‹ La comédie après Molière et le théatre de DancourtChapitre 16 sur 32 · GRIFFET · texte numérisé non relu

GRIFFET

En conscience, non.

Mais un homme d esprit, versé dans la finance, Pour n'avoir rien à faire avec sa conscience. Fait son principal soin, pour le bien du travail. D'être sourd à sa voix tant que dure le bail. Quand il est expiré, tout le passé s'oublie. Avec sa conscience il se réconcilie ; Et, libre de tous soins, il n'a plus que celui De vivre en honnête homme avec le bien d autrui. Si vous me choisissez et que le roi me nomme. Je doute que la ferme ait un plus habile homme. J'ai du bien, du crédit, et de l'argent comptant. Quant au tour du bâton, vous en serez content.

Cette fois, le prêche d'Esope n'est point si mal, quoiqu'il vise le vieillard plus que l'homme d'argent ;

Hé quoi ! navez-vous rien à faire Et de plus sérieux et de plus nécessaire ? La mort, toujours au guet avec son attirail Est-elle caution que vous passiez le bail ? Ne l'entendez'Vous pas qui vous dit de l'attendre. Et que demain peut-être elle viendra vous prendre?

Suit la fable obligée. C'est une visite à Teufer. Elle a de la verve et des traits comiques ou vigoureux :

Que de coiffeuses en lieu chaud

Pour avoir, au temps où nous sommes,

Coiffé les fenunes aussi haut

Que les femmes coiffent les hommes...

Combien de grands seigneurs qui, d un devoir auslère, D'une dette de jeu, s'acquittaient sur-le-champ,

Et qui sont morts sans satisfaire

Ni l'ouvrier ni le marchand.

Combien de magistrats, l'un bourru, l'autre avare. Que jamais la main vide on n'osait approcher, Voyant que de leur temps la justice était rare, Prenaient occasion de la vendre bien cher!... Si je voulais nommer les fragiles notaires, Les dangereux greffiers, les subtils procureurs,

Les avides secrétaires

Des nonchalants rapporteurs.

Et certains curieux, galopeurs d'inventaires, Qui séduisent l'huissier pour trornper les mineurs. Si je voulais parler de tant de commissaires Qui font, comme il leur plaîL, avoir raison ou tort,

Des médecins sanguinaires.

Et précurseurs de la mort. . .

La revue se termine par le groupe des vieillards qui ont rendu l'àme sur un sac d'écus ; et Boursault leur adresse à peu près la même leçon que la Mort au Vieillard, dans la l^jutaine. — A vrai dire VE/i-

fer n'ost pas une fable, mais une satire générali^ des vices du temps, un exercice de rhétorique. Tel qu'il est, ce morceau vaut encore mieux que les fables proprement dites d'Esope-Boursault.

C'est vraiment une singulière fantaisie qu'a eue cet honnête esprit de semer des fables dans ses comédies. Quand elles seraienttoutes excellentes, leur place n'est pas au théâtre, qui admet peu les leçons faites ex profeiiso. Ajoutez qu'elles font double emploi avec les sermons qu'Esope intlige à ceux qui lui tombent sous la main. 11 les morigène d'abord sans allégorie, puis par allégorie, puis encore sans allégorie. C'est trop d'une fois pour le moins. 11 ne laisse seulement pas à ses victimes le plaisir de percer le sens de ses apologues. — Au fond, la privation n'est pas grande et le plaisir serait médiocre.

— La fable en elle-même, c'est-à-dire l'enseignement moral sous forme de récit allégorique, ne peut être vivement goûtée que par des esprits tout neufs.

— Le cas de la Fontaine est surprenant. 11 fallait une certaine candeur pour s'éprendre de ce genre primitif, et un génie particulier pour y réussir. — il ne l'a pu qu'en déplaçant l'intérêt qui, à l'origine, était surtout dans le rapport, très facile à saisir, du récit avec la morale : la Fontaine l'a transporté tout entier dans l'action racontée, dans les scènes décrites ou dialoguées. Ce qui nous fait aimer ses fables, ce n'est guère le plaisir d'en deviner le sens, mais c'est de voir et d'entendre des personnages bien vivants et qui, en général, sont à la fois des hommes et des animaux (( un saint homme de chat » ; c'est d^assister à de vraies petites comédies. — Boursault ne nous donne point cette jouissance. Passe encore pour les fables (ru'il a le couraere in£:énu d'imiter de la

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