SCÈNE V HENRI, MADAME X
MADAME X. = Que lisez-vous donc là avec tant de passion?
HENRI. = Une lettre extravagante, signée Rosalba. Une déclaration d'amour qui m' arrive toute brûlante, après avoir traversé les Alpes.
MADAME X = Quelle folie I Et vous croyez à cela?
HENKi. = Pourquoi pas? C'est bien désintéressé. Et puis» que voulez-vous, ne trouvant pas l'amour sous sa main, on va le chercher au bout du monde.
MADAME X. = Bon voyage, mon voisin.
HENRI. = Oui, bon voyage I Le pays du soleil et des chevelures dorées. J'irai plus tard à Harlem chercher votre tulipe verte.
MADAME X. := Vous almez les femmes rousses?
HENRI. = Qui vous parle de femmes rousses! Est-ce que les Vénitiennes de Titien et de Véronèse sont rousses? C'esl l'or le plus pur. ii reut sa lettre. Rosalba.
MADAME X. = Eh bien! Monsieur, il parait que votre cœur voyage déjà?
HENRI. := Je vous assure que cette lettre mystérieuse m'a donné un coup de feu. Vous avez le cœur savant, madame, dites-moi s'il n'y a pas là un vrai amour ?
MADAME X, lisant la lettre. = Oui, mais au delà des Alpes.
LA COMÉDIE A LA FENÊTRE 2t
HENRI. =^I1 n'y a plus de Pyrénées pour la politique, il n'y a pas d'Alpes pour l'amour. Et puis, qu'importe, s'il y a moins loin au delà des Alpes qu'au delà de ce mur mitoyen? Montrant le griUage. Voilà le Mont-Blanc de la vertu.
MADAME X. = Il y pousse des roses sur le bord des abîmes.
HENRI. = Savez-vous, Madame, que mes roses vont de votre côté ?
MADAME X. = Monsieur, ce sont les miennes. Je connais le Gode. Tout ce qui va de l'autre côté du mur mitoyen appartient au voisin.
HENRI. = Prenez garde, Madame, votre main est à moi.
MADAME X. = Non, Monsieur, c'est vous qui n'avez plus votre tête, car elle dépasse mon mur.
Henri baise la main de Madame ....
HENRI. = Ah! si c'était le mur de Pyrame et Tisbé 1
MADAME X. == C'est curieux de voir comme vos fleurs et les miennes ont abusé de la permission d'être ensemble : les voilà toutes qui se donnent la main.
HENRI. = En vérité, c'est une conduite trop légère. En plein soleil!
MADAME X.= Est-ce VOUS, Mousicur, qui cueillez mes roses?
HENRI. = Moi, Madame, je ne sais pas qui me prend les miennes.
l'étudiant. = Je ne le sais pas non plus. Qui est-ce qui le sait? ^
HENRI. = On ne leur laisse pas le temps de fleurir,
l'étudiant. = Est-ce que les voleurs attendent que le fruit soit mûr ! Qu'en dites- vous, Rosine?
MADAME X. = Quand partez-vous ?
HENRI. = C'est vrai, je n'y pensais plus. — Adieu, Ma' damel — Permettez-moi de vous baiser la main.
MADAME X. = Tout à l'heure, vous vous êtes dispensé de la permission. Est-ce que vous allez partir tout de suite?
2« LA COMÉDIK AU CUliN DCFEU
HENRI. = L'ennui me faisait partir aujourd'hui pour Harlem, l'amour m'envoie à Venise. Adieu, Madame. MADAME X. = Adieu, Monsieur.