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Loj^TJind ne manque Jonc pas dingéniosilé ol sail mener un quiproquo. — On lit sans peine le Roi de Cocagne. — Philandre, clievalier errant, arrive avec Lucelle et le magicien Alquif dans le royaume de Cocaïne. Le roi tombe amoureux de Lucelle, qui résiste, et que défend Philandre. Le roi le fait conduire en prison. Mais, par les soins du magicien, une bague enchantée que le roi a mise à son doigt lui fait perdre la raison. 11 ne reconnaît plus Lucelle et fait délivrer l'hilandre.... Puis la bague passe au doigt de Lucelle, qui perd la tête à son tour, fait des déclarations à un valet.... La bague repasse au roi : il extravague de nouveau, donne au paysan Guillot sa couronne, puis la bague, et revient alors dans son bon sens.... Le magicien lui explique enfin tout ce mystère, et le roi, qui est bonhomme au fond, unit Philandre et Lucelle (1). — H y a d'aimables détails dans cette féerie qui fait songer à certaines fantaisies de Marivaux. — Le roi de Cocagne a pour ministres Bombance et Hipaille, pour serviteurs les Sylphes, les Salamandres, les Ondins et les Gnomes, qui représentent les quatre éléments. — Les dames de la cour, Félicine et Fortunaté, sont de petites filles qui ont cinquante ans; car, dans cet heureux pays, une fois la cinquantaine sonnée, les femmes redeviennent enfants,
Et rentrent, sans hiver, de 1 automne au printemps.
Le parterre du roi est peuplé de nymphes qui ont la forme de fieurs. Puis il y a dans la pièce une idée philosophique, — marque du temps : le roi de
(1) le Hoi de (Cocagne, trois actes en vers, 1718.
Cocagne est las de sa vie trop facile, las de la docilité des femmes, et la résistance de Liicelle lui semble d'abord piquante. — Il demande à Bombance et à Ripaille, comme Auguste à Maxime et à Cinna, s'il ne ferait pas bien d^abdiquer. La parodie est spirituelle. — Ce qui manque le plus, c'est le style. La poésie en devait être tour à tour g^racieuse et haute en couleur, pour exprimer les voluptés légères ou substantielles de ce pays merveilleux. Mais Legrand habille assez pauvrement ses plus heureuses inventions.
L'Epretwe réciprofjue (1) d'Alain est une agréable bluette où Marivaux a pu puiser l'idée du Jeu de Vamour et du hasard.
Je ne citerai de Destouches que le Triple Mariage (2), le reste de son œuvre étant postérieur à Dancourt. — Le vieil Oronte a pris femme en cachette de son fils et de sa fille, lesquels de leur côté se sont mariés à linsu de leur père. Comment tout se découvre, c'est là toute la pièce, et cela ne vaut guère la peine d'être conté. — Destouches n'a pas encore trouvé son genre, qui est la comédie morale, instructive et pédante, en cinq actes et en vers. Mais dès ce dt'but se montre sa manie de corriger les personnages à la lin de la pièce, et aussi le comique très lourd qui lui est propre, notamment dans le rôle de Javotte, une petite fille de dix ans, qui est au petit chevalier de Baron ce que celui-ci était à la Louison de Molière.
En somme, toutes ces comédies n'ont ni assez de vérité ni assez de fantaisie. Presque indifférentes comme œuvres d'art, elles sont presque négligeables
(1) Un acte en prose, 1711.
(2) Un acte en prose, 1716
comme documents. — l'our trouver un théâtre orig:mal, aimable, et précieux à l'historien, qui se rattache à celui de Dancourt et qui le complète (sans lui ressembler dailleurs), il faudrait dépasser un peu 1720 et aller jusqu'à Marivaux. Dancourt a exprimé le laisser-aller des mœurs et de la vie extérieure au commencement du dernier siècle ; Marivaux a traduit sur la scène, en l'idéalisant un peu, ce que cette société a eu de plus élégant, de plus délicat dans son esprit et dans son cœur. 11 faudrait donc étudier son œuvre d'un peu près pour connaître l'àme entière de cette époque. Et d'autre part, le roman quasi réaliste du Pui/san parvenu nous remettrait sous les yeux un monde assez semblable à celui de Dancourt et nous assurerait de la vérité de son théâtre. On aurait ainsi comme la première partie de l'histoire de la comédie au xxiii'' siècle. Car après Dancourt et du vivant même de Marivaux commence avec Destouches et la Chaussée, pour se continuer par Diderot et Sedaine, une période nouvelle et bien distincte, une période d'innovations conçues avec plus ou moins de bonheur, mais que l'on sentait nécessaires, et que nous n'avons pas à apprécier ici : cette étude a été faite et n'est sans doute pas à recommencer.