COMÉDIES INTIMES
nions, et le mauvais gré qu'il sait au prince son frère a paru dans la petite occasion suivante. Ces jours derniers, les princes et princesses étant entre eux, ils imaginèrent de répéter quelques scènes de comédie. On en joua une du Tartufe : M. le comte de Provence faisait ce rôle. Après la scène jouée, le Roi dit : « Cela a été rendu à merveille; les personnages y étaient dans leur naturel. »
Lorsque Marie-Antoinette fut devenue souveraine, elle ne marqua d'abord aucun désir de reprendre ces divertissements, de peur sans doute que le Roi ne désapprouvât chez la Reine un genre de distraction qu'il avait permis à la Dauphine, mais elle essaya de l'amener lentement i\ cette idée de la voir jouer la comédie. Les séjours qu'on faisait chaque année à Choisy lui offraient une occasion favorable pour distraire le Roi par des spectacles. Louis XVI avait précisément un secret penchant pour les pièces comiques et en particulier pour les parodies. Quelques années auparavant, il avait été tellement diverti par une parodie d'^/ce.y/e jouée devant lui à Trianon, qu'il avait chargé La Ferté d'en faire compliment au.\ auteurs, Auguste Desprès et Grenier, et de les inviter à continuer d'écrire des pièces aussi amusantes (i).
A peine montée sur le trône, Marie-Antoinette avait fait attribuer le privilège exclusif de donner des spectacles et bals dans Versailles à certaine comédienne nomade, issue d'une famille de marins, élevée aux Ursulines de Bordeaux, qui avait parcouru la province et même les colonies à la tête d'une troupe dramatique, qui avait débute à la Comédie-Française, mais sans succès ;\ cause de son accent méridional, et qui dirigeait depuis six à sept ans un théâtre à Versailles, rue Satory. Cette femme, entreprenante et brave, de son vrai nom Marguerite Brunet, devait rester doublement célèbre sous le surnom de Montansier, et par ses brillants états de service comme directrice et par son dévoue-
(t; Mémoires secrets, G août 1776.
ment si complet à la cause royale, à la personne de la Reine en particulier. Dès qu'elle eut obtenu pour Versailles un privilège étendu bientôt à toutes les villes où la cour allait fixer sa résidence, elle entreprit de faire construire la salle de la rue des Réservoirs : l'ouverture n'en put avoir lieu qu'au bout de deux ans, mais dès 1775 la Montansier s'efforça de mériter ce titre de directrice des spectacles royaux en organisant force représentations pour l'amusement de la cour et surtout de la Reine qui y prenait un plaisir indicible. Cette passion pour la comédie que la souveraine ne se privait nullement de satisfaire, même aux jours de fêtes solennelles, scandalisait fort les esprits sévères et religieux, si bien que l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, crut devoir écrire exprès au ministre Malesherbes.
A Conflans, ce 21 aoust 1775.
Des personnes pieuses^ Monsieur, et qui respectent la Religion ont cru devoir m'informer qu'il est d'usage depuis quelque tems que la Comédie de la suite de la cour joue les jours de grandes fêtes, tant à Versailles qu'aux grands voyages du Roy. Ces personnes voient avec la plus grande peine que la Directrice de cette Comédie affecte de choisir les jours de fêtes annuelles où les spectacles sont prohibés à Paris pour donner le sien à Versailles dans l'espérance d'y avoir plus de monde : ce qui est arrivé mardy dernier, jour de l'Assomption, une des fêtes annuelles du diocèse, tandis qu'elle aurait pu donner son spectacle la veille ou le landemain de cette fête. Les honetes gens gémissent sur un usage aussi abusif, aussi contraire à la décence, et que le Ro\' étant Dauphin dcsapprouvoit fort, à ce qu'on m'a assuré. J'espère donc, Monsieur, de votre amour pour la Religion et de votre zèle pour le bon ordre que vous vous porterés à faire cesser un pareil scandale : on ne peut rien ajouter au sincère et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
■j Chr. Arch. de Paris.
