C LI T A N D R E D A M I S
Henri . .
Constance Sophie . .
Florine. .
lit-il plusieurs changements de rôles :
M. DE Duras.
M. de Maillebois.
M. le duc DE Chartres, au lieu de M. de Croissy. M. DE Pons, au lieu de M. de Voyku ])' Argicnson. M. DE Voyer, au lieu de M. de Coigny. M. le comte de Frise, au lieu de M. de Gontaut.
M"'^ DE POMPADOL'R.
M"" DE Marchais, au lieu de M""' de Pons.
M""" DE LiVRY.
Le mercredi 4 février, reprise, avec corrections, ôl Erigonc et de Zélic. Les acteurs demeuraient les mêmes, sauf M"" de Brancas, remplacée par M""" Trusson dans Antonoé, et le chevalier de Clermont qui remplaçait ^L de la Salle dans le suivant de Bacchus, âî Erigone.
C'était assez de reprises : aussi donna-t-on trois premières représentations pour fêter le mardi-gras, 10 février. On commença par un fragment d'une comédie de Dancourt, la Foire Saint- Germain, jouée le 19 janvier i6g6 à la Comédie-Française.
M"" Mousset, marchande de modes. . . M"" de Livry.
LoRANGE, marchand de café, en Arménien. Le duc de Duras.
Le chevalier DE Castagnac, gascon . . . Le marquis de Voyer.
Urbine, gasconne M °"^ de Brancas.
Clitandre, amant d'Angélique Le chevalier de Pons.
Le Breton, son valet Le comte de Maillebois.
Angélique ; M™"" de Marchais.
M"" IsAAC, sa gouvernante Le marquis de Sourches.
Jasmin, laquais d'Angélique Le chevalier de Clermont.
M. Farfadel, banquier Le duc de Chartres.
M'" de Kermonis, bretonne M"" de Pompadour.
Marotte, grisette M"" Trusson.
Puis venait un second fragment, composé de scènes du Secret révélé,
une ancienne comédie de Brueys et Palaprat assez peu amusante, jouée
2i8 MADAME DE POMPADOUR.
au Théâtre-Français, en 1690, et des Vendanges, comédie en un acte, de Dancourt, donnée au Théâtre-Français le 30 septembre 1694.
Lucas (Thibault), vigneron. . . Le duc de Chartres.
Eraste, amant de Claudine. . . Le chevalier de Pons.
Oronte, bourgeois, son rival. . Le marquis de Voyer.
Margot, femme de Lucas . . . M"'= de Brancas.
Claidine, nièce de Lucas. . . M°° de Pompadour.
LoLivE, valet d'Eraste Le comte de Frise.
CoLiNj valet de Lucas Le duc de Duras.
Un Laquais Le chevalier de Cl f;R m ont.
La soirée se termina par la première représentation d'un ballet-pantomime, Alignonnettc, dû à la collaboration de Dehesse, Lanoue, Lagarde et Tribou. C'était l'histoire d'un géant amoureux de la princesse Mignonnette. Les quatre auteurs jouaient les rôles du géant Nigrifer, du génie Luisant, de l'esclave Ziblis et du suivant Magotin. La petite P^oulquier, âgée de neuf ans, représentait la princesse, et le petit Vicentini, âgé de six, jouait le rôle du prince Hochet, amant de Mignonnette. Ce qui plut particulièrement dans la pièce fut une danse intitulée le Ballet des Chiens. Ce petit divertissement avait, au dire de d'Argenson, coûté la bagatelle de cinquante mille écus.
Le mercredi 18, on donna en présence du Dauphin et de Mesdames une nouvelle représentation ^ Erigonc et de Zclic, jouées comme la dernière fois. La Reine n'v assistait pas.
Le mercredi 25, première représentation de la yoiirnce galante, opéra-ballet en trois actes, paroles de Laujon, danses de Dehesse, musique de Lagarde. Les trois actes de cet opéra avaient des titres différents.
Le premier était la Toilette de Vcmis :
Vénus M°° de Pompadour.
