‹ La comédie au coin du feuChapitre 140 sur 200 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

JULIETTE, la Dégavée

JULIETTE. = Passez, madame.

LA DÉCAVÉE. = Après VOUS, madame.

JULIETTE. = Je n'en ferai rien. •

LA DÉCAVÉE, lorgnant Juliette.. = Ah! c'est toi ! Que fuis-

lu ici?

JULIETTE. = Dame de compagnie de Lucie. Une bonne maison I On ne court pas ici après une pièce de cent sous comme chez laRosemond.

LA DÉCAVÉE. = A la prochaine étape je te trouverai chez toi.

JULIETTE. = Ah! si je voulais ramasser les miettes de la table de madame...

LA DÉCAVÉE. = C'est aujourd'hui la fête de Lucie. Nous allons nous amuser. Mais qui t'a fait rentrer ici ?

JULIETTE. = Madame a renouvelé sa maison comme son cœur. Elle a changé ses gens en changeant d'amant.

LA DÉCAVÉE. = G'est uuc liquidation alors ?

JULIETTE. =Eh oui! M. Gontran a achevé de se ruiner en donnant cet hôtel à madame.

LA DÉCAVÉE. = G'cst qu'il est très joli cet hôtel !

JULIETTE. = Je crois bien, c'était l'hôtel d'un ambassadeur ! Deux cent mille francs comptant, — sans parler du Crédit foncier. — Quand madame en a pris possession, elle n'a eu rien de plus pressé que de prouver à M. Contran qu'il pouvait aller refaire sa fortune ailleurs. Ce pauvre garçon, je ne le connais pas. Mais, n'est-ce pas, à cette heure, le plus heureux des hommes?

LA DÉCAVÉE. = Pourtaut, plus ces messieurs donnent «l'argent, plus ils sont heureux. L'amour vit de sacrifices ! Eh bien, moi, c'est tout autrement. Dès que je suis aimée, je suis traitée en honnête femme.

JULIETTE. = Voilà qui doit vous flatter.

LA DÉCAVÉE. = Je voudrais bien t'y voir. Je vais à pied et je loge en garni, tandis que toutes ces dames qui ne me valent pas, ont des hôtels et des équipages.

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