‹ La comédie au coin du feuChapitre 133 sur 200 · SCÈNE IV Les Mêmes, GLOTILDE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Les Mêmes, GLOTILDE

CLOTILDE, très pâle, embrassant Hélène. = Hélène, j'ai VOulu

te voir, je suis allée chez toi; on m'a dit que tu étais ici, je suis venue. (Elle s'assied toute suffoquée.) Je n'ai pas la force... C'est infâme...

HÉLÈNE. = Qu'as-tu, ma chère Clotilde?

CLOTILDE. = J'ai... que depuis ce matin, j'étouffe... Je sens trop mon cœur ou je ne le sens plus du tout. Je suis bien heureuse de te rencontrer ici, auprès de ton frère, car il faut que je vous parle à tous les deux. Et ton frère trouvera bien que j'aie eu le courage de venir jusqu'ici...

HÉLÈNE, à part. = Enfin ! cc quc mon frère n'a pas voulu me dire, je vais donc le savoir... (naut.) Parle ! qu'y a-t-il?

CLOTILDE, tendant une lettre ù Contran. = Il y a qUC j'ai rCÇU

cette lettre ce matin. Lisez. Gontran, lisez, je vous en prie...

GONTRAN. = Une lettre anonyme... Permettez-moi de ne pas la lire.

CLOTILDE. = Lisez, lisez, vous dis-je !

CONTRAN. = Non.

HÉLÈNE, prenant la lettre. = Je Vais la lire, moî. (Lisant avec

une émotion croissante.) «Mademoiselle Marcelli est-elle contente « de ses aventures depuis un mois? Souper galant au café « Anglais, promenades nocturnes au bois de Boulogne .. » Quelle infamie!...

CLOTILDE. = N'est-ce pas que c'est une infamie? Continue, continue.

HÉLÈNE. --= Je n'en ai pas le courage.

CLOTILDE. = Eh bien! je l'aurai, moi, car je veux que vous connaissiez cette lettre tout entière. (Lisant.) « On sup- « pose qu'à ce souper en cabinet particulier, comme en ses « rendez-vous au bois de Boulogne, mademoiselle Marcelli « avait emporté à son corsage une fleur de son bouquet de

« fiancée. Mais, que va dire le beau Contran qui n'était pas « (lu tète-à-tète? »

HÉLÈNK. = Oh! c'est odieux! (Allant à son frère.) N'cst-CC

pas que c'est odieux?

GONTR AN, à ciotiide. = Est-ce que VOUS VOUS êtes amusée, hier au hois de Boulogne?

CLOTILDE. = Au bois de Boulogne? mais je n'y suis pas allée.

GONTR AN, à part. = Est-il possible de nier avec une figure si angélitiue!

CLOTILDE. = Vous ne ressentez donc pas ces injures?

CONTRAN. = Puisque c'est une lettre anonyme...

HÉLÈNE. = Mon frère, il faut pourtant savoir qui Ta écrite et pourquoi on l'a écrite...

CLOTILDE. = Ma pâleur ne vous dit donc pas combien j'ai été blessée par ces insultes? Je ne sais quel horrible pressentiment m'avertit que cette lettre cache un grand malheur !

CONTRAN, avec raillerie. = Ne prenez pas Cela au tragique. Tout cela finira bien !

CLOTILDE, allant à Hélène et lui prenant la main. = Mais tOU

frère est cruel ! Il n'a donc nul souci de ma dignité l Pourtant son nom se trouve mêlé au mien dans cette abominable lettre Quoi, Hélène, toi non plus, Hélène, tu ne me défends pas!

GONTRAN, prenant le bras 'd'Hélène à Ciotiide. = Ma SOBUr, mademoiselle, est obligée d'aller rejoindre ma mère, qui l'attend. Vous me permettrez, n'est-ce pas, de la reconduire jusque chez ma mère. Je vais revenir.

HÉLÈNE, voulant prendre la main de Ciotiide. = Clotilde ! GONTRAN, rempèchant. = Viens, ma sœur. (Ils sortent. Clotilde, chancelante, s*appuie contre une chaise, comme si elle allait se trouver mal.)

MADExMOISELLE TRENTE-SIX VERTUS S67

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