Apologètico de las coiiiedias espanolas
trouve de son côté le mot de Cervantes, « monstre de la nature ' ». Il serait difficile, on le voit, de rencontrer dans l'histoire un poète qui, de son vivant déjà, ait joui d'une plus complète apothéose.
Reste maintenant à savoir si le drame nouveau, la comedia de Lope, a mérité la fortune extraordinaire qu'il a obtenue dans son pays d'origine, la réputation immense que lui a faite la complicité des poètes populaires et du viiJgo d'Espagne. Autrement parlant, le théâtre espagnol, tel que l'ont façonné Lope et ses disciples, occupe-t-il dans la littérature moderne un poste d'honneur à côté de notre tragédie et de notre comédie, à côté de Shakspeare, ou, s'il ne l'occupe pas, quels motifs l'ont empêché de le prendre ?
Il faut tout dire en un mot. La comedia, œuvre grande tant qu'on la considère en soi et ne la sort pas de son milieu, perd singulièrement de son importance sitôt qu'on l'introduit dans l'enceinte de la littérature générale et qu'on la compare à d'autres productions du même ordre. Quel genre d'intérêt
I. Dans le Ciirioso impertinente, publié pour la première fois en 1621.
excite aujourd'hui chez les lettrés français, anglais, allemands ou italiens le théâtre espagnol du xvii^ siècle ? Un intérêt de curiosité, rien de plus. Et l'on peut affirmer que si cette tomeàia n'avait pas, en un temps, cédé quelques parties de ses richesses, j'entends de ses sujets, à d'autres théâtres européens, nous imposant ainsi la tâche de l'étudier, non pas pour elle-même, mais pour ce qu'elle a suscité au dehors, bien peu, même parmi les dénicheurs de choses rares, les amateurs d'étrangetés, prendraient la peine d'y jeter les yeux. Même à l'époque de sa plus grande splendeur, alors que les circonstances politiques se prêtaient admirablement à la diffusion de la langue et de la littérature espagnoles, la comedia n'a jamais été acceptée et imitée comme l'a été pendant un siècle la tragédie française ; on n'y a vu qu'un répertoire de situations, un vaste magasin d'intrigues et de jeux de scènes, où il a paru longtemps commode de venir s'approvisionner. La forme de ce drame, ses divisions, ses rôles, ses emplois, son style et sa versification ont été totalement négligés : en franchissant les Pyrénées, il a dû, pour nous plaire et plaire par nous aux autres nations, prendre l'habit à
la française et renoncer à son accoutrement de caba- Ilero espagnol. Or, dans une œuvre d'art, la forme c'est beaucoup, c'est presque tout. Si pour en rendre l'idée accessible, il est nécessaire de la dépouiller de son vêtement, de retrancher les ornements qui, à l'origine, en faisaient le charme, ornements jugés essentiels par ceux qui l'ont créée et qui l'ont les premiers applaudie, qu'en reste-t-il ? Peu de chose. Notre tragédie, au contraire, a passé nos frontières intacte, avec ses sujets, ses procédés de composition, ses confidents, ses récils et son vers. Fond et forme, on nous a tout pris ; tandis que le drame espagnol a dû subir, pour être reçu chez les autres, une métamorphose complète, et c'est seulement au prix du sacrifice considérable de ses plumes et de ses rubans qu' « il a réussi à faire quelque figure sur le grand théâtre du monde ».
D'où vient cela, et à quelles causes rapporter cette dépréciation au dehors d'une œiivre si prisée et si prônée au dedans? J'en trouve plusieurs. Il en est qui tiennent même à la nature de ce drame, à la direction que lui a imprimée son inventeur, et d'autres, plus générales, qui dépendent du tempérament de la race.
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Pour ce qui est des premières, la transgression de la règle des unités, est-il besoin de le dire? nous touche fort peu, et plus indulgents que Lope luimême pour son théâtre, nous l'absolvons sans effort des libertés qu'il a jugé nécessaire de prendre avec ces fameuses conventions qu'il nomme Vart, conventions qui, à coup sûr, ont été souvent la cause de grandes beautés, mais auxquelles nul ne reconnaît plus force de loi. De même la confusion des genres ne nous choque guère, et je ne pense pas qu'il se trouve aujourd'hui personne pour la lui reprocher sérieusement. La critique qu'il y a lieu d'adresser à ce poète et à son école a une portée plus générale.
