SCENE PREMIERE
JULIETTE, la Dégavée
JULIETTE. = Passez, madame.
LA DÉCAVÉE. = Après VOUS, madame.
JULIETTE. = Je n'en ferai rien. •
LA DÉCAVÉE, lorgnant Juliette.. = Ah! c'est toi ! Que fuis-
lu ici?
JULIETTE. = Dame de compagnie de Lucie. Une bonne maison I On ne court pas ici après une pièce de cent sous comme chez laRosemond.
LA DÉCAVÉE. = A la prochaine étape je te trouverai chez toi.
JULIETTE. = Ah! si je voulais ramasser les miettes de la table de madame...
LA DÉCAVÉE. = C'est aujourd'hui la fête de Lucie. Nous allons nous amuser. Mais qui t'a fait rentrer ici ?
JULIETTE. = Madame a renouvelé sa maison comme son cœur. Elle a changé ses gens en changeant d'amant.
LA DÉCAVÉE. = G'est uuc liquidation alors ?
JULIETTE. =Eh oui! M. Gontran a achevé de se ruiner en donnant cet hôtel à madame.
LA DÉCAVÉE. = G'cst qu'il est très joli cet hôtel !
JULIETTE. = Je crois bien, c'était l'hôtel d'un ambassadeur ! Deux cent mille francs comptant, — sans parler du Crédit foncier. — Quand madame en a pris possession, elle n'a eu rien de plus pressé que de prouver à M. Contran qu'il pouvait aller refaire sa fortune ailleurs. Ce pauvre garçon, je ne le connais pas. Mais, n'est-ce pas, à cette heure, le plus heureux des hommes?
LA DÉCAVÉE. = Pourtaut, plus ces messieurs donnent «l'argent, plus ils sont heureux. L'amour vit de sacrifices ! Eh bien, moi, c'est tout autrement. Dès que je suis aimée, je suis traitée en honnête femme.
JULIETTE. = Voilà qui doit vous flatter.
LA DÉCAVÉE. = Je voudrais bien t'y voir. Je vais à pied et je loge en garni, tandis que toutes ces dames qui ne me valent pas, ont des hôtels et des équipages.