‹ La comédie à VeniseChapitre 65 sur 100 · SCÈNE VIII LE CAVALIER, MIRANDOLINA, LE SERVIÏEUR · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LE CAVALIER, MIRANDOLINA, LE SERVIÏEUR

Le cavalier. — Le pauvre marquis est fou.

Mirandolina. — Si, par aventure, la bile lui faisait mal, il a emporté la bouteille pour se réconforter.

Le cavalier. — Il est fou, vous dis-je, et c'est vous qui lui avez tourné la tête.

Mirandolina. — Suis-je de celles qui tournent la

tête aux hommes ?

LE cavalier, tristement. — Oui, vous êtes...

Mirandolina, se levant. — Seigneur cavalier, avec votre permission...

Le cavalier. —Restez.

Mirandolina, s'en allant. — Pardon. Je ne tourne la tête à personne.

Le cavalier. — Écoutez-moi. (// se lève sans s'éloigner de la table.)

Mirandolina. —Excusez-moi.

Le cavalier, impérativement. — Restez, vous dis-je. ,

Mirandolina, se tournant d'un air hautain. — Que prétendez-vous de moi ?

Le cavalier, humblement. — Rien. Buvons un autre verre de bourgogne.

Mirandolina. — Allons, seigneur, vite, vite, que je m'en aille.

Le cavalier. — Asseyez-vous.

Mirandolina. — Debout ! Debout !

Le cavalier, avec douceur, lui tendant le verre.

— Tenez.

Mirandolina. — Je fais un toast, et m'en vais aussitôt. Un toast que m'a enseigné ma grand'mère : « Vive le vin, vive l'amour ! — L'un et l'autre nous consolent. — L'un glisse par le gosier, — l'autre des yeux gagne le cœur. — Je bois le vin, et puis, avec mes yeux,

— ce que vous faites, je le fais. » (Elle sort.)

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