.yt*. tioD Scandinave se port* turv^vt •vr U- U ui.*^/-» , < ■*: r.Mabaroa; dans If seul Kut •!*■ )A.ui^v/Jt •/*• -rM-y- 60000 Scandinave*.
La France qni, de 1S54 » JJi^], a Vjvru y,'//. .« ft. par as, toit 1 poor 1 <X^> iu!«.iat,'j *^. yw m- • •• k' • • '^t nier lien. Eocore. «.l»; '^-•.•- j^ '.Mut y.ui t'«v' •> >-■ ■ nombre d'émifrts *»vj pr*v.t> V-m'. •-«.*-* '■■^wi. yw -■. départements yypfii'*^» '
La race jacD» i-A.rL: k . *ni ./'«..•a t.t •<.<tit (■.< .t Ainsi les £;at»J;bu (K ,>î'y, h. -Vy- •/.!■ <•• . -, v/. ' .. nois et tiiOMMj o^ Iv.,. *. ,<V iL^a •« .«, ,.-..- .> ^
Unis en comptaient 63 042 en 1870 ; Cuba en comptait, o 1873, 25000 et l'Australie 25000. La Californie en receTait récemment beaucoup, mais depuis plusieurs mois l'entrée des ports est refusée aux coolies chinois, qui, traTailleun aux rabais, font dans l'Amérique et pourront quelque jour faire en Europe un tort considérable à la valeur de la maind'œuvre. La Californie leur refuse actuellement l'entrée.
Un rapport du consul de Chine à San-Francisco nous dfprend que, depuis la mise en vigueur de la nouvelle loi, il n est débarqué dans le port californien que 20 Chinois, tandis que 5 000 en sont partis, les uns pour retourner dans leur pays, les autres pour se rendre dans la Colombie anglaise, où la construction du Canadia-Pacific-Railway leur assure un travail rémunérateur.
Parmi les races africaines nous voyons, à l'heure qu'il est, les Pahouins s'avancer vers le Gabon sur une largeur d'environ 400 kilomètres.
§ 5. Formes successives qtie prennent les migrations, — Si la migration, en elle-même, est un phénomène normal dans la vie de l'humanité, il n'en est pas moins vrai, qu'elle prend une forme différente suivant le temps et suivant les milieux sociaux où elle s'accomplit.
Nous sommes loin, dans nos pays modernes, de l'époque où tout un peuple, au moins la grande partie d'une population, prenait lentement la route de l'émigration, avec armes et bagages. C'était alors un long et interminable défilé d*hommes, de femmes et d'enfants, à cheval ou dans de lourds chariots, suivis de piétons conduisant les bêtes domestiques; c'est dans cet attirail que les Barbares fondirent sur l'empire romain, que les Hicsos envahirent l'Egypte et qu'encore aujourd'hui émigreraient les Arabes. Les Kalmouks firent au siècle dernier une émigration de c^ genre. Les croisades virent chez nous le dernier de ces défilés, où les trainards sont toujours plus nombreux que le gros de l'armée.