CHŒURS CHANTANTS ET DANSANIS
Quatre louis et quatre francs.
Le plus jeune fait du tapage
S'il n'est traité comme les grands.
Cinq fois vingt francs font bien le compte.
Mais l'or les a tous éblouis.
Plus de papa ! je les affronte
Si chacun ne tient son louis.
Messieurs, la paix dans la maison
Dépend du sort de cette épistre;
Vingt francs de plus sur le registre
Les mettroit tous à la raison.
Quand il fut question de jouer des actes d opéra, Dehesse, le célèbre acteur de la Comédie-Italienne, fut choisi pour être maître de ballet de la troupe. La danse, dont il devait choisir les sujets, était composée de jeunes gens, filles et garçons, de neuf à douze ans inclusivement. Passé cet âge, ils se retiraient et jouissaient du droit d'être placés selon leur talent — mais sans autre début — soit à l'Opéra, soit dans les ballets du Théâtre-Français ou de la Comédie- Italienne.
Les garçons s'appelaient MM. La Rivière, Béat, Gougis, Rousseau, Berteron, Lepv, Caillau, Barrois, Balletti, Pifïet et Dupré. Les filles : M"" Puvigné, Dorfeuille, Marquise, Chevrier, Astraudi, Durand, Foulquier et Camille. Caillot devint plus tard l'un des premiers chanteurs de la Comédie-Italienne; quant aux jeunes filles, elles se firent rapidement un nom dans les fastes du théâtre et de la galanterie.
Il n'v avait que quatre ddiiseiirs seuls : le marquis de Courtenvau.x, premier danseur ; le comte de Langeron, en double et deu.xième danseur ; puis le duc de Beuvron et le comte de Melfort.
Lors de ses débuts lyriques, la troupe des petits cabinets ne comptait que trois acteurs capables de chanter : la duchesse de Brancas, M"'° de Pompadour et le duc d'Aven. Tous les actes de musique ne devaient réunir que ce nombre de personnages ; ainsi fit-on dans Erigone, dans
Èglé^ dans Isincnc. Plus tard, les ressources musicales du théâtre s'accrurent par l'admission de M™" Trusson, de M"" de Marchais, par les débuts du vicomte de Rohan et du marquis de la Salle.
Les répétitions avaient lieu soit à Choisy, chez la marquise, soit à Paris, aux Menus-Plaisirs, ou chez l'un des sociétaires. Les représentations commençaient vers le milieu de novembre, au retour de Fontainebleau, après les grandes chasses d'automne; elles se continuaient jusqu'au carême, se succédant à des intervalles irréguliers, selon les affaires ou les plaisirs du Roi. M"" Gaussin et Dumesnil, de la Comédie- Française, dirigeaient parfois les répétitions et conseillaient les actrices ; Lanoue était répétiteur en titre, avec mille livres de pension.
Les artistes les plus illustres avaient contribué à embellir ce petit théâtre. Pérot avait peint les décorations. Boucher en brossa même quelques-unes, et les trucs des machines étaient dus à Arnould et à Tremblin ; Perronet dessinait les costumes que Renaudin et Mériotte préparaient pour les hommes, Supplis et Romain pour les dames. Le perruquier des Menus-Plaisirs, Notrelle, était chargé des coiffures; le fameux Notrelle, Xartistc le plus renommé de la capitale, qui, quelques années après, faisait insérer dans un almanach cette réclame ébouriffante : « Le sieur Notrelle, perruquier des Menus-Plaisirs du Roi et de tous les spectacles, place du Carrousel, a épuisé les ressources de son art pour imiter les perruques des dieux, des démons, des héros, des bergers, des tritons, des cyclopes, des naïades, des furies, etc. Quoique ces êtres, tant fictifs que vrais, n'en aient pas connu l'usage, la force de son imagination lui a fait deviner quel eût été leur goût à cet égard, si la mode d'en porter eût été de leur temps. A ces perruques sublimes il a joint une collection de barbes et de moustaches de toutes couleurs et de toutes formes, tant anciennes que modernes (i). »
(i) État actuel de la musique du Roi, 1767, p. io3. « .\vis au\ amateurs de spectacles. »
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Le roi s'était réservé le droit de désigner les spectateurs, et c'était une faveur insigne que d'avoir été choisi par lui, surtout quand on voyait le maréchal de Noailles et le comte, son fils, le duc de Gesvres et le prince de Conti ne pouvoir assister à l'inauguration de ce théâtre en miniature. On se relâcha peu à peu de cette sévérité, et le nombre des spectateurs augmentant toujours, force fut plus tard de construire une salle plus grande, puis d'y faire encore des additions (i).
Dans le principe, l'auteur de la pièce jouée ne pouvait assister à la représentation de son ouvrage ; mais M"" de Pompadour, toujours désireuse de se concilier l'amitié des gens de lettres, fit lever cet interdit et accorda même des entrées perpétuelles aux auteurs des pièces jouées ou désignées pour l'être. A l'origine encore, les actes d'opéra n'étaient point imprimés : M. de la Vallière, comme directeur, présentait au roi l'auteur des paroles qui les remettait manuscrites au souverain.
Les acteurs, qu'ils jouassent ou non dans la pièce, avaient l'entrée libre dans la salle. Les actrices qui ne jouaient pas se plaçaient dans une loge située le long des coulisses, et bien qu'il ne dût pas y avoir d'autres femmes comme spectatrices. M'"' de Pompadour s'était réservé deux places dans cette loge, dont l'une était toujours occupée par M™" de Mirepoix, en faveur de qui on avait fait une éclatante exception ; quelquefois encore M"" d'Estrades, de Roure ou d'autres amies de la marquise parvenaient à forcer la consigne et triomphaient du règlement.
(i) Le Magasin pittoresque a public, en 1842, une petite carte tirée des estampes de la Bibliothèque nationale, sous cette mention : Carte d'entrée au théâtre des petits appartements. MM. de Concourt et Campardon l'ont décrite sous le même titre. Nous avons de fortes raisons de croire que c'est là une erreur. Le mot parade^ inscrit en grosses lettres sur cette carte,. ne convient aucunement au théâtre de M""' de Pompadour, où l'on n'en joua jamais; de plus, h la date de i/Sg, ces spectacles avaient cessé depuis six ans. Par son caractère, par la date, par le choix des personnages représentés. Pierrot, Léandrc, Colombine, cette carte conviendrait bien mieux aux spectacles où l'on jouait des parades, comme ceux de la Guimard, des demoiselles Verrières, et surtout du duc d'Orléans.