SCÈNE XIV LELIO, FLORINDO, OTTAVIO
Ottavio, entrant* — Seigneurs, que faites-vous à pareille heure ? Savez-vous qu'il est maintenant deux heures de la nuit ? Les lumières brûlent inutilement, et je n'ai pas d'argent à jeter.
Lelio. — Cher seigneur Ottavio, nous avons à causer avec vous d'une affaire qui vous fera plaisir, d'une chose qui peut vous donner du profit.
Ottavio. — Que le ciel le veuille ! j'en ai bien besoin. Attendez. Éteignons une de ces bougies. Trop de lumière blesse la vue. (Il éteint une lumière.)
Lelio. — J'ai à vous parler au sujet de votre fille.
Ottavio. — De ma fille. Parlez à votre aise, pourvu qu'il ne soit point question de dot.
Lelio. — Comme vous savez, je ne suis pas, moi, en état de la prendre sans dot.
Ottavio. — Parce que vous êtes un avare.
Lelio. — Soit. Mais comme j'aime lasignora Rosaura, je vous propose moi-même une occasion heureuse de l'établir sans dot.
Ottavio. — Sans dot ?
Lelio. — Oui, sans dot.
Ottavio. — Quel est le galant homme qui sait rendre justice au mérite de ma fille ?
Lelio. — Le voici : c'est le seigneur Florindo. Il n'en a pas besoin, il est riche, il est seul, et la désire pour épouse. Je lui cède mes prétentions. La signora Rosaura sera contente, on l'espère, et il ne manque, pour conclure, que votre consentement.
Ottavio. — Oh! mon cher, mon très aimé seigneur Florindo ! Vous la prendrez sans dot, vous ?
Florindo. — Oui, seigneur. C'est votre fille que je veux, et je n'ai pas besoin d'argent.
Ottavio. — Je ne puis rien lui donner.
Florindo. — Peu m'importe.
Ottavio. — Vous lui fournirez tout le nécessaire.
Florindo. - Je le lui fournirai .
Ottavio. — Écoutez une chose en confidence. Ces nippes qu'elle a sur le dos, je les ai eues à crédit et je
LE VÉRITABLE AMI
ne sais comment faire pour les payer. Je serai obligé de les rendre à celui qui me les a données.
Florindo. — Très bien, nous lui ferons de nouveaux vêtements.
Ottavio. — Dites, vous serait-il difficile de lui faire quelque libéralité comme contre-dot?
Florindo. — Nous en causerons.
Ottavio. — Seigneur Lelio, faites une chose : allez quérir ma fille et amenez-la ici. En attendant, le seigneur Florindo et moi nous passerons deux lignes d'écritures.
Lelio. — J'y vais sur-le-champ.
Florindo. — Ami, où allez-vous ?
Lelio. — Chercher la signora Rosaura.
Florindo. — Et vous lui apprendrez la nouvelle ?
Lelio. — Je le ferai avec peine, mais je le ferai.