Je me suis efforcé déjcà de mettre en évidence ce fait capital que la coinedia, de par la volonté expresse du maître et de son aveu constant, n'a pas accès au sanctuaire de la haute littérature. Drame essentiellement populaire ', conçu et écrit pour satisfaire la
î. L'expression est déjà dans Luzan, que je me plais à citer parce que les critiques espagnols de nos jours, qui sont loin de le valoir, affectent de le traiter de perruque ; Luzan donc a parfaitement vu que « la Dramatica Espaiiola se debe dividir en dos clases. Il lia popular, libre, sin sujecion a las reglas de los antiguos, que nacio, écho raices, crecio y se propago increiblemente entre
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curiosité et les passions de la nation espagnole sans distinction de classe, qui n'exige du spectateur aucune préparation, aucune culture raffinée, qui n'aspire qu'aux applaudissements du parterre ignorant et grossier, et craint même d'être transporté des planches du théâtre sur les feuillets du Hvre, telle est la coniedia dans l'esprit de Lope et de son entourage. Ce qui devait résulter de cette conception, admissible en soi d'ailleurs et que je n'entreprends ni de blâmer ni de louer, est aisé à prévoir. Point de public lettré et délicat, partant point d'étude approfondie des caractères et des passions, point de composition, point de style. On ne peut pas contenter tout le monde, et qui veut attirer le vnlgo doit lui plaire par des procédés à son usage. Malheureusement, un genre quel qu'il soit, s'il veut survivre à l'engouement momentané d'un milieu, ne saurait se passer de qualités de forme vraiment supérieures, et la coniedia du xvii^ siècle, sauf de rares exceptions, s'en passe. Tous
nosotros ; y otra que se puede Ihmiar erudita porque solo tuvo aceptacion entre hombres instruidos » (La poetica, t. II, p. 5). Cette seconde espèce, la poésie éruditc, ne compte, on le sait, aucune pièce représentable.
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ces auteurs, sachant à qui ils avaient affaire et le peu qu'ils avaient à ménager, produisaient beaucoup trop vite et produisaient beaucoup trop. Inutile de rappeler tant d'exemples d'improvisation au pied levé, de fabrication sur commande à la journée et à l'heure, tant de tours de force qui, hélas! ne sont point des tours de génie '. Les plus habiles devaient perdre à
I. J'ai fait allusion plus haut à ce troisième acte de la Tercera orden de San Francisco, que se partagèrent Lopc et Montalban pour aller plus vite. On était au soir, le directeur du théâtre de la Cruz se désespérait, il lui fallait absolument sa coniedia pour le lendemain. Montalban resta à coucher chez Lope, et pour ne pas se laisser gagner de vitesse se leva à deux heures du matin : à onze heures il avait terminé sa partie. Il sortit alors pour voir où en était son ami et fut bien surpris de trouver Lope dans son jardin en train d'examiner un oranger qui se gelait. « Et comment va notre cotnedia} — A cinq heures, répondit Lope, j'ai commencé à écrire, et il y a une heure que mon acte est fini : j'ai déjeuné d'une tranche de lard, j'ai composé une épître de cinquante tercets et j'ai arrosé tout ce jardin, ce qui ne m'a pas peu fatigué. » Puis tirant un rouleau de sa poche, il lut à Montalban sa partie d'acte et les tercets {Fai)ia postuma de Lope, Obras sueltas, t. XX, p. 52). Une autre fois, Lope renonce à composer une cotnedia sur la fête du Rosaire, parce qu'il n'avait pas trouvé le sujet à son goût : « Faites-la faire au vol (mande qm se escriha al viiela), écrit-il alors au comte de Lemos, comme celle que j'ai composée surTImmaculée Conception à la demande
cette pratique leurs qualités les plus heureuses, y émousser la pointe de leur talent. Premier défaut grave, première cause d'infériorité.
