SCÈNE III Les Mêmes, D'ASPREMONT
d'aspremont. = Bonsoir? Lucie.
LUCIE. = Et Contran. Je n'y pensais plus.
d'aspremont.== Comment, vous ne l'avez pas vu? Moi, je n'ai pas de nouvelles du duel. Contran m'avait si bien juré qu*il ne vous reverrait plus, que je comptais le trouver
LUCIE. = Oh! les duels, ce sont des amusements!
d'aspremont, brusquement. = Voyons, ma chère, je n'y vais pas par quatre chemins. Vous dites que vous avez fait des dettes depuis que vous connaissez Contran?
LUCIE. = 11 n'a dépensé que cent mille francs avec moi — en trois mois I
d'aspremont. = C'est pour rien. — Eh bien, je tiens beaucoup à ce que vous vous quittiez bons amis* Vous lui rendrez ses lettres et ses portraits, s'il vous en reste. — Dites-moi ce que vous voulez.
LUCIE. = Ah ça! — Est-ce que vous me prenez pour une marchande d'autographes? Je ne veux rien du tout. Si M. Contran veut me quitter... eh bien, qu'il me quitte! Nous sommes à deux de jeu.
d'aspremont. = Oh! vous avez un jeu terrible!
LUCIE. = Oh! je sais bien que vous êtes mon ennemi^ un ennemi acharné. A chacun son rôle, mon cher! vous êtes l'ami de Contran, moi je suis sa maîtresse. Que voulez-vous? je n'ai pas débuté dans la vie par ma part de bonheur, — J'ai commencé par ma part de misère... la mi* sère, une mauvaise nourrice... je suis encore meilleure que je ne devrais l'être !
d'aspremont, regardant sa montre. = ÉcOUteZ, il est minuit
et demi : si Contran avait été sérieusement blessé, je le
saurais. Donc cela m*étonne beaucoup, mais il ne viendra pas. Puisque c'est fini, profitez de mes propositions.
LUCIE, riant. =11 viendra...
d'aspremont. = Il ne viendra pas!
LUCIE, à part. = Pourquoi ces propositions inattendues? (Haut.) Gontran vase marier, n'est-ce pas?
d'aspremont. =r Peut-ètrc. On a vu des choses plus extraordinaires. N'aviez-vous pas du cœur, Fan passé?
LUCIE. = Oui, j'ai failli en mourir.
d'aspremont. = Vous êtes revenue de ces bêtises-là?
LUCIE. = Qui épouse-t- il, Gontran?
d'aspremont. = La fille d'un marquis italien qui sera lieureuse de s'appeler madame de Staller.
LUCIE. = Une drôle d'idée qu'ont toutes ces demoiselles de vouloir se marier pour nous prendre nos amants! Encore, si c'était pour les garder!
d'aspremont. = 11 y a des femmes qui ont Tesprit d'être la maîtresse de leur mari.
LUCIE. = Eh bien, cette mademoiselle ne sera pas la femme de Gontran! Vous êtes content d'avoir jeté des pierres dans mon jardin — mais je ne ramasse que les pierres précieuses.
d'aspremont. t= Je vous en jetterai une aijtre fois.