‹ La comédie à VeniseChapitre 25 sur 100 · SCÈNE IV OTTAVIO, LELIO · texte numérisé non relu

SCÈNE IV OTTAVIO, LELIO

Ottavïo. — A l'aide! Le diable!

Leho. — Quavez-vous, seigneur Ottavio ?

Ottavïo. — Ah! je n'en peux plus!

Lelio. — Qu'est- il arrivé ?

Ottavïo. — Allez-vous-en. Ici je ne reçois personne. Lelio. — J'ai deux mots à vous dire, et je m'en vais. Ottavïo. — Vite... je n'en puis plus.

Lelio. — Mais qu'avez-vous ?

Ottavïo. — J'ai peur.

Lelio. — De quoi ? ,

Ottavïo. — Je ne sais pas.

Lelio. — Allez prendre quelque cordial.

Ottavïo. — Chez moi, je n'ai rien.

Lelio. — Faites- vous saigner.

Ottavïo. — Je n'ai pas d'argent pour payer le chirurgien.

Lelio. — Buvez de l'eau.

Ottavio. — Oui. Allons!

Lelio. — Allez ! je vous attends ici.

Ottavio. — Non, seigneur. Venez aussi, vous.

Lelio. — J'ai à vous parler en secret.

Ottavio. — Voyons, parlez !

Lelio. — Allez boire votre eau.

Ottavio. — Je vais un peu mieux. Parlez.

Lelio. — A la bonne heure. Je me suis, comme vous savez, engagé à épouser votre fille.

Ottavio. — Ah ! de l'eau ! Je n'en peux plus !

Lelio. — Mais pour conclure ce mariage, je vois bien des difficultés. Allez boire, puis nous parlerons.

Ottavio. — Ça passe, ça passe. Parlez.

Lelio. — Vous deviez lui donner sa dot.

Ottavio. — De l'eau! de l'eau! Je me sens mourir!

Lelio. — Un mot, et j'ai fini. J'ai entendu dire par la signora Rosaura que vous n'avez pas d'argent.

Ottavio. — Ce n'est que trop vrai.

Lelio. — Allez donc boire, nous parlerons après.

Ottavio. — Ça me passe. Terminons l'entretien.

Lelio. — Vous voulez marier votre fille sans dot ?

Ottavio. — Bah ! je ne la marierai pas.

Lelio. — Et l'engagement que vous avez pris envers moi !

Ottavio. — Si vous la voulez comme vous étant due, prenez-la, mais sans dot.

Lelio, troublé. — L'épouser sans dot ?

Ottavio. — Si vous ne voulez pas, restez-en là.

Lelio. — Je ne me serais jamais attendu à une chose semblable. (Il va dans la direction du lit.)

Ottavio. — Où allez- vous ? La porte est ici.

Lelio. — Devrais-je renoncer à la signora Rosaura ? (Même jeu de scène.)

LE VÉRITABLE AMI

Ottavio. -- Mais je ne peux pas faire plus.

LELIO. — Bonté du ciel ! Ou l'épouser sans dot ou la laisser ?

Ottavio. — L'un ou l'autre.

Lelio. — Ou ruiner ma maison ou me priver d'une jeune fille que j'aime tant ?

Ottavio. — Avez-vous fini de vous promener ainsi ?

Lelio. — Diantre ! J'ai chaud !

Ottavio. — Ou allez-vous ?

Lelio. — Laissez-moi m'asseoir un peu. (Il s'assied sur le lit.)

Ottavio. — Pauvre moi! Mon coffre!

Lelio. — Mais non. (Il se lève.)

Ottavio. — Tant mieux.

Lelio. — J'en parlerai à Florindo.

Ottavio. — Faites, seigneur.

Lelio. — Je vais prendre une décision. (Il sort.)

Ottavio. — Il est parti? Adieu, mon coffre ! Adieu, mon cher ami ! Je reviens à l'instant. Je te laisse mon cœur. (Il sort.)

Cette scène et celles qui vont suivre achèvent de peindre le caractère de l'Avare de Goldoni, en même temps qu'elles mettent à nu les véritables sentiments des deux prétendants de Rosaura : Lelio, qui en veut surtout à sa dot; Florindo, l'amant désintéressé, le véritable ami.

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