L'ACADÉMIE ET MALEZIEU
Sera pour qui dira le mieux Des injures à Miilézieux.
Sur ces entrefaites, le frère de la duchesse du Maine, le duc de Bourbon, qui s'était beaucoup diverti de cette parade, eut l'idée de la faire rejouer à Paris, en l'hôtel de Tresuies (i). Cette façon d'afficher ainsi ses préférences voua aussitôt le duc au courroux des partisans de l'Académie et détourna sur lui tous les quolibets qu'on destinait à son beaufrère.
A quoi, grand prince, songez-vous?
Votre erreur est extrême, Modérez donc votre courrous
En faveur de vous-même.
De quoi qu'on puisse vous flatter,
Il est bon de vous dire Que l'on doit toujours respecter Ceux qui sçavent escrire.
Les hostilités ne discontinuaient pas pour cela entre Malezieu et ses doctes confrères. A eux d'attaquer :
Quand le chancelier Malézieux
Fait le Polichinelle, Loin de s'avilir à mes yeux.
Mon respect renouvelle.
Sous cet habit de Barbouillé,
Je reconnais mon drôle.
Et je sçais qu'en déshabillé
Il joue un autre rolle.
(i) L'hôtel du duc de Tresmes, gouverneur de Paris, était situé rue Saint-.*\ugustin, à l'endroit précis ou débouche aujourd'hui le passage Choiseul. Il avait été construit sur les dessins de Le Pautre pour Joachim Seiglière de Boisfranc, chancelier de Philippe de France, duc d'Orléans, dont le duc de Tresmes avait épousé la fille. (Description de Paris, par Piganiol de la Force, t. III, p. 129.) — N'y aurait-il pas là une erreur de copie et ne serait-ce pas plutôt à l'hôtel de Mesme, situé rue Saint-Avoye, au Marais, et habité par le président de Mesme, l'un des familiers les plus dévoués de M™" du Maine, que le duc de Bourbon aurait fait rejouer les marionnettes'
A lui de répondre :
Pour vous venger du grand Polichinelle, Vous deffendez qu'on donne à Malézieux,
Grands jetonniers, ces livres curieux Qu'enfante chaque jour votre plume immortelle.
Vous pourriez faire beaucoup mieux
En profitant de tous vos avantages.
Voulez-vous le punir, messieurs, et vous venger?
Qu'on le condamne à lire vos ouvrages.
C'est l'unique moyen de le faire enrager.
Les plus maltraités en cette bagarre ne furent ni Malezieu ni les académiciens, mais bien les deux princes qui s'étaient immiscés là où ils n'avaient que faire, et qui reçurent chacun de cruels brocards, à commencer par ces deu-x couplets :
Quand ce petit duc en furie Ligue contre l'Académie Polichinelle et Malézieux, Peut-on douter de sa sagesse?
Que pourrait-il choisir de mieux Pour représenter Son Altesse?
Si Condé forçoit des murailles, S'il gagnoit de grandes batailles.
Son petit-fils, plus modéré.
Borne sa gloire à des sornettes, Bien content d'être déclaré Général des marionnettes.
Les hostilités s'apaisèrent à la longue, et Malezieu profita de la réception d'un nouvel élu, Fabiot Brulard de Sillery, évêque de Soissons, pour reprendre place dans les rangs d'une assemblée où il comptait plus d'un ami, peut-être plus d'un complice. Son arrivée à l'Académie fît