Je crois devoir vous prévenir, Monsieur, que cet abus s'était introduit peu de tems avant la mort du feu Roy (i).
(i) L'original de ce curieux document appartient à M. Ch. Fournier, qui a bien voulu nous le communiquer.
Plus récemment, le Roi n'avait pas dédaigné de s'entendre avec des comédiens pour fronder la mode des courses de chevaux, importée d'Angleterre, qui commençait à se répandre, et dont le comte d'Artois était un des plus ardents promoteurs. Au mois de novembre 1776, lors du séjour de la cour à Fontainebleau, tous les seigneurs s'étaient passionnés pour une grande course où devait paraître pour la première fois un cheval mvstérieux, nommé /f A^oZ/'ty!»///, appartenant au comte d'Artois. Il n'v avait pas moins de 3,800 louis de paris consignés à Paris, chez le notaire Clos-Dufresny. Des amateurs d'Angleterre étaient venus pour assister à cette course, et l'un d'eux avait offert un pari de 10,000 louis contre le cheval du comte d'Artois. On ne s'accordait pas d'ailleurs sur le mérite de cet animal : les connaisseurs anglais le jugeaient très sévèrement ; aucuns disaient même qu'il était usé, et que l'ancien propriétaire qui l'avait vendu au comte d'Artois pariait contre sous un faux nom. Le duc de Chartres tenait contre le comte d'Artois. Le Roi, lui, dédaignait ces distractions futiles et avait manifesté l'intention de proscrire les courses de chevaux ; cependant, pressé par les sollicitations de son cousin et de la Reine, que ces distractions amusaient beaucoup, il avait fini par céder et devait assister pour la première fois à ce spectacle. Le comte d'Artois lui avait même demandé de parier en sa faveur ; le Roi parut consentir, et, pressé de s'expliquer, dit qu'il risquerait bien jusqu'à un écu de 3 livres : le comte d'Artois se retira assez dépité. La course eut lieu le 19 novembre et son cheval fut battu (i).
(i) Mémoires secrets, du 7 au 14 novembre 1776. — Mercy-Argenteau juge ainsi ces distractions hippiques : « Le séjour h Fontainebleau, ccrit-il à l'impératrice le 18 décembre, avait été terminé par une course de chevaux anglais, rendue intéressante par les paris considérables dont elle devait décider. M. le comte d'Artois y avait mis au jeu pour au delà de cent mille francs; son fameux cheval de course perdit, et le jeune prince en fut affecté d'une douleur que sa vivacité naturelle rendit très démonstrative et même peu décente. La Reine y prit plus de part qu'il n'aurait été h désirer, et le Roi, qui, par complaisance pour la Reine, s'était trouvé, cette seule fois, au spectacle dont il s'agit, en fut très mécontent, soit par rapport au fond de l'objet, soit par rapport à l'espèce de désordre, de confusion et de pèle-mcle
A quelque temps de là, les Comédiens français vinrent représenter à la cour le Don jfapliet d'Arménie de Scarron. Le Roi, pour s'amuser, donna le mot aux coryphées de la cavalcade, et leur recommanda d'imiter toutes les allures, attitudes et simagrées de la Reine et du comte d'Artois à cette fameuse course de Fontainebleau ; il prit même soin de les faire répéter en personne. Cette farce fut exécutée avec tant de vérité que la Reine et le prince se reconnurent aussitôt. Leur premier mouvement fut de se fâcher d'une pareille audace, mais l'affectation que le Roi mettait à rire et à applaudir leur fit juger qu'il était d'intelligence avec les acteurs, et ils prirent sagement le parti d'applaudir leur propre caricature. Le Roi fut tellement ravi de ce spectacle qu'il voulut que tous les acteurs, farceurs et suivants de la troupe « eussent bouche à cour » ce jour-là, et il les fit copieusement régaler (i).
