‹ La comédie à la courChapitre 43 sur 84 · Prologue · texte numérisé non relu

Prologue

Diane M""^ Trusson.

L'Amour M°"= de Marchais.

VuLCAiN Le chevalier deClermont.

Danse : M. de Courtenvaux (un Cyclope).

Pièce :

Sylvie, nymphe de Diane. . . M""' de Pompadour.

Daphné, nymphe de Diane- . M""" Trusson.

L'Amour M"" de Marchais.

Amintas, chasseur Le duc d'.\ven.

Hylas, faune Le marquis de la Salle.

Un chasseur Le vicomte de Rohan.

Le sujet du prologue, écrit Luynss, est IWmour qui, n'ayant plus de traits dans son carquois, vient en demander de nouveaux à Vulcain, qui ordonne sur-le-champ aux Cyclopes de travailler pour ce que désire l'Amour. Ce sujet est entièrement d'imagination. C'est une nymphe de Diane poursuivie par un faune, qui en est amoureux et veut l'enlever. Elle aime .Amintas et croit que ce n'est que de l'amitié ; elle est en

(i) La répétition avait eu lieu ravant-veillc, lundi, et \'oltaire, arrivé de Cirey à Taris vers le milieu de janvier, avait dû y assister avec M'"" du Chàtelet, car celle-ci écrivait à Saint- Lambert le dimanche 23 février 1749 : » Je vais demain h'une répétition des cabinets; je mènerais une vie fort heureuse si votre idée no venait pas sans cesse me faire sentir que tout cela n'est pas le bonheur... »

garde contre l'Amour. Amintas lui déclare sa passion. Elle l'écoute, et aussitôt se reconnaissant coupable, et que Diane va faire éclater sa fureur contre elle, elle veut se percer d'un de ses traits. Elle se blesse en etîet; mais il se trouve que c'est d'un des traits que 'Vulcain, dans le prologue, venait de faire forger pour le carquois de l'Amour... Les paroles sont fort jolies et la musique charmante. C'est un des plus jolis divertissements que l'on ait joués jusqu'à présent dans les cabinets. Il parait que tout le monde en est content 1 .

On en fut même si content, qu'on redonna le même spectacle le mercredi 5 mars, afin que la Reine, le Uauphm, la Dauphine, Madame Infante et Mesdames pussent le voir : même succès qu'au premier soir.

Le lundi 10, deu.xième représentation de l'acte de la 7\-nc, des Eléincnts, et troisième représentation de Zélie et de l'acte des Saturnales, dans les Fêtes grecques et romaines : pas de changements d'interprètes. La Reine, le Dauphin et sa femme, Madame Infante et Mesdames assistaient encore à cette soirée.

Le jeudi 13, première représentation du Prince de JVoisy, opéra en trois actes de La Bruère, musique de Rebel et Francœur, qui passa pour le plus beau qu'on ait vu sur ce théâtre, sous le rapport des décorations.

Dès qu'on avait commencé les répétitions, cet opéra était devenu le sujet des conversations de toute la cour. Le duc de Luvnes écrivait à ce propos le 1 1 mars : <c Les répétitions sont, comme on peut croire, très fréquentes pour les opéras des cabinets, d'autant plus qu'on y exécute plusieurs actes composés exprès pour ce divertissement. C'est M. de la

(î) La S^/vie de Laujon fut jouée à l'Opéra le 11 novembre 1706, avec musique nouvelle de Berton et Trial. Dans le prologue, Larrivéc jouait Vulcain; M"'-" Avcnaux, Diane; et M"" Larrivde, l'Amour. D.ins l'opéra, Sophie Arnould représ.-ntaic Sylvie; M""= Larrivée, l'Amour; .M"" Avenaux, Diane; M"' "Dubois l'aînée et Dubreuil, deux de ses nymphes. Legros jouait Amintas; Larrivée, Hylas; et Durand, le Chasseur. Daubcrval figurait le Cyclope et dansait avec .M""^ Allard, un pas demeuré célèbre et dont la gravure bien connue de Carmontelle nous a transmis le souvenir. C'est dans Sylvie que Daubcrval lançait ses plus triomphantes t gargouillades i : lequel gargouillait le mieux de M. de Courtcnvaux ou de lui, du dansjur gentilhomme ou du balk-rin de profession ?...

Vallière et M"" de Pompadour qui donnent des places à ceux et à celles qui ont curiosité d'entendre ces répétitions. Cette curiosité est fort étendue, et l'on y admet beaucoup de monde, non seulement de la cour et de la ville, mais même des étrangers. Les princes de Wurtemberg y ont été, M. de Centurione, Génois, et plusieurs autres. M. de BernstorfF, envoyé de Danemark, qui a de l'esprit et du goût, et qui est fort connu de M'"" de Pompadour, a été même à plusieurs représentations, à la vérité dans une des petites loges d'en haut qui donne sur le théâtre et . où l'on n'est pas vu. ))

Le Druidk, enchanteur M. le duc d'Ayen.

Alie^ sa fille M°" de Marchais.

Le prince de Noisy, sous le nom de Poinçon. M""' de Pompadour.

