‹ La comédie au coin du feuChapitre 187 sur 200 · SCENE II LÉA, LE DUC · texte numérisé non relu

SCENE II LÉA, LE DUC

LÉA. = C'est vous, don Juan? vous êtes aujourd'hui comme hier. Est-ce que vous serez comme cela demain?

LE DUC. =r Partons-nous toujours pour Dieppe par l'express? Mon coupé vous prendra à deux heures.

LÉA. = Vous savez toujours que je ne vous aime pas? Vous m'enlevez, pour trois jours, après quoi vous êtes allé à Rouen et moi à Dieppe, voilà tout pour le public; car pour Max je lui dirai tout.

LE DUC. = Pourquoi dire cela à Max? Il est trop de mes amis pour qu'il croit que je vais prendre les bains de mer avec vous...

LÉA. = Oui, vous avez des scrupules, surtout depuis que vous voulez être l'amant de sa femme... mais, vous ne le serez pas. Je lïe veux pas que la femme de Max... Elle ne vous aime pas, j'espère !

LE DUC. = Elle n'a que cela à faire. Pour moi comme pour elle ce serait une revanche. Autrefois Max a détourné plus d'une femme de mon chemin. Expliquez-moi cette rage que vous avez toutes pour Max...

LÉA. = Écoutez ceci... quoique Max ait à peine semé autour de lui cent mille écus en quelques années. Comme il est heureux au jeu et heureux en amour (cela s'est vu souvent), comme son luxe est le luxe d'un artiste en toutes choses... il passe, à bon droit, pour l'homme le plus extra-

vagant et le plus adorable de sa génération... Il faut dire que s*il manque, çà et là, d'argent comptant, il ne manque jamais d*esprit. Le grand art, dans la jeunesse, c*est de donner toujours, quelque soit la monnaie, qu'elle vienne de la Bourse, ou du cœur ou de l'esprit. Je ne sais pas une femme qui ne se passionne pour un homme qui a toujours quelque chose à donner, quelque chose à faire ou quelque chose à dire.

LE DUC. =: Max ne vous a rien donné.

LÉA. = Deux années de bonheur.., mes seules belles années. Vous qui êtes si riche, je vous défie bien de m'en donner autant... Que dites -vous de nouveau ?

LE DUC = Que vous êtes jolie l

LÉA. = Que vous me semblez beau... il y a une fable là-dessus. Allez-vous-en, je n'ai plus qu'une heure à perdre. Vous continuez à vous mésallier avec celle-ci et avec celle-là.

LE DUC. =3 Ce n'est pas se mésallier que de donner dans la noblesse de robes.

LÉA. = Ah! oui, vous donnez dans les comtesses.

LE DUC. = J'oubliais. Voici un bouquet.

Il montre un boaquet de diamants.

LÉA. =1 Je ne comprends plus rien au langage des fleurs ; reprenez votre bouquet. Nous verrons à Dieppe.

LE DUC = Je vous retroiiverai à l'embarcadère... J'ai loué un compartiment.

LÉA. = Oh! que cela sera ennuyeux! que voulez-vous que nous fassions tout seuls, jusqu'à Dieppe? (On sonne.) Allons! voilà qu'on sonne, si c'était Max! je ne veux pas qu'il vous trouve ici avant que je lui dise mon secret.

LE DUC = Avez-vous une chambre à cacher?

LÉA. = Non; j'ai une chambre à coucher... puisque je n'y suis pas, allez-y.

Le duc entre dans la chambre à droite des spectateurs.

LES GOMÉÛIENiNES 369

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