Nous relèverons en passant un fait qui montrera quelle fantaisie règne dans les prétendus Mcmoircs de Fleury. On y lit que la Reine reprit goût au théâtre à propos de la lecture d'une pièce de Dorât, qu'elle voulut bien entendre à la sollicitation de M. de Cubières. « Mole lut pour l'auteur, dit Laffitte, et mit tant de prestige dans son débit que les souvenirs des amusements passés se réveillèrent; le petit comité de Sa INLijesté
qu'il occasionnait. La Reine est elle-même bien convaincue du peu de raison et de convenance qu'il y a à ces imitations anglaises. Elle a exhorté plusieurs personnes à tâcher de guérir M. le comte d'Artois; mais il a été représenté à Sa Majesté que son désir à cet égard n'était nullement d'accord avec la conduite qu'elle tenait, et qu'aussi longtemps qu'elle marquerait tant d'empressement h aller à ces courses, il serait impossible de persuader M. le comte d'Artois de s'en détacher. Ces fâcheux amusements finirent par donner lieu à une scène tragique. Deux Anglais se prirent de querelle, se défièrent en duel et allèrent terminer leur différend sur le territoire de Votre Majesté, à Quiévring. Les combattants se blessèrent tous deux à coups de pistolet. L'un de ces Anglais se comporta assez mal; c'était le même étourdi nommé Fitz-Gerald, qui avait souvent amusé la Reine à la chasse en sautant des barrières et hasardant des tours périlleux qui lui avaient valu plus d'attention et plus d'accueil que ne méritaient ces sortes d'extravagances. » — Voir aussi sur ce sujet le rapport ostensible de Mcrcy (i5 novembre 1778) et la note secrète du même jour qui le commente. (1) Mémoires secrets, i3 février 1777.
s'occupa bientôt de former une troupe dans l'intérieur du palais. ); Ce récit dit précisément le contraire de la vérité, car cette malheureuse lecture et la mésaventure qui s'ensuivit détournèrent la Reine, pour un temps, de s'occuper d'affaires théâtrales et de patronner des auteurs. Le récit tout simple et tout vrai de M""" Campan est bien plus joli que l'histoire imaginée par Laflitte :
La Reine avait éprouvé des désagréments pour avoir fait représenter la tragédie du Connétable de Bourbon aux fêtes du mariage de M"" Clotilde, sœur du Roi, avec le prince de Piémont. Paris et la cour blâmèrent l'inconvenance des rôles que jouaient dans cette pièce les noms de la famille régnante et la puissance avec laquelle on contractait une nouvelle alliance. Une lecture de cet ouvrage, faite par le comte de Guibert dans les cabinets de la Reine, avait produit dans le cercle de Sa Majesté ce genre d'enthousiasme qui éloigne les jugements sains et réfléchis. Elle se promit bien de ne plus entendre de lectures. Cependant, à la sollicitation de M. de Cubières, écuyer du Roi, la Reine consentit à se faire lire une comédie de son frère. Elle avait réuni son cercle intime : MM. de Coigny, de Vaudreuil, de Besenval, et M"" de Polignac, de Châlon, etc. ; et, pour augmenter le nombre des jugements, elle admit les deux Parny, le chevalier de Bertin, mon beau-père et moi. Mole lisait pour l'auteur. Je n'ai jamais pu m'expliquer par quel prestige cet habile lecteur fit généralement applaudir à un ouvrage aussi mauvais que ridicule. Sans doute que l'organe enchanteur de Mole, en réveillant le souvenir des beautés dramatiques de la scène française, empêcha d'entendre les pitoyables vers de Dorat-Cubières. Je puis assurer que les mots: Charmant ! charmant '. interrompirent plusieurs fois le lecteur. La pièce fut admise pour être jouée à Fontainebleau, et, pour la première fois, le Roi fit baisser la toile avant la fin de la comédie. Le titre en était le Dramomanc ou le Dramaturge. Tous les personnages mouraient empoisonnés par un pâté. La Reine, très piquée d'avoir recommandé cette ridicule production, prononça qu'elle n'entendrait plus de lecture, et cette fois elle tint parole (i).