Mars M. de la Salle.
Les Grâces : M"" Puvigne: (i), Camille, Chevrier. (i) Cette jolie entant avait conquis les bonnes gràcL's du directeur de la troupe. « M. de
Le deuxième, /es Aiiittscincuts du soir on /a Musique, avait déjà été représenté au théâtre des cabinets, le 13 janvier 1748, sous le titre d!Eglc. Le duc d'Ayen conservait le personnage d'Apollon, M"" de Marchais remplaçait M"" de Pompadour dans le rôle d'Eglé, et M""' Trusson, M'"° de Brancas dans celui de la Fortune.
Le troisième était la Nuit ou Lcandrc et Hcro :
Héro, prêtresse de Vénus . . . . M"" dk Pompadouu.
Léandre, amant d'Hcro M. dk Rohan.
Neptune M . d 1 : C l k r m o n t .
Danse : MM. de Melfort, dk Bki'vron et dk Courtknvaux.
Musique et paroles, tout parut agréable dans cet ouvrage : le deu.xième acte plut infiniment, le troisième fut moins goûté parce qu'il comprenait une tempête très longue et très difficile à rendre avec le petit orchestre du théâtre.
M""" de Pompadour et ses amis avaient abordé avec succès la comédie, l'opéra, le ballet; il ne manquait à leur couronne qu'un fleuron, la tragédie. Ils prétendirent le gagner, et le samedi 28 février, ils représentèrent YAlzirc de Voltaire, jouée à la Comédie le 27 janvier 1736.
Don Alvarès . . (Sarrazin) M. de PfiNs.
Don GusMAN. . . (Grand val) M. de M aille bois.
Montés M. de la Salle.
Zamore Qlinal'lt- Dufresne). M. de Duras.
Un Américain M. de Clermont.
.Alzire M"'^ Gausstni M""- de Pompadour.
Elmire
Céphank
M"" DE Marchais.
Tout en affectant un grand courage, les nobles acteurs ne laissaient
la Vallièrc s'est mis à entretenir la petite Puvigné, danseuse de l'Opéra, qui a à peine treize ans et qui n'est qu'une enflint: il fait construire pour lui des cabinets à sa maison des champs, ù l'imitation du Roy; il doit de tous cotes. » [Mémoires du marquis d'Argenson, décembre 1748.)
pas d'être fort inquiets. « La pièce est difficile à jouer, dit le duc de Luvnes, et les acteurs craignoient de ne pas réussir, de sorte qu'il y eut beaucoup moins de gens admis qu'à l'ordinaire. La pièce cependant fut fort bien jouée. M""' de Pompadour et M. de Duras surtout reçurent l'un et l'autre de grands éloges, qui leur étoient justement dus. » Le spectacle se termina par une petite pantomime, les Sabotiers, exécutée par le petit Vicentini et la petite Foulquier.
Le lendemain, Voltaire alla saluer la marquise à sa toilette et lui adressa cet impromptu, où il faisait galamment allusion à son succès de la veille :
Cette Américaine parfaite
Trop de larmes a fait couler.
Ne pourrai-je me consoler
Et voir Vénus à sa toilette ?
Le lendemain aussi, la marquise écrivait à son frère, le marquis de Vandière, qui voyageait alors en Italie avec un cortège d'artistes et de gens de lettres, Charles Cochin, Soufflot, l'abbé Leblanc, etc., pour étudier les beaux-arts : <( Nous avons joué hier pour la première fois, la tragédie, c'étoit ^/sr/rd". On prétend que j'ai été étonnante. M. de Tournehem vous en parlera sûrement; aussi je ne m'y arrêterai pas davantage (i). »
Le mercredi 4 mars, deuxième représentation de la "fournée galante, de Laujon et Lagarde : tout marcha comme au premier jour. La Reine, le Dauphin et la Dauphine assistaient au spectacle. La présence de la Reine causa même une vive surprise à la cour et fournit matière à de nombreux commentaires, k J'ai marqué que la Reine alla hier à l'opéra des petits cabinets, écrit Luynes ; elle ne fut avertie qu'à six heures du soir ; jusque-là elle avoit cru qu'elle n'iroit point, d'autant plus qu'elle n'y av^oit point été depuis le mardi gras. Personne ne sait la raison de ce
(i) Correspondance de M»" de Pompadour, p. Sj. Lettre du 1" mars lySo.
