‹ La comédie après Molière et le théatre de DancourtChapitre 30 sur 32 · LES CONTEMPORAINS DE DANCOURT · texte numérisé non relu

LES CONTEMPORAINS DE DANCOURT

On ne trouve rien, dans le théâtre des contemporains de Dancourt (de 1690 à 1720), qui lui soit comparable pour la franchise et le goût du vrai. Dufresny est le seul qui lui puisse être opposé, mais pour des mérites 1res diilérents.

L'action, que Dancourt néglige, est toujours remarquable, chez Dufresny^par Tingéniosité et l'artifice.

M""' Oronte esl possédée de l'esprit de contradiction. M. Oronte, qui veut marier sa fille à M. Thibaudois, dità sa femme, pour l'y amener, qu'il veut la donner à Valère. Mais Angélique prévient M"'^ Oronte de ce complot par un billet anonyme, résiste et proteste quand M""'Oronle veut là-dessus lui faire épouser Valère et fait semblant de l'épouser malgré elle(l).

Lisette, lille du fermier Lucas, aimée d'un baron ei d'un riche bourgeois les encourage et les tromjx' tous deux, puis les envoie promener quand elle croit avoir gagné le gros lot à la loterie. Mais la liste des lots était fausse, et la coquette est trop contente de

(1) L Esprit de contradiction un acte en prose. 1700.

se rejoter sur Girard, son Iroisièiiif et plus jeune amoureux (1).

ValrM',' est trop pauvre pour épouser Isabelle. 11 a (K'ux tantes fort riches, deux vieilles filles, qui ne veulent rien lui donner. Seulement, elles lui ont promis chacune cent mille francs au cas où elles viendraient à prendre un mari. 11 s'agit donc d'amener ces vieilles folles au mariage. Le valet Frontin y réussit: [;ourla prude Bélise, il est le sénéchal Groux, et pour l'extravagante Araminte, le chevalier Clique (? .

Le comte et la marquise, qui sont frère et su.Hir et qui se détestent, en procès de])uis longtemps, veulent se rapprocher pour marier leur nièce Angélique, ^lais ils ne peuvent s'entendre... A la hn, le comte marie Angélique à son amant Dorante, parce qu'il a découvert que Dorante est aimé de la marquise (3).

Une jeune veuve, qui aime Val ère. mais qui dépend d'un président solennel et d'une présidente impérieuse et prude, va être forcée d'épouser un certain Ligournois. Pour rompre ce mariage déjà conclu, on ressuscite Damis, le premier mari de la jeune veuve, mort en voyage. Le faux Damis vient à bout de la coriace présidente, parce qu'il a en sa possession des lettres compromettantes qu'elle écrivait autrefois au vrai Damis (4).

Toutes ces intrigues sont conduites avec une grande dextérité. J'ai gardé pour la fin le Double Veurat/e, qui est le triomphe de Tartifice. Tout y est

(1) La coquette de Village ou le Lot supposé, trois actes en vers,

(2) Le Dédit, un acte en vers, 1719.

(,3) La Réconciliation normande, cinq actes en vers, 1719. Cij Le Mariage fait et rompu, trois actes en vers, 1721.

symétrique et antithétique. Voici un intendant et voici sa femme. L'intendant a un neveu, Dorante ; Tintendante a une nièce, Thérèse. Dorante et Thérèse s'aiment tous deux, Dorante est tendre, Thérèse étourdie. L'intendant aime la nièce de sa femme ; Lintendante, le neveu de son mari. L'intendante, croyant son mari mort, veut épouser Dorante ; l'intendant, croyant sa femme morte, veut épouser Thérèse... Après toute une série de scènes parallèles merveilleusement filées, les deux époux se rencontrent, et sont enfin forcés de consentir au mariage des deux jeunes gens (i).

Dans toutes ces pièces, fondées sur des données artificielles, tous les personnages ont de l'esprit, un esprit tourmenté qui court après les tournures rares et les surprises de l'expression. Dufresny, qui renchérit sur la Bruyère, prépare Marivaux. — Il est difficile d'être plus sèchement spirituel que ce Dufresny. — On ne peut guère le considérer que comme un ouvrier hahile à l'excès dans un genre vieilli^ au lieu que Dancourt est presque un précurseur.