M"" Campan dit un peu plus loin :
La Reine, pendant les années qui s'écoulèrent de lyyS jusqu'en 1781, se trouvait à l'époque de sa vie où elle se livra le plus aux plaisirs qui lui étaient offerts de toutes
(i) Mémoires Je M""" Caiiiyan, ch. vu.
parts. Il y avait souvent^ dans les petits voyages de Choisy, spectacle deux fois dans la même journée : grand opéra, comédie française ou italienne à l'heure ordinaire, et, à onze heures du soir, on rentrait dans la salle de spectacle pour assister à des représentations de parodiesj où les premiers acteurs de l'Opéra se montraient dans les rôles et sous les costumes les plus bizarres. La célèbre danseuse Guimard était toujours chargée des premiers rôles; elle jouait moins bien qu'elle ne dansait; sa maigreur extrême et sa petite voix rauque ajoutaient encore au genre burlesque dans les rôles parodiés d'Ernelinde et d'ipliigcnie (i).
Cette parodie de l'opéra ^ Ernelindc avait obtenu le plus grand succès à la cour. Jouée d'abord à Paris, chez la Guimard (2), elle fut représentée une seconde fois, à Choisy, en octobre 1777, la veille du départ de la cour pour Fontainebleau. Le roi fut tellement ravi qu'il fit attribuer une pension à l'auteur, le danseur Despréaux. « On peut juger par cette faveur, ajoutent les Mémoires secrets (12 octobre), combien Sa Majesté a encore l'ingénuité du bel âge et aime à rire. On était assez embarrassé jusqu'à présent de lui connaître aucun goût en ce genre, et le voilà découvert. »
Le succès de cette parodie, qui avait si fort amusé le Roi, engagea les gentilshommes de la chambre à faire composer au plus vite d'autres pièces du même genre, et de plus grivoises encore. C'est ainsi que fut écrite et exécutée peu de jours après à Choisy, devant le Roi et la Reine qui s'en divertirent beaucoup, la Princesse A, E, I, O, U. a Cette parade est des plus équivoques et des plus dégoûtantes, disent les Mévioires secrets, pour quelqu'un qui ne porterait pas à ce genre de spectacle une certaine bonhomie... Du reste, on n'y trouve rien contre les bonnes mœurs, mais une gaieté polissonne et des propos si poissards
( i) Mémoires de M'"" Campan, ch. vu.
(2) » Samedi, après la répétition à'Annide, on a exécuté chez M"'^ Guimard, sur son théâtre de la Chaussée-d'Antin, une parodie d'Ernelinde qui a singulièrement réjoui toute l'assemblée. Elle était composée des plus grands seigneurs, de plusieurs princes du sang et des filles les plus célèbres par leurs talents ou par leur opulence. » [Mémoires secrets, 22 septembre 1777.)
qu'on a été obligé d'avoir recours aux poissardes les plus consoiuniées pour exercer et styler les acteurs. Les hommes étaient habillés en femmes et les femmes en hommes : c'était une déraison, une farce générale. » On eut l'idée aussi de parodier l'effroyable ballet de Mcdce et jfason, et l'on travestit en scène burlesque cette tragi-pantomime.
A quelques jours de là, disent méchamment les gazetiers, les poissardes qu'on avait convoquées à Choisy pour styler les acteurs de la Princesse A, E, /, O, U, sollicitèrent humblement une pension et l'honneur d'être revêtues d'un titre consacrant les services qu'elles avaient rendus en aidaut aux plaisirs de la cour. L'histoire ne dit pas ce qu'il advint de cette requête, mais on eut de nouveau recours aux leçons des maîtresses poissardes, et le sieur Sauvigny, ayant été chargé de composer un divertissement que le comte d'Artois devait offrir à la Reine, dans le petit château qu'il faisait construire au bois de Boulogne, il lui fut recommandé de mettre dans cette pièce beaucoup de grosse gaîté, de turlupinades, de s'inspirer enfin des chefs-d'œuvre de Vadé, le maître reconnu du genre poissard (i). La Reine goûtait médiocrement ces farces grossières : si elle s'y prêtait et affectait de s'en amuser, c'était pour distraire le Roi, lui inspirer le goût des représentations intimes et peut-être l'amener à la laisser monter sur la scène.