Un Druide, grand-prétre, ordonnateur des jeux. M. le vicomte de Rohan.

MouLiNEAu, géant et magicien M. le marquis de la Salle.

Un suivant de Moulineau M. le chevalier de Clermont.

Danse : Le marquis de Courtenvaux, le marquis de Langeron,

le comte de Melfort (début), le marquis de Beuvron (début),

et tous les enfants de la danse (i).

Cet opéra était une imitation très lointaine du joli conte d'Hamilton, le Bélier, combinée avec la comédie de Dumas d'Aigueberre, le Prince de Noisy, et surchargée de tous les enjolivements de la galanterie précieuse et raffinée de l'époque. L'intrigue est des plus simples. Le petit Poinçon, qui ignore lui-même son titre de prince de Noisv, et le géant Moulineau se disputent le cœur de la princesse Alie, fille d'un druide quelconque, et, naturellement, le gentil Poinçon finit par tuer en combat singulier son eflVovable rival. Le principal mérite de cette pièce était de donner prétexte à de magnifiques décorations comme le temple

(i) Le Prince de Aoisy fut joué à l'Opéra le lô septembre 17G0. Distribution des rôles : Alie, M"° Sophie Arnould, le prince de Noisy, M"'-' Lemierre; le Druide, Larrivée, le géant Moulineau, Gélin. Ballet : Les demoiselles Lyonnois, Vestris, Laiiy; les sieurs Laval, Gardel Vestris, Lanv.

de la Vérité, où les deux amants viennent consulter l'oracle, et d'amener beaucoup de danses qui étaient, au dire de Luynes, <(. très bien imaginées et exécutées dans la perfection. La musique, ajoute-t-il, est très agréable et dans le goût françois. >■ La marquise trouvait enfin dans le petit Poinçon un rôle très fatigant, mais qui lui convenait à merveille : elle s'v montra ravissante de grâce et de tendresse, et obtint un véritable triomphe.

Mercredi iget samedi 2 J mars, deuxième et troisième représentations du Prince de Noisy, en présence de la Reine, du Dauphin et de la Dauphine, de Mesdames Adéla'ide et Victoire. La représentation du 22, la dernière de l'année, fut, selon l'usage, donnée pour la capitation, à l'exemple de lOpéra de Paris.

C'est sur la fin de cette saison théâtrale si bien remplie que la marquise adressait à son amie, M'"" de Lutzelbourg, ce petit billet où elle retraçait en deux mots toutes les agitations de cette fiévreuse existence :

J'espère et je me flatte bien tort, grande femme, que mon silence n'a lait nulle impression sur vous, en tous cas vous sériés bien dans votre tort. La vie que je mène est terrible, à peine ais-je une minutte à moy, répétitions et représentations et deux fois la semaine voyages continuels tant au petit Château qu'à la Muette, etc. Devoirs considérables et indispensables, Reyne, Dauphin, Dauphine gardant heureusement la chaise longue, trois filles, deux infantes, jugés s'il est possible de respirer, plaignes moi et ne m'accuses pas - i '. »

Tant de succès ne mettaient pourtant pas les acteurs à l'abri de certaines mortificajtions d'amour-propre, coiume celle que d'Argenson raconte en mars 174g : " Il v a eu une aventure à un bal de la ville, à Versailles, où le Roi était : une petite Cazaux, fille d'un officier du Gobelet, était masquée ; M"'" de Brancas lui parla, et lui demanda si

(1) Correspondance de M"'- de Ponipadoiir, publiée parA.-P. Malassis; p. 10:. — La Dauphine était alors en convalescence d'une fausse couche, arrivée à la fin de janvier 1749, la seconde, et qui lit un moment désespérer le Roi d'avoir jamais des petits-lils.

elle avait été à l'opéra des cabinets ; elle dit que oui, et fit une description si critique du peu de talent des acteurs, qu'ils ont tous juré de ne plus jouer l'opéra; ils ont renoncé au théâtre. »

La morale de tout cela est qu'en cette seule année, les dépenses du théâtre des petits cabinets s'élevaient au moins à cent mille écus. M. de la Vallière, qui avait tout intérêt à ne pas exagérer le chiffre de la dépense, disait que les sommes employées pour la construction de la salle, pour les habits, pour les décorations et même pour les gratifications en bijoux ou en argent données aux musiciens, n'avaient pas dépassé ce chiffre de 100,000 écus. C'est déjà fort joli, surtout si l'on remarque qu'on avait fait usage de beaucoup de choses qui étaient dans le magasin des Menus-Plaisirs ; et pourtant le duc de Luynes lui-même refuse de croire à cette affirmation, et assure que la somme énoncée par le duc de la Vallière est au-dessous de la vérité. Les libéralités de la favorite devaient encore l'accroître. « L'on vient de donner des pensions à des artistes, pour services rendus à la marquise de Pompadour, écrit d'Argensonle 16 novembre 1749. Tribou, son maître à chanter, a 800 liv. sur le trésor roval ; Lagarde, son maître de composition et qui a une voix si agréable, a 1,500 livres. >> La marquise offrait, l'Etat pavait.

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