SCÈNE VII
Une chambre dans la maison de Donna Claudia.
DONNA CLAUDIA, 3ALESTRA, serviteur,
Donna Claudia. — Balestra!
Balestra, entrant. — Illustrissime !
Donna Claudia. — Apporte ici cette table !
Balestra, rapportant. — Bien, illustrissime. Fautil autre chose ?
Donna Claudia. — Non. (Balestra sort.) Les visites sont bien en retard ce matin.
BALESTRA, revenant. — Illustrissime !
Donna Claudia. — As-tu vu don Alfonso?
Balestra. — Non, illustrissime.
Donna Claudia. — C'est bien. (Balestra sort.) Mon seigneur cavalier a peu d'attention pour moi. Il me semble que son zèle se refroidit sensiblement. Il ne vient plus le matin de bonne heure prendre le chocolat... Balestra!
Balestra, entrant. — Illustrissime !
Donna Claudia. — Donne-moi un siège.
Balestra. — Voici. (i7 apporte le siège, et reste dans la chambre.)
Donna Claudia, s'asseyant. — Mon mari n'aura pas manqué à cette heure-ci d'aller rendre ses hommages à sa dame. (Observant Balestra,) Que fais-tu ici, droit comme un piquet?
Balestra. — J'attendais les ordres de Votre Seigneurie !
Donna Claudia. — Quand j'aurai besoin de toi, je
t'appellerai.
— LE CAVALIER ET LA DAME
Balestra, entre ses dents. — Très bien. (Il sort.)
Donna Claudia. — A rester seule ainsi, je finis par m'ennuyer. Balestra! (Balestra entre sans rien dire.)
Donna Claudia, ne le voyant pas. — Balestra!
Balestra. — Je suis là, illustrissime.
Donna Claudia. — Ane bâté! Ne peux-tu pas répondre?
Balestra. — Je pensais que Votre Seigneurie m'avait vu. (A part.) Le diable t'emporte, toi et ton toupet !
Donna Claudia. — A quelle heure mon mari est-il parti ?
Balestra. — A treize heures. (Il fait mine de sortir.)
Donna Claudia. — Reste ici. N'a-t-il rien dit ?
Balestra. — Rien.
Donna Claudia, en colère. — Allons, va-t'en. Cela suffit.
Balestra. — Je m'en vais, je m'en vais. (77 sort.)
Donna Claudia. — S'il ne vient personne, j'irai trouver Donna Virginia. Balestra!
Balestra, entrant. — Illustrissime!
Donna Claudia. — Dis au cocher d'atteler.
Balestra. — Oui, illustrissime.
Donna Claudia. — Mais irai-je en carrosse sans un cavalier pour m'accompagner? Ce n'est pas comme il faut. Balestra !
Balestra, entrant. — Illustrissime !
Donna Claudia. — Je n'ai besoin de rien.
Balestra. — Votre Seigneurie ne veut rien?
Donna Claudia. — Non.
Balestra. — Elle ne veut pas son carrosse ?
Donna Claudia. — Non, te dis-je. Laisse-moi la
paix.
BALESTRA, à part. — Est-elle bête ! Mon Dieu ! Est-elle bête ! {Il sort.)
Donna Claudia. — Mais ce Don Alonso est par trop incivil. S'il me pousse à bout, s'il me pousse à bout, je prends pour cavalier servant le comte Asdrubal.
BALESTRA, entrant. — Illustri....
Donna Claudia. — Que la peste te crève! Je ne t'ai pas appelé.
Balestra. — Une ambassade!
Donna Claudia. — De qui ?
Balestra. — Don Alonso voudrait présenter ses hommages... ^
Donna Claudia. — Imbécile! Un cavalier servant n'a pas besoin qu'on l'introduise. Qu'il entre !
Balestra. — Excusez! je suis encore novice. (A part.) Une autre fois je le laisserai entrer, fût-elle au cabinet. (Il sort.)
Donna Claudia. — Je voudrais lui faire des reproches, mais je crains de le rebuter. C'est un cavalier trop commode : il endure tout, et se contente de peu.