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SCENE II LÉA, AURORE, MONSIEUR DE SARMATTES

LÉA. = J'avais dit qu'on ne laissât entrer personne, parce que je repasse mon rôle.

AURORE. = Ton rôle, lequel?

LÉA. = C'est encore un secret. Tu n'as rien à me dire?

AURORE. = Non. Je t'ai vue si pâle ce soir... jeté croyais déjà morte; je suis venue chez toi pour te pleurer, je garde mes larmes pour une autre occasion. Sérieusement, je tinvite à ne pas croire au cinquième acte de la tragédie, car si tu mourais de mort violente, tu serais bien attrapée. Est-ce que tu ne m'offres pas à souper?

LÉA. = Tu sais bien que je ne soupe plus.

M. DE SARMATTES. = Vous soupez douc ici avcc des roses? Prenez garde, madame. On ne connaît les fleurs que par leur innocence ; mais ce sont des Borgia et des Brinvilliers. Ce beau lys blanc : un poison. La fleur d'oranger, symbole du mariage : un poison. Le coquelicot, symbole de la candeur: un poison. Autant de fleurs, autant de poisons. L'jispi.Q sous les fleurs, c'est le poison. Vous avez ici la digitale, l'antiar, l'aconite, la scabieuse.

LÉA. = Je suis habituée aux poisons.

M. DE SARMATTES. = Comme moi je suis habitué aux femmes. Sérieusement, n'allez pas vous empoisonner, vous

êtes si belle! ce serait un meurtre... Je crois que j'ai dit une bêtise.

AURORE. = Je ne voudrais pas m'endormir ici.

LÉA. = Et moi je serais si heureuse de ne pas me réveiller.

AURORE. = Adieu. Réveille-toi toujours. Pour moi, je vais passer les Pyrénées. A propos, je me marie! LÉA. = Tu te maries?

AURORE. = Mais oui... le duc de Gordova m'épouse. LÉA. =r C'est sérieux? Je le croyais mort ou en fuite. AURORE. = Non, il vivra pour moi et partira avec moi.

(Se levant sur la pointe des pieds.) Grande d'Espagne !

LÉA. == Ce que c'est que d'être femme de haute vertu.

AURORE. = Ne raillons pas. Dis plutôt : ce que c'est que de savoir son chemin. J'ai toujours ri, mais j'ai toujours marché. Toi, tu as pleuré et tu n'as pas su où tu allais.

LÉA. = Je sais mieux que toi où je vais... Écoute, pour marcher droit devant soi il faut laisser son cœur en route.

AURORE. = C'est ce que j'ai fait. Maintenant, je vais le reprendre. Je puis me donner aujourd'hui le luxe d'avoir du cœur.

LÉA. =s Pour le duel

AURORE. = Qui sait? Adieu. Tu viendras cet hiver à Madrid, et tu habiteras mon palais.

LÉA, sonnant, es ChâteaUX en Espagne!... (Gravement.) Ma

pauvre Aurore, je suis forcée de tuer cette dernière illusion, le duc de Cordova est marié depuis dix ans.

AURORE. = Marié ! (Portent la main an cœur.) m OU CŒUr !

Des sels! Je me trouve mal!

LÉA. = Heureusement qu'il n'est pas là. Mais ce n'est pas tout.

AURORE. = Comment, ce n'est pas tout?

LÉA. = Non, mon amie: tu passes au théâtre pour là

femme la plus rouée ; or, tu es battue par une ingénue.

AURORE. ^ Je ne comprends pas.

LÉ A. = Eh bien, Jeanne, cette rosière qui refusait de nous emprunter de l'argent sous prétexte que nous l'avions mal gagné... elle enlève le duc.

AURORE. = Allons donc, c'est impossible.

LÉ A. = Je te dis que ce soir même elle pansera la blessure du duc. S'il va mieux, ils partiront demain pour l'Espagne.

AURORE. = C'est vrai que je les ai vus souvent se parler *

tout mystérieusement. (Se tournant vers M. de Sarmaltes.) Que

dites-vous de cela?

M. DE SARMATTES. = Je dis que c'est une infamie. Ce duc est capable de tout.

AURORE. = C'est à se jeter par la fenêtre. Voulez- vous me venger du duc de Cordova et le faire mourir de chagrin ? Épousez-moi.

M. DE SARMATTES. = Eh bien, oui, je vous épouse. (A part.) Je crois que j'ai fait une bêtise.

AURORE, à Léa. = La science de la vie c'est de vivre et non de mourir ; tu vois que je suis philosophe. Adieu ! adieu ! Fais comme moi., sèche tes larmes; tu appartiens a.u public qui a payé sa place pour toi.

LÉA. = C'est encore un amant qui me trahira.

AURORE. = Adieu!... Comme tu es ravagée!

LÉA. = Adieu! Je dormirai bien cette nuit.

Aurore et M. de S^mattes s'en vont.

LE GARÇON DE THÉÂTRE. = Madame, on a oublié de vous avertir qu'il y avait demain représentation extraordinaire ; n'allez pas faire manquer le spectacle.

LÉA. = Non, soyez tranquille, j'ai toujours dit qUe je ne ferais manquer le spectacle que le jour de ma mort.

SOPHIE, entr*ouvrant la porte. = Madame de RlanCOUrt VOUS

attend depuLs^ que mademoiselle Aurore est làé

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