QUATRIEME ANNEE, i74q-i75o.
changement; on a cru que le Roi auroit désiré que la Reine lui en parlât, et c'est ce que la Reine n'a jamais voulu faire. La Reine n'ayant donc fait aucune démarche, on ignore de même ce qui a déterminé le Roi de lui faire proposer d'aller hier à l'opéra. »
Deux jours après, la troupe avant repris confiance rejoua Alzirc devant un auditoire plus nombreux. Voltaire assistait à la représentation de son ouvrage qui fut encore mieux rendu que la première fois; malheureusement pour son amour-propre, il dut entendre le Roi exprimer tout haut son étonnement de ce que l'auteur ^Alzirc fût le même que celui à'Orcstc. Cette brillante soirée fut terminée par un ballet-pantomime de Dehesse, les Saz'ovaids ou les Alannotres, qui avait été joué à la Comédie-Italienne, le 30 août 1749, et dans lequel M"' Favart dansait et chantait avec verve une chanson savoyarde française de Collé (i).
A ce moment le théâtre dut faire relâche plusieurs fois par suite d'indispositions. <« Il devoit V avoir spectacle dans les cabinets avant-hier, aujourd'hui et après-demain, — écrit Luynes le jeudi 12 mars, — on devoit jouer la comédie du Méchant, de M. Gresset, et deux fois l'opéra du petit Poinson, qui a déjà été joué dans les cabinets; un gros rhume de M™" de Pompadour et la maladie de M""' de Brancas douairière ont dérangé jusqu'à présent tout ce projet. L'on compte jouer ces deux pièces après la quinzaine de Pâques. >'
En effet, le samedi 18 avril, la troupe reprit le Méchant qu'elle n'avait pas joué depuis plus de deux ans.
Cléon Le duc dk Diras.
Gérontk Le duc df. Chaktuiôs.
Aristk Le chevalier dk Pons, au lieu de M. de Maillebois.
Valère M. DE Monaco (début), au lieu de M. de Nivernois.
(i) Voir le chapitre consacré h M""" Favart dans notre Histoire du Costume au Théâtre, depuis les origines du théâtre en France jusqu'à nos jours, avec vingt-sept gravures et dessins originaux. '(îranj in-S», Charpentier, 1880.)
Frontin M. DE M AiLLEBOis, au lieu de M. de Gontaut.
Lisette M"" de Pompadour.
Chloé M""" de Marchais, au Heu de M"" de Pons.
Florise M™" de Livry, au lieu de M'"' de Brancas.
Après la comédie vint un Pas de six, ballet-pantomime héroïque.
Deux Faunes . MM. de Courtenvaux et de Langeron.
Deux Bergers MM. DEMELFORxetDEBEuvRON.
Deux Bergères Les demoiselles P u v i g n é et Camille.
Cette représentation, ayant commencé fort tard^ ne se termina qu'à onze heures et demie : elle fut suivie d'un médianoclie servi dans les cabinets.
