‹ La comédie au coin du feuChapitre 196 sur 200 · LÉA, SOPHIE · texte numérisé non relu

LÉA, SOPHIE

SOPHIE, apportant des bouquets. = Quel triomphe! madame. Voilà encore des bouquets et des lettres...

LÉA. = Oui, une moisson de roses. (Elle allume les lettres dans un brûle parfum et puis elle dénoue les bouquets et les répand à ses

pieds.) Je n'ai jamais été tant applaudie.

LES COMÉDIENNES 38:î

SOPHIE. =0h! la belle représentation. On n'a jamais tant rappelé madame.

LÉA. = C'est parce que j'ai dit à tous mes amis que je partais.

SOPHIE. = Et madame partira.

LÉA, un soupir. = Oui, demain.

SOPHIE. = Madame va se coucher?

LÉA. = Oui, mais laissez-moi. J'avais parlé d'un souper. Si on me demande, dites que je n'y suis pas. (a part.) Je n'y suis plus. (Sophie sort.) Enfin, me voilà seule! — Non je ne suis pas seule, la mort est là. (Elle se promène.) J'ai du courage, et pourtant je me sens bien petite fille devant la mort. (Elle regarde autour d'elle.) On est bien ici pour mourir... Des fleurs partout, sur ma tête, à mes pieds... J'étouffe... Chaque fois que je suis venue ici à minuit, j'ai senti le sommeil de la mort. (Se promenant avec agitation.) MourirI finir

comme un mélodrame, c'est d'une mauvaise comédienne. Et pourtant, vivre avec la mort dans le cœur... Cette bague! c'est Max qui me l'a donnée... C'est bien ridicule de se tuer par amour, comme les couturières du pays latin... Moi, je ne puis vivre sans Max, et il me serait impossible de ne pas l'arracher à sa femme... (EUe regarde sa bague.) Ce sera sitôt fini I Ah I si on était sûr de se réveiller dans l'autre monde ! Si on pouvait croire que les rêves commencés sur la terre s'achèvent dans le ciel I

Elle s'assied, prend une plume et écrit.

« Mon cher Max, je n'ai plus qu'un mot à vous dire : « Adieu! Je meurs heureuse de t'avoir aimé... Qu'importe « si le paradis est perdu, pour ceux qui en gardent le sou- « venir. Si Dieu me jette dans l'enfer, j'aurai encore de la « volupté à souffrir pour t'avoir aimé... J'en suis là. Ah! « mon cher Max, que de fois, à la fin de la pièce, tu es venu, « ivre d'amour, m'embrasser toute blanche encore du blanc « de théâtre, et me dii*e que j'avais bien joué! Aujourd'hui,

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« je serais consolée si tu venais m'embrasser tout à Theure, « quand j'aurai joué mon dernier rôle et que je serai dans « ma pâleur de morte. » Cette fois il ne me faudra pas de poudre de riz pour être blanche.

Elle sonne.

S o p H I E . = Le régisseur attend madame, et voici madame d'Arcy qui veut entrer malgré moi.

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