La supériorité de Dancourt paraît mieux encore si on le rapproche de ses autres contemporains.

Le Grondeur de Brueys (2) n'est que VEsprit de contradiction sous une forme beaucoup moins piquante. Le Mtiet est une imitation traînante de V Eunuque. U Avocat Pathelin est la farce du XV*^ Siècle, revue et augmentée d'une amourette banale.

Voici une comédie de Campistron, le Jcdoujc désabusé (1709). Le titre explique assez le sujet. C'est,

(1) Le Double Veuvage, trois actes en prose, 1719.

(2) On ne parle ici que des comédies contenues dans le Répertoire du Théâtre-Français .

sur un autro ton ot sans un grain de fantaisie, V Ecole tirs jaloux de Monttleurv. (lela commence la fatij^ante série des comédies sérief/srs qui deviendront larmof/antes avec la Chaussée. C'est une sorte de <( moralité » plutôt qu'une comédie. Cela n'appartient ni augenre comique ni au genre tragique, mais au genre pédagogique, où Destouches triomphera ennuyeusement.

On revient à la comédie avec Lafond, qui a de la gaieté et de l'espril, comme presque tout le monde en avait dé son temps, mais pas plus que presque tout le monde. Et de même Legrand. Ceci une fois constaté, comme l'intérêt de ces badinages est principalement dans la fable, il sufht de la raconter.

Licandre et Eliante, fuyant ensemble « la rigueur d'un père », ont fait naufrage. Licandre a disparu. Eliante a été recueillie dans une île avec le valet Crispin. La loi du pays force au mariage tous les étrangers qui s'y réfugient. Eliante épouse Crispin, seulement pour la forme, car elle veut se conserver à Licandre. Mais Crispin réclame ses droits d'époux. Alors Eliante, avec la complicité de sa suivante Marine, feint d'être morte : Crispin, toujours d'après la loi du pays, devra être brûlé avec elle sur le même bûcher. On devine que Licandre survient au moment de la cérémonie funèbre et que tout s'accommode (1).

Angélique Philidor est aimée des trois frères Lisimon. L'un s'adresse à M. Philidor, l'autre à M'"'" Philidor, le troisième (celui (jui est aimé) à M""' Philidor, et toute la famille Philidor croit que c'est le même Lisimon. Tout s'explique quand les trois frères se trouvent en présence de la famille, et tout

(1) Le Naufrage, un acte en vers, 1710.

linit liiori. Vu valcl (|ni se /ail payer par les trois frères, conduil l'action (1).

Retournez l'intripie. An lien de trois hommes dont ehacnn se croit préféré, que ce soient quatre femmes, et l'on aura à peu près la Fanrille fitrarayanU- de Legrand. — Piètremine, procureur, est amoureux de sa pupille Elise, qui aime Cléon (et d'une) M'"'' Rissolé, mère de Piètremine, Lucrèce sa sœur, Suzon sa iille (et de quatre), aiment également Cléon. — Cléon, qui s'est caché dans la maison pour voirElise, rencontre successivement M""^ Rissolé, Lucrèce el Suzon, et pour se tirer d'alTaire, laisse croire à chacune qu'il est venu pour elle. — A la fin, tous les acteurs se rencontrant ensemble, tout se découvre. Cependant Piètremine, par le stratagème de son élève Razoche, signe le contrat de mariage de Cléon et d'Elise, croyant signer le sien. — On voit que la confection d'une comédie tourne à la recette (2).

Léonor, jeune veuve promise autrefois à Damon (lequel est en voyage), a deux soupirants : L(»andre, qu'elle paie de retour, et le médecin Lempesé. Damon revient et se fait passer pour aveugle afin de mieux étudier son monde. La vieille Léonor, tante delà jeune, se donne pour la nièce et signe la première son contrat de mariage avec Damon qu'elle croit abuser. Mais Damon dit qu'il ne veut plus de lajeune Léonor et fait signer à sa place, sur le dit contrat, le médecin Lempesé qui se trouve ainsi marié malgré' lui avec la vieille. Après quoi, Damon recouvre la vue pour unir lajeune Léonor et le jeune Léandre (.'}).

(1) Les trois Frères rivaux, un acte envers, 1713.

(2) La Famille extravagante, un acte en vers, 1709.

(3) L'Aveugle clairvoyant, un acte en vers, 1716.

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