‹ La comédie au coin du feuChapitre 26 sur 200 · SCÈNE X LE ROI, LA BOHÉMIENNE · texte numérisé non relu

SCÈNE X LE ROI, LA BOHÉMIENNE

LE ROI, à la Bohémienne. = G'est VOUS qui VOUS mêleZ de

prédire l'avenir?

LA BOHÉMIENNE, d'un ton de sibylle. = Ce u'est paS moi qui

prédis, je ne fais que lire les arrêts qui sont écrits sur le livre du destin.

LE ROI. = Savez- vous où vous coucherez ce soir? Et si jo vous envoyais en prison ?

LA BOHÉMIENNE. = Cela ne prouverait pas que le destin a tort.

LE ROI. = Tu raisonnes, voyons ta science. (£uî présentant

Il main de madame de Montespan.) Que lis-tU dans Cette main?... MADAME DE MONTESPAN. ■= AprèS VOUS, sirC.

LE aoi, riant. = Non, non, je lis dans les astres. MADAME DE MONTESPAN. = Sirc , donuez-mol votre main.

Elle présente la main du roi à la bohémienne.

LA BOHÉMIENNE. = Le soleil brillait ce matin, le voilà qui se cache. Vous aussi, vous avez vos nuages. (Elle regarde le ciel.) Mais c'est le soleil levant, c*est le ciel bleu sous le rayonnement du soleil... des orages, mais un arc-en-ciel... ah! par exemple, si je parlais du soleil couchant...

LE ROI. = Assez, sibylle! je ne veux rien comprendre à ce pathos 1 (A madame de Montespan.) A votre tour, Madame.

Il la fait passer.

LA BOHÉMIENNE, regardant la main. = Je lis là que VOUS

serez mal comprise et calomniée par l'histoire. Votre beauté et votre esprit masquent votre cœur. (Lentement.) On meurt de cha-grin sous un éclat de rire !

Le roi remonta.

MADAME DE MONTESPAN. *= Vous êtes solenuelle et sombre comme un catafalque !

EUe remonte près du roi.

LAUZUN. =^ Eh bien I je veux en tâter aussi. (Présentant sa main.) Que lis-tu là-dedans?

LA BOHÉMIENNE. = Oh! voilà uue main indéchiffrable. Vous approchez d'une grande fortune, mais vous ne l'atteindrez pas! Quelle est cette ligne brisée? Prenez garde, Monsieur ! j'entrevois une porte sombre.

LAUZUN. = La Bastille! Tu prédis le passé, j'en suis revenu.

LA BOHÉMIENNE. = Ce n'est pas la Bastille.

LAUZUN, rêveur, à part. J'y SOngeral.

* Il remonte.

VivoNNE, donnant sa main. = Que lisez-vous dans mon grimoire?

L\ Bo^flÉMiENNE. = C'est la confusioH des langues. Je lis pourtant que vous mourrez sur le champ de bataille.

LAUZUN. = Traduction : Tu mourras à table d'une belle Indigestion.

LE UOl SOLEIL B7

VI YONNE. = Moi! avec mon estomac d autruche?... Moi, mourir de ce qui me fait si bien vivre !...

LA BOHÉMIENNE, à La Vailière. = Et VOUS, ma belle dame?

MÂDEMEMOISELLE DE LÀ YALLIÈRE, regardant madame de

Montespan. = Moi?... Je sais Tavenir; ce n'est pas dans ma main que je lis, c'est là-haut I

MADAME DE MONTESPAN, à part. = Bégueule!

DE GuiCHE. = Et moi?

LE ROI, voyant de Guiche donner sa main. = AUonS, Messieurs,

assez de fadaises, retournons au camp. (Aux dames.). Mesdames, ce soir nous avons spectacle. Molière est arrivé.

Tous sortent à droite.

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