A cette absence d'analyse et d'étude des mouvements de l'âme et des traits de caractère, à la faiblesse de la composition et du style ' s'ajoute l'em-
de rUniversité de Salamanque et qui a obtenu un si grand succès » {pbias suellas, t. XVII, p. 402). Et je ne parle pas des coniedias de repente, impromptus académiques ; c'est encore un genre à part.
■ I. Par faiblesse du style, j'entends la platitude de l'expression, cette langue diflEuse et sans vigueur, cette abondance brillante et pompeuse, mais si vide et si vague ! enfin, et plus souvent qu'on ne croit, l'incorrection grammaticale. Du parler hyperbolique et amphigourique, gongorisme ou ctiltistne, qui exerça de terribles ravages dans la comedia comme ailleurs, de toutes les pointes de mauvais goût, il n'y a trop rien à dire ; toute langue, toute nation ont eu leur phébus, et notre tragédie si correcte, si haut chaussée, n'en est pas toujours libre. Sur ce point donc, les auteurs de coniedias ne sont qu'à demi responsables, contraints qu'ils étaient par métier de suivre une mode absurde. [On n'a pas assez pris garde à l'aphorisme de Baltasar Gracian, dans son Oraculo manual y aiie de pnidencia, Amsterdam, 1659, P- '^^S • " Todo se les va a algunos en començar, v nada acaban ; iuventan, pero no prosiguen, instabilidad de genio, nunca consiguen alabança, porque nada prosiguen, todo para en parar, si bien nace en otros de impaciencia de aninio, tacha de- Espafioh's, assi como la paciencia es ventaja de los Belgas... »]
ploi d'une versification plus lyrique que draniatique et qu'on ne doit pas hésiter à qualifier de puérile. Je sais tout ce qu'on peut ici m'objecter. Il n'y a pas qu'une manière de drame, dira-t-on, et les genres ne répugnent pas à être rapprochés dans une même œuvre au point qu'une action dramatique ne puisse être soutenue d'une partie lyrique ; cet ornement parasite est souvent d'un grand effet, et les anciens nous en ont donné l'exemple. Et que reprochez-vous à la comedia sa variété de rythmes, serait-ce que vous teniez pour indispensable à un drame bien conduit la monotonie de l'alexandrin? je réponds qu'il n'est certes pas inadmissible que dans le drame, tel même que l'ont conçu les modernes, et sans qu'il puisse être ici question de ressusciter ou d'imiter le chœur de la tragédie antique, une certaine forme de lyrisme ne trouve sa place. Ce n'est point là ce que je blâme. J'admets et les effusions lyriques et ces chants populaires si gracieux et si frais, dont Lope et Tirso ont tiré si bon parti, je les admets même quand la marche de l'action devrait en être, sinon gênée, retardée. Un vers unique n'est pas non plus essentiel, personne ne le prétend, et l'on peut dire tout le
mal qu'on voudra de l'alexandrin majestueux et compassé, ainsi que de l'alternance monotone des rimes masculines et féminines ; mais au moins l'alexandrin n'est-il pas ridicule. Tandis qu'il est ridicule que les parties de l'action empruntent à la poésie lyrique ses strophes les moins appropriées au mouvement du drame. Qu'un monologue s'enferme dans les quatorze vers d'un sonnet, qu'un dialogue s'échange en cascades de rédondilles, ce qui équivaut pour nous à des couplets de chansonnette, voilà bien de quoi causer, surtout dans les pièces de caractère tragique, une impression directement opposée à celle que l'auteur entendait produire. Possible que les Espagnols en pensent autrement, mais leurs sentiments ils ne sont pas les maîtres de nous les faire partager, et il reste toujours que, passé les monts, cette versification d'opéra n'est pas facilement admise et porte à la comedia un préjudice considérable. Est-il bien sûr, d'ailleurs, que composition, style et versification du drame de Lope aient, en Espagne même, victorieusement résisté aux atteintes du temps et aux changements du goût ? Si cela est, comment s'expliquer que nos voisins, qui ont cependant beaucoup
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retenu de la forme de leur théâtre classique, éprouvent le besoin d'arranger ou de refondre — ce sont les termes consacrés — les pièces du vieux répertoire, quand il leur arrive (rarement) de les remettre à la scène ' ? Comment si la comedia n'a pas vieilli dans sa forme, des auteurs, et non des plus médiocres, réussissent-ils. à gagner quelque renommée en fournissant les théâtres ^ d'arreglos de pièces de Lope et
1. « Prueba concluyente de la exactitud de estas criticas negativas (il s'agit des jugements sévères portés par les écrivains du xviiie siècle sur l'ancien théâtre), es que la mayor parte de las obras maestras de nuestro antiguo teatro no pueden presentarse hoy en la escena sin un arreglo prcvio, que ha recibido el nombre por demas significative de refuiidicion. Aplauso, y no escaso, han merecido poetas contemporaneos por haber refundido obras del antiguo teatro ; es decir, por haber vaciado en moldes correctos un métal riquisimo, separando préviamente las escorias que lo afeaban. » Disciirso leido anle la R. Academia Espaiiola, por D. Manuel Silvela, le 25 mars 1871 ; Memorias de la Academia Espafiola, t. III, p. 284.