Après cette double excursion dans le répertoire de la Comédie-Française, les nobles comédiens revinrent à la musique, et ils obtinrent leurs derniers succès, les samedi 25 et lundi 27 avril, dans deux représentations de ce charmant opéra du Prince de JSfoisy, qui resta le plus grand succès remporté, durant ces quatre années, par la troupe de la favorite. « J'ai eu la migraine aujourd'hui, écrit-elle à son frère le 26 avril, je la traînais depuis trois jours; elle ne m'a pas empêché de jouer hier le Prince de Noisy, et demain encore pour finir. C'est un opéra admirable depuis les changements (i). »
Cet opéra n'eut pourtant qu'une réussite douteuse, lorsqu'il fut joué di.x ans plus tard, à l'Académie de musique, en septembre 1760. Le marquis de Paulmy, alors ambassadeur à Varsovie et qui était en correspondance réglée avec le président Hénault, témoignait à son ami son impatience de lire enfin Tancredc que ses prédilections pour la littérature dramatique lui faisaient vivement désirer, puis il ajoutait : k Mais, hélas! quand les belles choses arrivent-elles ici ? Quand elles sont sues par
[\] Correspondance de M"'" de Pompadour, publiée par A. -P. Malassis; p. 5i.
QUATRIHME ANNÉE, 1749-1750. 223
cœur à Paris et déjc\ traduites à Londres. Je suis fâché que h Prince de N^oisy n'ait pas réussi. Il m'avait fait plaisir à Versailles et k Bellevue ; mais je sens bien que cela a peu de mine. Nous nous italianisons tant en musique, nous nous anglaisons tant en religion, nous nous... tant en politique, nous nous subtilisons tant en finance et en commerce, nous philosophons tant sur toutes sortes de matières, que je ne sais ce que nous deviendrons à la fin (i). )>
Ces lu.xueux divertissements n'allaient pas sans exciter de nu-chants propos et des satires où s'épanchait le dépit des mécontents de la cour et de la ville. L'argent n'était que le prétexte, la raison vraie était l'amour-propre froissé de ceu.x qui n'avaient pu se faire admettre au nombre des spectateurs.
On chansonna la nouvelle mode introduite par la favorite. Tant qu'on ne fit que chanter, il n'y eut pas grand mal ; mais bientôt des satires virulentes et des pamphlets circulèrent sous main, qui s'attaquaient plus haut. C'est ainsi qu'on colportait des poésies emphatiques et violentes :
Parmi ces histrions qui régnent avec toi,
Qui pourra désormais reconnaître son Roy (2)?
Sur le trône français on fait régner l'amour. La fureur du théâtre assassine la Cour. Les palais de nos Roys jadis si respectables Perdent tout leur éclat, deviennent méprisables; Ils ne sont habités que par des baladins (3) !
C'est ainsi qu'on pouvait lire dans l' Ecole de r/ioiiuiic, oit Paiall'clc des portraits du siècle et des tableaux de l' Ecriture-Sainte, des atta-
(i) Correspondance inédite du marquis de Paulmy avec le président Hénault, quatorze lettres (de Varsovie, 2 novembre 17G0 au iS décembre 171^2', appartenant h M. Honore Bonhomme et publiées par lui en partie dans la Revue Britannique, de juin 1876.
(2-3) Bibliothèque nationale, .^/.'t»(l/5c•n■/ Clairambault, février 1749.
ques comme celles-ci : k Lindor, trop gêné dans sa grandeur pour prendre une fille de coulisses, se satisfait en prince de son rang : on lui
bâtit une grande maison, on y élève exprès un théâtre où sa maîtresse devient danseuse en titre et en office ; hommes entêtés de la vanité des sauteuses, insensés Candaules, ne pensez pas que le dernier des Gygès soit mort en Lydie. )>
Lindor- Louis XV jugea qu'il était temps de restreindre ces amusements. M"" de Pompadour venait précisément de se faire construire — sur ses épargnes, assurait sans rire M. de Tournehem, — le délicieux château de Bellevue, qui avait coûté près de trois millions. La marquise n'avait pas oublié l'actrice dans l'ordonnance intérieure du château, et elle y avait fait construire un charmant petit théâtre. Le Roi, tout heureux de pouvoir atténuer le mauvais effet que ces divertissements faisaient dans le public, sans nuire aux succès dramatiques de la marquise, mit en avant les dépenses excessives occasionnées par ces fêtes, et décida qu'il n'y aurait plus à Versailles ni comédies, ni ballets, ni chant, ni danse, et que les spectacles particuliers auraient lieu désormais au château de Bellevue.