LÉA
Lé tour est joué. On va porter cette lettre, moi je vais partir; dès que je serai partie, vous vous coucherez. Ne vous trompez pas de lit.
JULIA. = Je suis effrayée des conséquences. Si M. Max vient pour vous voir.
LÉA. = Gomme il vous plaira; vous serez maîtresse de la situation. Si mon directeur, furieux de voir la recette en danger, vous envoie un médecin du théâtre, n'oubliez pas que vous êtes mourante î
LÉA. = Maintenant habillez-moi et je pars pour Dieppe.
JULIA. = Gomme vous êtes gaie aujourd'hui, ma belle amie.
LÉA. = Oui, gaie de ma tristesse. Ah ! mon cher comte! on ne devinera jamais tout ce que mon sourire cache de larmes; depuis que Max est marié le soleil ne se lève plus pour
moi. Tenez, levez votre main. (Elle lui met la main sur le cœur.)
Il y a ici une horloge détraquée, qui commence à sonner l'heure funèbre.
Elle pleure.
JULIA. = Eh bien! n'aimez plus M. Max!
LÉA. = Aimer Max, c'est toute ma vie... et pourtant c'est mon crime de l'aimer. J'ai fait mon malheur, j'ai fait le malheur de Max, j'ai fait le malheur de sa femme... (Un silence.) Je ne sais où me conduira mon désespoir... Que pensez-vous du duc?
JULIA. = Beaucoup de bien puisqu'il a beaucoup d'argent... nous avons tant de créanciers!
LÉA. = Tout cela m'est égal. Je vais te dire un secret : Le duc est amoureux de la femme de Max ; je détourne le duc de son chemin et je lui rends son mari. J'accomplis donc deux sacrifices, car perdre Max et prendre le duc voilà deux désespoirs dont on me tiendra compte plus tard. (Un silence,) En aurai-je le courage?