Vers la fin de cette année, la Reine parut se lasser de cette profusion de divertissements; le jeu et la danse dont elle s'était éprise jusqu'à la fureur ne l'amusaient plus, et elle se montrait surtout préoccupée du désir et de l'espoir de devenir mère. Mercy profita en hâte de cet heureux changement pour essayer de la persuader qu'elle devait enfin adopter un genre de vie plus favorable à son tempérament, qu'elle devait se livrer aux réflexions que comporte l'état d'une grande princesse, reine et mère de famille, en fuyant les frivolités, la dissipation, en ne prenant que des
[\) Mémoires secrets, 19 octobre 1777.
distractions modérées et raisonnables. « La Reine m'écoute avec un peu plus d'attention, écrit-il à Marie-Thérèse le 22 décembre 1777, parce que sa propre expérience lui prouve que j'ai prédit des vérités qui commencent à se faire sentir. La Reine a daigné m'avouer depuis peu que son goût pour le jeu diminuait; que les bals, les spectacles lui devenaient assez indifférents et que souvent elle était embarrassée de trouver des moyens qui la garantissent de l'ennui. J'ai fait observer que tout cela était une conséquence nécessaire de l'abus des amusements, que la Reine avait à cet égard épuisé toutes ses ressources, qu'il fallait en venir à se procurer des occupations attachantes par leur utilité réelle, parce qu'au défaut de cette méthode, il était inévitable de tomber dans un dégoût général, qui répandait l'ennui le plus fâcheux sur le reste de la vie. »
Ce beau sermon ne porta malheureusement pas ses fruits, et la satisfaction que l'impératrice dut éprouver en apprenant les velléités sérieuses de sa fille, ne fut pas de longue durée. Ces heureuses dispositions s'évanouirent bientôt et les divertissements reprirent de plus belle, avec cette différence que les spectacles l'emportèrent de jour en jour sur le jeu et les bals dans les préférences de la Reine. Elle dut pourtant attendre encore avant de paraître sur la scène et n'obtint l'assentiment du Roi qu'au temps où, les dispendieux voyages de Marly étant abandonnés, elle eut adopté le séjour de Trianon, où elle vivait dans une entière indépendance, dégagée de toute représentation : on ne pouvait plus dès lors lui demander le moindre compte de l'étiquette ou du cérémonial. L'amour de la musique avait mené la Reine à l'amour du théâtre, qui devint le plus grand plaisir de ALirie-Antoinette et la plus chère distraction de son esprit. La comédie de société était la folie du temps : il n'était pas d'hôtel à la ville, de château à la campagne, où l'on ne rencontrât une troupe constituée à l'exemple des véritables troupes de théâtre et s'exerçant avec un rare entrain à éclipser les comédiens français et les chanteurs italiens. La France entière jouait la comédie, et le ministre de la
guerre en était réduit à lancer des ordres précis et à formuler des peines très sévères pour arrêter la fureur comique et tragique^ qui, des châteaux et des villes, avait gagné les régiments et passionnait les officiers au détriment de leur métier et de leurs devoirs.
Ce fut seulement au milieu de 1780 que la Reine commença déjouer la comédie avec ses amis. Elle avait bien, au printemps de cette année, organisé des représentations intimes sur le théâtre de Trianon ; mais elle n'était encore que spectatrice. Le comte de INIercy écrit en effet à Marie-Thérèse le 17 mai : » La Reine passe souvent les journées à son château de Trianon et quelquefois les soirées ; on y donne alors des spectacles, auxquels le Roi se trouve régulièrement ; il n'y a que l'intérieur de la cour qui soit admis à ces petites fêtes ; elles commencent par des promenades dans les jardins jusqu'à l'heure du souper, après lequel on se rend au théâtre, et ce que cet arrangement a de plus utile, c'est qu'il fait diversion aux jeux de hasard. » Trois mois ne s'étaient pas écoulés depuis cette lettre, que Marie-Antoinette de spectatrice devenait actrice.