‹ La comédie à la courChapitre 10 sur 84 · LES MARIONNETTES A SCEAUX · texte numérisé non relu

LES MARIONNETTES A SCEAUX

POLICHINELLE

Oh! oh! ce sont donc des chevaux qui sont là: Par sanguié, je m'en vais demander une place pour le mien, .\ussi bien, est-il bien maii^re, le foin sera pour lui, et les jettons pour moi, compère!

LE VOISIN

Impertinent, gros païsant que tu es, sçais-tu bien qu'il faut faire des vers pour être de cette compagnie?

POLICH INELLE.

J'en ay peut-être fait sans y prendre garde... Quoy est-ce? des vers de fougère?

LE VOISIN

Des vers sont des ouvrages d'esprit que font les poètes. Cela rime.

POLICHINELLE

Cela lime, tu dis? S'il ne faut qu'une lime, j'en ay une chez nous.

LE VOISIN

Rime, te dis-je. Voilà un plaisant animal! tu ne sais pas deu.x mots de suite, et comment ferois-tu pour haranguer le joue de ta réception?

POLICHINELLE

Pourquoi non? je suis de race.

LE VOISIN

Comment, de race?

POLICHINELLE

Ouy, de race. Mon père vendoit des harangs et ma mère était harangère.

LE VOISIN

Allons, voyons comment tu ferois; représente-toi que je suis l'Académie.

POLI CHINELLE.

Ouy da, compère. (Il p...., tousse et crache.)

LE VOISIN

Qu'est-ce que tu fais là, infâme?

POLICHINELLE

Je me prépare... Or ça, puisque tu le veux, entrons en matière. Messieurs donc, depuis que ce grand cardinal de Richelieu a tiré l'Académie françoise de la [profondeur] du néant, elle a si bien rivé le clou aux autres Académies, qu'on peut dire qu'elles ne sont [rien] à l'esgard de la vôtre... Ainsy, je ne prétends point vous ennuyer par de fades losanges.

LE VOISIN

Dis donc : louanges.

POLICHINELLE

Je veux d'abord vous fourbir une occasion.

LE VOISIN

Fournir, gros sot! et non pas fourbir.

POLICHINELLE

Vous fournir une occasion de manifester vos talons et vos génices.

LE VOISIN

Quel diable de patois! Crois-tu que ce soit lu le stile de l'Académie? Tu veux dire manifester vos talents et vos génies. •

POLICHINELLE

Eh ouy! l'un vaut l'autre, c'est tout un; de par tous les diables, ne m'interromps donc plus

LE VOISIN

Voilà qui va fort bien, tu n'as qu'à t'aller faire recevoir. Tu pourras bien recevoir aussy quelques coups de bâton.

POLICHINELLE

Bon! il y a tant de gens qui en méritent et qui n'en ont pas (i).

(i) Cette parade et toutes les chansons ou poésies qu'elle suscita par la suite sont extraites du Recueil de chansons politiques, conservées dans les manuscrits delà Bibliothèque nationale, t. X, p. 349 et suiv., année lyoS.

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