2. Tout au commencement de ce siècle, l'arrangeur en titre était D. Candido Maria Trigueros, qui a refondu plusieurs drames de Lope et qui a eu la naïveté d'expliquer dans les préfaces le pourquoi de ses remaniements. Rien n'est comique comme de le voir aux prises avec une de ces anciennes pièces qu'il s'efforce de réduire à la formule française des trois unités et des cinq actes.
de Calderon ? Et nul ne se lève pour protester et crier au sacrilège. Que diriez-vous pourtant si, venant à passer devant la Comédie-Française, vous y lisiez sur l'affiche : « Phèdre, tragédie de Racine, arrangée par M. Martin ou M. Durand ? » En cela se voit la différence entre l'œuvre pensée, mûrie, gravée sur l'airain, et l'improvisation conçue au vol, bâtie en un tour de main, écrite au courant de la plume.
Il me reste quelques mots à dire des causes générales, inhérentes au caractère national, qui ont empêché la comedia de s'élever aussi haut que d'autres théâtres modernes et de porter aussi loin. L'Espagnol ne manque pas d'imagination, il a l'idée nette et le don de la traduire en une forme vivante; il invente aisément une histoire et en combine avec adresse le plan, et tant qu'il obéit à son inspiration et compose, pour ainsi dire, sous le feu de l'idée, tout va bien. xMais à la première hésitation, au premier obstacle qui
coupant par-ci, ajoutant par-là, car il ajoutait aussi, le malheureux ! « On a fait en sorte que la nouvelle versification ne déparât pas l'ancienne. » Ce Don Candido portait un nom prédestiné. Parmi les refondeurs plus modernes, il suffit de citer le poète de talent et correct écrivain, D. Juan Eugenio Hartzenbusch.
s'offre à sa pensée, le découragement et le dégoût le prennent, l'ardeur dont il était animé au début se dissipe, l'enthousiasme se fond. Ne lui demandez pas de se reprendre ni de se corriger, il ne sait ni finir ni polir : castigare ad ungiiem, ce n'est pas son affaire.
De là tant de livres d'imagination inachevés, tant de romans dont la première partie seule a été terminée ; de là aussi tant de drames, dont les données séduisent et l'exposition promet, et qui, en avançant, se perdent dans les méandres d'une action mal conduite, flottent au hasard et arrivent au dénouement parce qu'il faut bien en finir, que les douze pliegos sont pleins, mais non pas parce que la marche des événements réclame une catastrophe. Il était naturel que ce défaut inné de la race, ce laisser-aller une fois l'œuvre lancée, ce dédain de la lime se fissent sentir dans la coniedia plus qu'ailleurs, eii égard à la qualité inférieure du genre et la précipitation avec laquelle les auteurs se croyaient tenus de composer.
