‹ La comédie au coin du feuChapitre 173 sur 200 · SCÈNE XX LÉA, AURORE, LE DUC, SPECTATEURS · texte numérisé non relu

SCÈNE XX LÉA, AURORE, LE DUC, SPECTATEURS

Deux spectateurs viennent féliciter Léa; elle cherche comme si elle devait voir venir Max.

LÉA. = Il était dans la salle, se cachant derrière sa femme et sa sœur... Sa femme... il me semble que je la connais..^

JEANNE, revenant. = Voyez, madame, il y a une lettre dans le bouquet que vous m'avez donné.

AURORE. = Une lettre! c'est de Max! Que va-t-il te dire?

JEANNE. = C'est son bouquet d'adieu.

LÉA. = C'est une couronne d'immortelles. Il n'y a qu'un mot. (Lisant.) Léa, je Vaime!

JEANNE. = Voilà un mot qui n'est pas en situation. (S'en allant.) Ce n'est pas une lettre, c'est un sacrilège.

AURORE, à Léa. = Veux-tu un bou couseil, un conseil de minuit? Prends tout de suite un amant, le mien si tu veux ; tu sauveras Max, tu sauveras sa femme et tu te sauveras toi-même.

lÉA. = Non, aimer Max et mourir. (Elle tombe sur une chaise en se cachant la tête dans les mains.)

AURORE. = C'est bien dit. Est-ce que tu as trouvé cela dans la pièce que tu viens de jouer ?

LE DUC, reparaissant. = Je croyais rctrouver Jeanne ici ; elle a été charmante, savez- vous où est sa loge ?

AURORE. = Voulez-vous bien ne pas chasser sur le terrain de la vertu ! Venez souper avec moi. Je veux faire une bonne action.

LE DUC, à part. = Elle a raison ; j'allais me tromper de porte. Jeanne n'est pas ma maîtresse, c'est une femme, (Haut.) Allons souper.

AURORE, (donnant au comte une petite clef d'argent.) Yoilà ma

clef, mais ne vous y fiez pas, je change souvent la serrure. Regardant le comU avec amour. Pourquoi n'a VOUS -nous pas songé plus tôt à faire route ensemble ? Elle prend à son cou

une petite croix d'or quelle brise en deux. Mon cher COmtC, aimons-

nous sérieusement. Cette croix qui garde mon cœur, je ne l'ai brisée que pour vous ; prenez-en la moitié et rendez-lamoi le jour où vous ne m'aimerez plus.

LE DUC, àpart. = Je pourrais la lui rendre tout de suite» mais j'aime à lire les hiérogliphes. Je suis sûr que c'est la centième croix qu'elle brise ainsi. Voilà une femme qui cherche toujours et qui ne trouvera jamais. (Ils sortent.)

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