‹ La comédie à la courChapitre 49 sur 84 · ET DE L'ORCHESTRE AU COMPLET · texte numérisé non relu

ET DE L'ORCHESTRE AU COMPLET

Le luxe le plus merveilleux brillait sur le théâtre de la favorite, qu' laissa loin derrière lui l'Opéra pour la pompe du spectacle et la richesse de la mise en scène. Les noms seuls des peintres, costumiers, décorateurs, que nous avons donnés en commençant, étaient de siàrs garants du goût et de la splendeur qu'on devait observer dans les moindres parties de la représentation théâtrale. Mais il n'est telles imaginations que la réalité ne dépasse et, pour se faire une idée de ce luxe éclatant, il faut avoir sous les yeux les sommes énormes qu'on dépensait pour l'organisation matérielle de ces spectacles.

Il suffit pour cela d'ouvrir le Livre ronge. Voici ce qu'on y lit concernant les spectacles des petits cabinets pour l'année 1750 :

A M. de la Vallière, pour les spectacles :

Le 22 février ijSo , 20^000 liv.

Le 22 mars — ■ 20,000 —

Le 19 avril — 20,000 —

Le I- mai — 3o,ooo —

Le 7 juin — 3o,ooo —

Le 12 juillet — 3o,ooo —

.1 reforter iSojOOoliv.

Report iSOjOoo liv.

Le 9 août ijSo SOjOoo —

Le 20 sept. — 2 5,ooo —

A Hébert, pour différentes fournitures de bijoux, donnés à ceux qui ont représenté sur le théâtre des petits appartements, le 16 mai 1751 25,2o3 —

Total 23o,2o3 liv. (1).

Ce n'est là que la dépense d'une année. Un document plus considérable nous permet de suivre dans le détail les comptes et dépenses ayant pour objet les spectacles privés de Versailles.

C'est une liasse de papiers ayant appartenu sans doute au duc de la Vallière et qui renferment quantité de comptes et d'états ayant trait au théâtre des petits cabinets. Ce précieux recueil manuscrit est resté inédit juqu'à ces dernières années : il était comme perdu dans les rayons de la bibliothèque de l'Arsenal. M. Jules Cousin, le savant bibliothécaire de la ville de Paris, alors attaché à l'Arsenal, en fit faire une copie exacte qu'il remit à M. Campardon, quand celui-ci publia son Histoire de M'"" de Pompadour. Ce dernier le reproduisit extension à la fin de son ouvrage. Nous allons en donner un résumé aussi bref et aussi clair que possible. C'est en lisant cette longue suite d'additions qu'on pourra apprécier les sommes folles absorbées par ces joyeux divertissements.

Le premier mémoire est celui du perruquier Notrelle, un des principaux coopérateurs de la noble compagnie. Il est intitulé : Mémoire de toutes les fournitiucs de pernqucs et accoinniodagcs faits pour les petits appartcmens, par Notrelle, peruquicr des menus plaisirs du Roy

(i) Registres des dépenses secrètes de la Cour, connus sous le nom de Livre rouge. apporté par des députés des corps administratifs de Versailles, le 28 février 1793, l'an deuxième de la République, déposé aux Archives et imprimé par ordre de la Convention nationale. 3 vol. in-S°, 1793.

MISE EN SCENE, COSTUMES ET TûÉCORATION S. 23/

SOI/S les ordres de M. le duc de la J'allie rc, en 1747 et 1748. Le total de ce compte monte à 3,597 livres, que le perruquier réduit facilement à 2,000, en homme siîr de gagner encore gros sur ses déboursés. Ce mémoire se compose de dix-neuf articles différents, rédigés tous sur le modèle suivant :

HUITILMK ARTICLE.

Du jeudy i5 février 1748.

Sixième représentation à Versailles.

Fourni 11 peruques à la romaine pour les chœurs 44 liv.

I peruque pour M""" Camille 4 —

7 allonges et faces pour les danseurs et danseuses 28 — ■

I peruque carrée extraordinaire pour M. de Clermont d'Amboise, laquelle il a fallu envoyer chercher à Paris; pour ce, à cause du

voyage 10 —

H journées pour ledit Notrelle, à i 5 livres par jour 45 —

3 journées pour la maîtresse coeffeuse, à i5 livres aussi par jour . 45 —

3 journées pour la seconde coetfeuse, à f) liv. par jour 18 —

3 journées pour 2 garçons peruquiers, à 6 liv. chacun par jour . 36 —

Pour la poudre et la pomade 6 —

236 liv.

Plus, le dimanche précédent, i i février, ledit Notrelle est allé à Versailles, selon les ordres qu'il avait receûs, avec la maîtresse coeffeuse, la seconde coeffeuse et 2 garçons peruquiers, et ils ont été obligés de revenir, y ayant eu un contre-ordre à cause de la maladie de M""' Adélaïde. Pour ce, ce qu'il plaira à Monseigneur le duc de la Vallière d'ordonner

On peut le voir par ces derniers mots comme à propos de la mort de M. de Coigny, le sieur Notrelle ne perdait jamais la tète au milieu des événements plus ou moins graves qui dérangeaient l'économie des représentations de la cour.

Viennent ensuite divers états des plus intéressants et des plus chers.

r Etat des soinines dues aux tailleurs qui ont été à Versailles pren-

drc les mesures, essayer les habits et habiller aux représentations. — Total : 744 livres.

2° Etat des avances faites par le sieur Perronnet pour les ballets des petits appartements, depuis le mois de décembre ïj^j jusqu'à la fin de mars 1748. — 1,625 livres 10 sols.

3° Etat des marchandises fournies au sieur Perronnet pour les ballets des petits appartements. — ii,737 livres, o sols, 5 deniers.

4" Etat des dépenses pour les ballets des petits appartements de 1747 à 1748, comprenant les bas de soie (855 livres), les souliers pour le chant et la danse (495 liv.), les chapeaux (94 liv.), et les ustencils (148 liv.). — Total : 1,592 livres.

Nous trouvons à la suite un mémoire du costumier Péronnet : Etat des habits faits pour les ballets des petits appartements. Cette note, qui comprend la description minutieuse de chaque costume, s'élève à la somme totale de 12,189 liv. Et pourtant elle ne contient que les habits d'une dizaine de pièces, tout au plus.

Voici maintenant le document le plus considérable du recueil ; c'est V Inventaire général des habits et ustencils du théâtre des petits appartements sous la garde de M"" Schneider, fait en l'année 1749. ^^ ^^ divise en deux catégories : Habits d'hommes et habits de femmes. Pour avoir une idée de la façon dont cet inventaire est dressé, nous allons transcrire le chapitre des habits de femmes (chant) pour l'opéra de Tanciéde.

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