Puis il y a autre chose. Les Espagnols sont volontiers sententieux et prêcheurs, ils ont toujours eu un goût prononcé pour la satire morale, et. Dieu merci, la terre d'Espagne a produit en assez grand nombre
des casuistes et des moralistes. Certains genres même de leur littérature d'agrément, les nouvelles, entre autres, ont été par moments infestés de moralités. Le théâtre, toutefois, échappe à cette immixtion de la morale et de la sentence : il y échappe trop, en ce sens qu'il manque d'un certain lest de doctrine, qu'il est trop exclusivement frivole, qu'il amuse ou émeut, mais selon notre goût du moins, n'enseigne pas assez, et ce n'est pas de ce théâtre-là qu'on dira jamais qu'il a été l'éducateur de la nation. Les auteurs de comedias n'ont pas su non plus s'élever au général. On ne saurait les blâmer, sans doute, d'avoir peint ce qu'ils avaient sous les yeux, l'homme tel qu'il s'offrait à leur observation, c'est-à-dire l'Espagnol du xvii*^ siècle, et il est certain qu'à trop vouloir généraliser, on risque de mettre sur le théâtre des abstractions pliîtôt que des personnes vivantes : mais entre les deux extrêmes, il semble toutefois qu'il y ait un terme moyen. Nos Espagnols sont décidément restés trop de leur terroir, les mœurs de leur théâtre sont trop imprégnées d'espagnolisme pour pouvoir intéresser qui ne possède pas une connaissancs intime du milieu. L'intelligence parfaite de ce
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drame exige une étude approfondie de l'histoire politique et littéraire, des usages et des modes de l'époque et du pays, et il ne faudrait pas croire que les Espagnols de nos jours puissent s'en dispenser. J'estime en effet que les remaniements qu'ils font subir, pour les représenter aux pièces de leur théâtre classique, tiennent aussi à ce que beaucoup d'allusioris à d'anciennes coutumes éteintes, à des usages particuliers au xvii^ siècle, ne seraient plus maintenant comprises de personne.
Toutes ces causes réunies expliquent, je crois, le rôle modeste auquel seul peut prétendre la comedia dans le concert européen. Observation insuffisante, forme médiocre et trop étrange, mœurs trop particulières, voilà surtout ce qui lui a nui. Des qualités secondaires, je ne lui en refuserai pas, et, par exemple, la comedia possède intontestablement, et grâce à ce particularisme sur lequel je viens d'insister, la valeur d'un document historique, non pas tant qu'elle nous- représente très exactement la société, car les conventions de l'art dramatique, les ménagements à garder envers un public, maître de siffler comme d'applaudir, imposent à l'artiste bien des
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gênes, elle nous peint plutôt l'idéal de cette société, l'état de son imagination. En combinant son témoignage avec celui du roman et des autres documents qui copient de plus près la réalité, nous obtenons la résultante de la vie espagnole dans toutes ses manifestations, à une époque où elle présente la plus puissante originalité.
A un autre point de vue aussi il convient de rendre justice à ce théâtre. Sachons-lui gré des efforts qu'il a faits pour enrichir le trésor commun de la littérature dramatique, sachons-lui gré de cette masse énorme de sujets et de situations qu'il a comme jetés sur le marché, où beaucoup ont accouru et se sont enrichis à ses dépens. Et la mine n'est pas près d'être épuisée. Ne méconnaissons pas non plus le caractère national, patriotique de la comedia, qui est bien pour mériter notre sympathie. S'il est vrai qu'un grand théâtre puisse vivre et prospérer en ne s'aHmentant que de la matière antique, et notre tragédie le prouve, ne refusons pas notre admiration à ceux qui ont puisé dans leur propre histoire la substance de leur drame héroïque. Nous qui n'avons rien voulu prendre à la nôtre, qui avons laissé hors du cadre de notre
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ira2;édie les jurandes fissures de Charlema2;ne, de saint Louis et de Jeanne d'Arc, rappelons-nous ce que le théâtre espagnol a su faire du Cid, rappelons-nous ce que nous-mêmes en avons fait après lui et à son exemple.
MAÇON, rnOTAT FRKRICS. IMPniMKrUS.
// n été tiré de cet ouvrage
jo exemplaires sur papier d'Arches,
numérotés de i à jo.
ACHEVE D IMPRIMER LE l'y JUIN I923