SCÈNE III
lÉA, puis JEANNE, puis des HABITUÉS DU FOYER
LÉA . = Il ne m'a pas écrit un mot depuis huit jours qu'il estmarié. C'est fini! Et je n'ai pas le droit de montrer mon chagrin. Ah! Max! si j'avais cru souffrir ainsi, vous seriez toujours mon amant.
Elle chante.
JEANNE. = Vous chantez, mais ce n'est pas vrai.
LÉA. = Savez-vous la fable : le berger qui crie au loup?
JEANNE. = Dites-la moi !
LÉA. = Je ne la sais pas. C'est un berger qui crie au loup quand le loup n'est pas là, pour s'amuser de ses voisins, et qui est mangé par le loup parce que ses voisins se moquent de lui à leur tour. Ma chère Jeanne, nous sommes le berger. Tous les soirs au théâtre nous crions au loup : le public accourt et nous croit quand nous jouons bien la passion des autres; mais le jour où nous crions au loup pour tout de bon, quand c'est notre propre passion qui est en jeu : A d'autres! nous dit le parterre. Voilà pourquoi je chante au lieu de pleurer. Adieu, je vais me faire belle !
Elle sort en portant son mouchoir à ses yeux.